Un mariage au pays basque : debrief de Parisiens

Cet été, mon concubin, mon fiston et moi-même, également accompagnés d’une petite quarantaine d’amis de 4 mois à 43 ans, nous sommes rendus au pays basque afin de célébrer le mariage de l’un d’entre nous, originaire de la région, avec une charmante américaine très tôt initiée au verlan et répondant au doux nom de Katie. Peu d’entre nous connaissaient le sud-ouest, région encensée par Lizarazu, Beigbeder ou la cum-cum magnia, et nous fûmes donc nombreux à découvrir les particularités régionales, autant culinaires que météorologiques du coin, ce qui donna lieu à quelques remarques récurrentes entendues lors de ce séjour qui nous mena non sans encombre devant l’autel, avant que quelques petits garçons d’honneur (mais pas mon fils) ne tentent d’embraser le célèbre prêtre californio-basque avec les cierges sacrés.

Voici donc une revue de phrases, autrement intitulée « ce que disent les vacanciers au pays basque » :

–          « Regarde, on dirait du soleil ! »

–          « Putain le liiiinge, vite, il pleut ! »

–          « C’est normal qu’il fasse tout noir à 10h du matin ? »

–          « Tu veux du gâteau basque ? »

–           « Je prendrai les chipirons »

–          « Je prendrai le jamon ibérico »

–          « Je prendrai les sardines »

–          « Putain le pays basque, ça poisse !! »

–          « Fait chier ma frange frisotte ENCORE ! »

–          « Mariage pluvieux, mariage heureux ! »

–          « Franchement ça peut se lever ! »

–          « Tu veux du gâteau basque ? Non mais c’est celui à la crème. »

–          « Elle dit quoi, la météo ? »

–          « En une semaine de surf, j’ai pas tenu une seule fois sur ma planche ! »

–          « C’était pas Beigbeder, au Madrid ? »

–          « On s’achète des espadrilles ? »

–          « C’est où la Côte des Basques ? »

–          « Regarde, c’est Moscovici ! »

–          « Refile-moi du pinard, ça caille sa mère ! »

–          « Vous auriez pas autre chose que des chipirons ? »

–          « J’ai vu des mecs qui avaient VRAIMENT des bérets ! »

–          « Mon tee-shirt pue ! Mes draps suintent qu’est-ce que ça poisse ! »

–          « C’est beauuuu, ces montagnes ! »

–          « C’est la chorale basque là-bas ou des ivrognes du PMU ? »

–          « Merde il pleut. »

–          « Vous avez fermé vos vasistas ? »

–          « C’que c’est beau ! »

–          « Ouais, une semaine pas plus, hein ! Et encore, après 15 jours de Corse… (et encore)»

–          « Ca vous dit qu’on revienne tous l’année prochaine ? (…) HAHAHA JE BLAAAGUE ! »

–          « Tu veux du gâteau basque ? Nan mais c’est celui à la confiture. »

–          « Pourquoi les barbecues sont tous abrités ici ? »

–          « Euh… quelle canicule ? »

–          « Viens vite prendre un bain chaud après ta baignade tu vas attraper la mort ! »

–          « C’est morne, nan ? »

–          « VIIIIIIIIITE du soleil ! Badigeonne-moi d’huile d’olive je m’en branle il me reste que 2 jours de vacances. »

–          « Ouais, donc le brushing pour le mariage on laisse tomber ? »

–          « Nan mais y’a du ciel bleu là-bas au fond. Mais siiiii, regarde ! (…) Ah non. J’ai cru. »

–          « T’as pas un châle ? »

–          « Je kiffe l’océan ça change de la Méditerranée ! Nan nan je déconne pas ! »

–          « Putain c’est sportif, ici… »

–          « Nan mais quand il fait pas beau le matin, il fait beau l’après-midi tu vas voir ! »

–          « Quand il fait mauvais l’après-midi, ça annonce une super belle journée pour le lendemain tu vas voir… »

–          « Tu vas vraiment les bouffer, les crevettes que t’as pêchées ? »

–          « Nan chéri on ne va pas se baigner, maman a peur des vagues. Bha ouais. »

–          « Oui, papa va t’emmener. Quand il aura fini son gâteau basque. »

–          « Nan, j’ai pas froid en brrrr rob’be. P.. P… Pourquoi, t’as frrroid, toi ? »

–          « Tu viens d’arriver nan ? Nan parce que t’es NOIR ! »

–          « T’as pas l’impression d’avoir des cheveux en laine ? »

–          « T’as pas l’impression d’avoir des fringues en carton ? »

–          « Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas de grosse saucisse ? »

