Le 16 mai de Nicolas Sarkozy : le jour d’après

Le 15 mai 2012, Nicolas Sarkozy quittera officiellement ses fonctions de Moi-Président-de-la-République pour remettre les clés de l’Elysée ainsi que les codes nucléaires à son successeur François Hollande lors d’une cérémonie d’investiture qu’on imagine plus sobre que lorsque Cécilia avait débarqué tout de lamé vêtue, accompagnée de la fictive smala recomposée, glam’ comme une réunion de Casiraghi à Monte-Carl’.

Entre-temps, il aura fait l’état des lieux, bouclé ses valises, chattertoné ses cartons, repris ses posters de Barbelivien et ses classiques en Folio. On imagine le gros blues pour celui qui aura été à la fois remercié par son employeur et expulsé de son domicile. Bref, une bonne journée de merde, qui se terminera par l’accueil sur tapis rouge du nouveau locataire. Puis les grilles se refermeront (à jamais ?) sur le petit homme honni, le laissant cette fois-ci comme Sissi, seul face à son destin. « Les Français ont décidé de vous éliminer et leur sentence est irrévocable. » Et puis après ? On se plait à imaginer que…

… le soir, tranquille en jog’ avec Carla, il commandera des sushis pour se faire une chouette petite soirée télé (paraît qu’ils adorent ça) : Sur la Une, Dr House ; sur la 6, « D&Co Une semaine pour tout changer ». Non, un peu cafardum, ça lui rappellera trop sa journée et, alors que des images des nouveaux occupants défaisant leurs cartons dans son ancienne chambre l’assailliront, il préférera certainement se coucher tôt…

6h45 : Bhouuuuuu Bhouuuu ! Qu’est-ce que c’est qu’ce bruit ? Guaino ? Guéant ? Téléphone ! Quelle heure il est ? J’ai un avion, un G8, un p’tit dej avec la grosse Angie ? Non, c’est Giulia qui s’égosille dans la pièce à côté. Meurf, Carla va y aller, je me rendors.

Carla : Vazy, c’est ton tour, hein ! Maintenant que tu bosses plus, tu pourrais quand même te rendre utile ! Paraît que j’ai les traits tirés, la faute à QUI ?! Avant de se retourner froidement, vengeresse.

Nicolas se lève donc, toujours en jog’ Adidas et tee-shirt UCLA à l’ancienne, son épaisse chevelure en épis, pas rasé, direction la chambre de Gigi, qui s’agite, tend les bras et se demande ce que le petit homme fout là.

Après s’être caillé dans la cuisine, avoir retourné tous les placards pour trouver le lait en poudre  et relu dix fois la notice pour doser le shot lacté (« Attends elle a quel âge ? 7 mois, ça fait combien de cuillères… ? »), Nico prend alors place sur son nouveau trône : le canapé du salon, et zieute dans la cour, comme tout parent « normal », pour vérifier si un autre malheureux de son espèce a été tiré du lit à cette heure indécente par un tyran en couche-culottes.

Alors que le jour se lève et que les oiseaux chantonnent dans la cour arborée de la Villa Montmorency, Giulia, qui a fini son biberon, s’endort dans les bras de son chômeur de papa, elle kiffe. C’est alors que Nicolas saisit son BlackBerry et ouvre ses deniers mails. Rien aujourd’hui, à l’heure où, pendant cinq ans, des centaines de messages se disputaient déjà l’attention de leur destinataire dans la Boite de réception présidentielle. Dans les mails de la veille, un courrier non lu, d’Henri Guaino, la plume, le conseiller, l’ex voisin de bureau à l’oeil gauche affolé. Nicolas l’ouvre :

« Président,

Vous êtes ce matin sans emploi, perdu et abandonné de tous, « Libre », comme vous vous définissiez vous-même dans votre livre « traversée du désert » éponyme, mais sachez plusieurs choses :

