Mademoiselle, Madame ? Le moment où ça bascule…

Traditionnellement, on fait en France la différence entre la femme non mariée (la demoiselle), et celle qui a quitté le marché, la dame. Autant dire la pucelle et la déflorée. Aujourd’hui, on se marie de moins en moins, et il n’est pas rare (haaaan) que certaines demoiselles aient malgré tout vu le loup un certain nombre de fois avant de se marier (ou pas). Donc la question se pose : à quel moment devient-on une dame (pour les inconnus, les commerçants, disons).
Réfléchissez : hier encore, quand vous alliez enchaîner les pintes avec vos copines en gloussant, les serveurs vous tutoyaient joyeusement, vous donnaient du « mesdemoiselles » et prenaient même quelques libertés comme vous jeter votre sac à main au visage parce qu’il les empêchait de circuler, ou encore vous imposaient de les régler à chaque nouveau verre commandé sous prétexte d’un « changement de service » de peur que vous ne fassiez un café-basket, faute d’argent, tellement vous étiez jeune et pauvre (et en basket, parce que vous n’aviez pas encore de « réunion client »).
Aujourd’hui, quelques années plus tard (si peu), vous avez rendez-vous avec la même copine, dans le même café… et pourtant…

Vous cherchez des yeux votre serveur préféré, Fredo l’alcoolo, que vous dragouilliez toutes en fin de soirée pour fumer à l’intérieur. « Fredo, il a deux enfants et il travaille au LCL », vous informe-t-on dans votre café, maintenant tenu par des Chinois. Quant au nouveau serveur, il ne vous regarde pas dans les yeux (même pas dans le cul Lulu) et vous demande d’un air lassé, le regard dans le vide : « Et pour mesdames, ce sera ? ». Votre boulangère ? Pareil ! « Bonjour madame, qu’est-ce que vous prendrez madame ? Au revoir madame ! » Et à chaque fois vous entendez : « Bonjour Vieille, qu’est-ce que vous prendrez, Vieille ? Au revoir, Vieille (et moche). », avec l’abominable impression d’être dans un mauvais thriller où  l’on vous aurait volé votre identité ou fait dormir plusieurs années sans que vous puissiez vous rappeler de rien (« Non, vous faites erreur ! Je ne suis pas cette personne ! Je ne suis pas une dame ! C’est un énorme malentendu ! hier encore je fumais des Chesterfield 25 au café en séchant les cours d’espagnol ! »)
Mais non, tout ceci est bien réel. Et ne nous voilons pas la face. Si, après une période de flottement aux alentours de trente ans, où l’on vous appelait, selon que vous étiez en Air Max-Rayban fluos ou costume de pingouin pour rendez-vous professionnel, Mademoiselle ou Madame, aujourd’hui,  un anecdotique « mademoiselle » illumine votre journée tel un bouquet anonyme reçu au bureau ou une erreur de la banque en votre faveur.
Certaines argueront qu’en présence de leurs enfants ou l’alliance bien visible, le « madame » s’impose. Ca ne compte pas, évidemment ! Il s’agit de tester l’image qu’un inconnu aura de vous « à nue ». Et si le « madame » n’est pas fonction du nombre de ridules venues décorer votre beau visage défraîchi par ces fameuses soirées à enchaîner les pintes et les clopes à l’intérieur grâce à Fredo l’alcoolo, il semble en fait s’imposer lorsque vous-même imposez… le RESPECT.

Eh oui, c’est pour ça que, quand on vous appelle madame, vous avez l’impression que votre mère a surgi derrière vous sans prévenir. Peu à peu, les petits jeunes n’osent plus vous siffler (même si vous continuez à baisser la tête par anticipation… pour rien ! Si parfois, pour vous taxer une clope style : « Oh MADAME, zauriez une clope siouplé, sauf vot’respect hein ! »), les serveurs n’osent plus vous draguer, vos stagiaires (nés en 1995) vous tutoyer, votre voisin vous engueuler… Etre une madame, c’est la loose totale. Heureusement qu’il reste les ouvriers.
Ca tombe bien, dans ma rue, ça fait deux ans qu’il y a des travaux. La seule différence, c’est qu’avant, j’accélérais le pas quand « tss tsss charmante ! » et qu’aujourd’hui, c’est limite si je m’arrêterais pas pour taper la discute (« Oh merci, c’est vraiment gentil ! Non vraiment, je le pense ! Non parce que j’ai l’impression que les gens n’osent pas m’aborder alors que blablabla……… »).

Il y a deux semaines, à la caisse du cinéma Pathé Wepler, on m’a demandé si j’avais le tarif étudiant. C’était le vendredi 16 mars 2012, et ça reste le plus beau jour de ma vie.

5 réflexions au sujet de « Mademoiselle, Madame ? Le moment où ça bascule… »

  1. euh moi même avec mon fils on me dit mademoiselle
    dans les magasins pour bébé on me dit toujours « je vous fais un paquet cadeau? » « Nann c’est pour MON fils »
    et je vous jure à l’hotel en vacances la semaine dernière.Au petit dèj, le mec coché la case « child » après m’avoir regardé, j’aimerai comprendre

  2. Alors selon mon toubib (qui est quand même Philippe Grandsenne, le fameux pédiatre (bon, ok, c’est pas mon toubib, mais il bosse dans le même cabinet que ma gynéco et j’ai tapé la discut avec lui une fois…), le passage du Mademoiselle au Madame ne serait pas déterminé par la vision du loup, mais par (et ça va quand même avec) le fait d’avoir eu un gosse. Donc tu peux avoir une vie sexuelle de ouf à 60 ans et rester un mademoiselle… en revanche, dès qu’un enfant passe la porte (et par porte je m’entends), c’est cuit, tu te colles du Madame. C’est moche…

  3. Tant qu’on ne t’appelles pas Monsieur, il reste un peu d’espoir, non?😀
    Une petite anecdote similaire à la tienne au ciné mais qui fait moins plaisir :
    on m’a demandé ma carte d’étudiante au Kinépolis alors que j’ai clairement moins de 25 ans😥 …

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