–          « Guethary, c’est un peu le Batignolles du coin en fait. »

–          « Tu savais que Madonna avait dormi au Madrid ? »

–          « Nan mais les mecs font du surf en sortant du taf tu te rends compte ?! » (Oui, brrr)

–          « Oh, des moutons ! Regarde Titi des moutons !! »

–          « Pour les enfants c’est génial, t’as jamais peur qu’ils attrapent de coup de soleil ! »

–          « Tu crois que le poulet basquaise, c’est basque ? »

–          « Vous avez pas racheté de pattes d’ours ? Celles à la crème. »

–          « Eh les mecs… on fait un énorme trou dans le sable pour tous se mettre dedans ? Bha quoi, ça nous réchauffera. »

–          « Bha… la plage a DISPARU ! »

–          « Putain il dit quoi le mec je comprends rien… Hein, il parle en… BASQUE ? »

–          « Ah ouais les marées c’est à ce point ?! Délire.»

–           « C’que c’est beau… »

–          « Z’auriez des chipirons ? Oh allez, mettez-moi aussi un gâteau basque. »

–          « Vive les mariés ! »

–          « Pourquoi on applaudit ? C’est qui qu’a gagné ? » (question de mon fils, ndlr)

–          « Le petit barbu, c’est un local ? »

–          « Franchement au niveau du temps, on a eu de la chance. »

–          « Ca vous dirait qu’on revienne tous l’année prochaine ? (…) Nan mais sérieux… »

–          « Eh les mariés, on revient l’année prochaine ? Nan parce que quand même, c’est mortel le pays basque. »

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RIP Le Club Dorothée

C’était hier et aujourd’hui tout a changé. Le 30 août 1997, il y a 15 ans jour pour jour, la nounou cathodique de notre enfance rendait son tablier après trois épisodes de « Pas de pitié pour les croissants » et une rediffusion de l’émission de la veille, quittant l’antenne en catimini. Dorothée, Ariane, Patrick, Corbier, Jacky et tous leurs amis fluos recrutés par la belle écurie AB retournaient dans l’ombre avec un squat éhonté de l’antenne d’une décennie.

Souvenez-vous de ces années où la toute nouvelle chaîne TF1 débauchait la blondinette à queue de cheval et son équipe de gais lurons de Récré A2 pour occuper la case jeunesse. La génération X brancha alors son cerveau directement sur le flux de la Seine Saiiiiiint-DENIS pour des heuuuuures de FOOOOLIE. « Candie », « Goldorak », « Les Chevaliers du Zodiac », « Mask », « Les Minipouss’ » (« Nouuuus les minipoussss ! »), « Dragon-Ball »… les mangas oeuvrèrent à notre passage à l’adolescence, avec les dégâts psychologique qu’on connaît (ne nous mentons pas, on ne sort pas indemne d’une éducation menée par un gamin hirsute se baladant pénis à l’air sur un nuage, ni de celle accompagnée par des gays à cheveux verts habillés en chevaliers, passant leurs après-midis à combattre des forces obscures pour attirer l’attention d’une nana toute occupée à faire pleurer ses grands yeux devant un ventilo faisant habilement voler au vent sa longue chevelure prune).

Passé notre gavage japonais, l’émission s’employa, en plus du bourrage de crâne du mercredi après-midi, à nous emmener dans un nouvel univers total made in France, le soir après l’école, avec les très cérébraux « Hélène et les garçons », « Le Miel et les abeilles », « Premiers baisers », « Les Filles d’à côté ». Nous fûmes enthousiasmés par ces sommets d’art télévisuel. Après des années à mater « Santa Barbara » et « Dynastie » sans bien comprendre tous les tenants et les aboutissants de ces étranges rapports humains, enfin nous avions des personnages à notre hauteur. Jérôme, Justine, Anette, Hélène, Katie, Etienne et j’en passe. De la cafète à la salle de sport en passant par leur chambre à coucher pour des debriefs en nuisette, voilà les héros fort sympathiques qui allaient dicter notre conduite post-pubère. Comme si ça n’était pas encore assez, la bande à Doro se fit ouvrir une grosse tranche le dimanche matin pour nous refourguer ses croissants et se la donner, elle aussi, dans les sketchs en tous genre montés à la chaîne afin d’alimenter pour pas un kopeck les 30 heures de programme hebdomadaires vendues à la chaîne ( !).