Vous touchez dès aujourd’hui une retraite de 6000 euros bruts par mois, auxquels il convient d’ajouter 11 500 euros nets qui vous seront versés par le Conseil Constitutionnel, si toutefois vous décidiez d’y siéger, ce à quoi je vous encourage afin de « garder un pied dans la vie active », mais aussi pour bénéficier de ce confortable salaire qui, j’en suis certain, vous permettra de tenir la dragée haute à votre charmante mais néanmoins très remontée épouse, laquelle semble avoir assez mal vécu la campagne. Emmenez-la loin d’ici, aérez-vous, les CVs peuvent bien attendre quelques semaines. Je m’occupe quant à moi de finaliser la location des  bureaux rue de Miromesnil pour y installer votre cabinet d’avocat. Vous n’êtes pas sans savoir qu’une voiture ainsi que 2 chauffeurs sont également mis à votre disposition par l’Etat français, à vie. Je les enverrai vous chercher à l’aéroport. Prenez un billet pour la destination de votre choix, vous pouvez voyager sur Air France gratuitement en business, ou sur la SNCF en première, pour toujours également.  Une nouvelle vie s’offre à vous car non, on n’est pas fini quand on a 57 ans… Beaucoup d’hommes célèbres ont réussi après avoir subitement changé de secteur professionnel : Marc Levy, Fabrice Lucchini ou David Douillet, pour ne citer qu’eux.

Bonne route, et bonne journée,

Henri »

Ragaillardi par toutes ces bonnes nouvelles, Nicolas ouvre alors un second mail, de Nadine Morano cette fois. Il  est succinct : « Nicolas, le mp de ton compte Twitter est FLAMBY, ne le laisse pas mourir. Tu vas voir tu vas kiffer. #atoute Nadine »

Étonné, mais peu enclin a looser devant Telematin, Nicolas dépose alors délicatement le bébé dans son transat Baby Dior puis se connecte pour la première fois au réseau social qui avait tant dissipé ses ministres, et fait parler son équipe de campagne. Devant ses yeux s’agitent des milliers de personnes inconnues désireuses de se faire entendre dans ce brouhaha matinal. Elle est donc là, la France qui se lève tôt…

Clic. Nouveau message. Puis, après une petite angoisse de la page blanche, Nicolas tweete :

« Hello world, it’s N. »

Quatre heures plus tard, N. n’a pas bougé d’un doigt de pied et ricane bêtement devant des lolcats envoyés par ses abonnés, après avoir pris connaissance des centaines de messages privés et publics que lui avait adressés un certain Mickael Vendetta, puis liké ses propres photos de campagne sur Facebook, les passant toutes en revue avec nostalgie, ou pas (« J’ai l’air gros sur celle-là ! Comment on supprime putain ? ») tout en boulottant les pâtes de fruits volées à son pot de départ.

– Tu fais pas ton footing ?

– Flemme…

Carla, vêtue de son éternel poncho moutarde (« Bordel j’ai épousé un Top model je me retrouve avec un Gipsy King… »), s’apprête à sortir :

– Je pars dej avec Bioley, ne m’attends pas, je rentrerai tard ce soir… Il y a des Hipp carottes brocolis dans le placard, donne-lui aussi un petit suisse abricot et change-là, sérieux, elle pue !

– Hein ? Hipp ?

Elle avait déjà disparu, après lui avoir claqué une bise sur le front. Une minute plus tard, la fillette s’égosillait alors que l’ancien président découvrait les petits pots bio s’éclatant dans le micro-ondes.

Après l’avoir enfin mise au lit, il reprit place sur le canapé et entreprit un zapping frénétique. « Les Feux de l’amour« , tiens, il devrait appeler Dadou, elle aimait bien parler de Victor le moustachu. BFM TV, Hollande, pavoisant chez la grosse Angie. Salopard. Canal +, « Les Stratèges« … Pfft ! Un petit replay de »The Voice » ? Le coeur n’y était plus depuis qu’Atef avait été éliminé, comme lui, incompris et remercié après avoir été adulé. Il éteint.

La déprime.

Le silence.

Et ces putain d’oiseaux qui ne s’arrêtaient pas de chanter.

Tendant une main lasse vers son BlackBerry, il entrevit alors une lueur d’espoir…

Clic.

Nouveau message.

@OfficielMV Kikou Mickael, on se fait un petit footing ?

3 réflexions au sujet de « Le 16 mai de Nicolas Sarkozy : le jour d’après »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s