Le face à face à face, Allô à l’huile, le jeu de l’ABC, Le Jacky Seau et le générique de fin où étaient consignés les noms de quelques enfants dont c’était l’anniversaire, que nous avons tous regardé avec fébrilité, espérant toujours voir apparaître le nôtre même si on n’était pas membre du Club, et que ce n’était de toute façon pas notre anniversaire. Las, un jour, quelqu’un décida de couper le flux. On achève bien les Pat Le Guen. Pendant dix ans, nous avons été 75% des jeunes de notre génération à avaler docilement la bouillie de tata Doro.

Aujourd’hui, on s’affole pour ces « jeunes » branchés sur Internet et pourtant, ce qu’ils y lisent ou regardent résulte d’un choix. Quant à la qualité des vidéos qu’ils s’y partagent, qui peut dire qu’elle est meilleure ou pire que celle que nous balançait sans discussion possible Le Club Do ? On parle aujourd’hui de l’influence du cannabis sur le QI des adolescents, le faisant chuter de nombreux points. Le cannabis est-il vraiment le seul coupable ? Et si la génération sacrifiée de la décennie AB avait en réalité servi de cobaye cathodique à une équipe de programmateurs expérimentaux ? Décidément, il n’y a pas de pitié pour les enfants !

Les JO de Londres ou le gavage télévisuel sportif

Cela ne fait que 7 jours et pourtant, la satiété n’est pas loin. Quinze heures de retransmission quotidienne sur France Télévision, 300 heures au total sur les 15 jours de compétition pour 26 disciplines représentées par 204 délégations et plus de 10 000 athlètes enthousiastes qu’il faudra bien caser un moment dans la petite lucarne, les chiffres donnent le tournis. Après l’excitation des premiers moments, parviendrons-nous à ingurgiter toutes ces heures d’antenne parfois indigestes ?

Les premiers jours, nous sommes nombreux à nous être plantés devant notre télévision, ravis d’avoir enfin à disposition des programmes dignes de ce nom en cette période de bérézina cathodique. Adieu Les Experts, les bêtisiers du câble et les vieilles rediffs de M6, place au sport ! Néophytes et passionnés, nous nous sommes tous plantés devant le petit écran sans aucun complexe, affalés sur nos canapés, enjoints par une météo complice à ne pas mettre le nez dehors et à regarder s’agiter de jeunes gens musclés sans nous même effectuer aucun mouvement autre que celui de tendre la main vers le paquet de chips Lay’s posé sur la table basse (c’est loiiin !).

Cinq jours plus tard, après avoir vibré avec nos médaillés, appris l’existence  de Yannick Agnel, Camille Muffat, Tony Estanguet et autres Lucie Decosse, écrasé une larme à chaque Marseillaise, sauté du vieux canapé pour encourager nos nageurs sur les derniers mètres, enfermé les enfants dans leurs chambres parce qu’ils se plantaient devant le divin écran, découvert avec curiosité et enthousiasme des sports insolites tels que le tir aux plateaux, le judo poids mouche ou le canoë-kayak en bassin d’Aquaboulevard, la satiété n’est pas loin.

Car le flot ininterrompu de duels en tous genres, déversé de manière aléatoire dans nos cervelles atrophiées par tant d’heures passées devant le petit écran, a définitivement anesthésié nos sens et provoqué un trop-plein dans nos temps de cerveaux disponibles. C’est la grande bouffe, le gavage d’oie organisé, la nausée n’est pas loin. Basket – schlak Parker est zappé en pleine action pour être remplacé par du tir à l’arc – schlak les nageurs reviennent – schlak on remet une médaille – schlak de jeunes gymnastes russes tournoient  sur une poutre poudrée – schlak interview express pour une médaille bronze – schlak les journalistes rigolards reviennent en plateau – bim une médaille d’or on crie on hurle jusqu’à ce que bzzzzzzz… Nous sommes tous des américains devant les JO : amoindris, nous ne nous débattons même plus lorsque la chaîne choisit de nous priver d’une discipline enthousiasmante. Nous subissons, passifs, ce flux branché à même nos rétines, lequel reste connecté la journée via Internet. Certains bougent encore, et tentent une petite rébellion sur les réseaux sociaux, rendant responsables de tous leurs maux Neslon Montfort, Gérard Holtz et Patrick Montel. En vain. L’abattage à la chaîne continue, et les révolutionnaires 2.0 restent. Croque ta médaille et rends l’antenne, pleure, nage, saute, souris, raconte une anecdote, parle de ta mère, étreins la star américaine, embrasse ton mec, dis que tu es heureuse, et rends l’antenne on enchaîne.

Ces jeux rabelaisiens auront-ils raison du juilletiste rentré trop tôt ou de l’aoutien emprisonné dans son salon par un ciel gris coupable ? Encore 200 heures de programme. Ouf, l’outre-télespectateur a faim !