Les JO de Londres ou le gavage télévisuel sportif

Cela ne fait que 7 jours et pourtant, la satiété n’est pas loin. Quinze heures de retransmission quotidienne sur France Télévision, 300 heures au total sur les 15 jours de compétition pour 26 disciplines représentées par 204 délégations et plus de 10 000 athlètes enthousiastes qu’il faudra bien caser un moment dans la petite lucarne, les chiffres donnent le tournis. Après l’excitation des premiers moments, parviendrons-nous à ingurgiter toutes ces heures d’antenne parfois indigestes ?

Les premiers jours, nous sommes nombreux à nous être plantés devant notre télévision, ravis d’avoir enfin à disposition des programmes dignes de ce nom en cette période de bérézina cathodique. Adieu Les Experts, les bêtisiers du câble et les vieilles rediffs de M6, place au sport ! Néophytes et passionnés, nous nous sommes tous plantés devant le petit écran sans aucun complexe, affalés sur nos canapés, enjoints par une météo complice à ne pas mettre le nez dehors et à regarder s’agiter de jeunes gens musclés sans nous même effectuer aucun mouvement autre que celui de tendre la main vers le paquet de chips Lay’s posé sur la table basse (c’est loiiin !).

Cinq jours plus tard, après avoir vibré avec nos médaillés, appris l’existence  de Yannick Agnel, Camille Muffat, Tony Estanguet et autres Lucie Decosse, écrasé une larme à chaque Marseillaise, sauté du vieux canapé pour encourager nos nageurs sur les derniers mètres, enfermé les enfants dans leurs chambres parce qu’ils se plantaient devant le divin écran, découvert avec curiosité et enthousiasme des sports insolites tels que le tir aux plateaux, le judo poids mouche ou le canoë-kayak en bassin d’Aquaboulevard, la satiété n’est pas loin.

Car le flot ininterrompu de duels en tous genres, déversé de manière aléatoire dans nos cervelles atrophiées par tant d’heures passées devant le petit écran, a définitivement anesthésié nos sens et provoqué un trop-plein dans nos temps de cerveaux disponibles. C’est la grande bouffe, le gavage d’oie organisé, la nausée n’est pas loin. Basket – schlak Parker est zappé en pleine action pour être remplacé par du tir à l’arc – schlak les nageurs reviennent – schlak on remet une médaille – schlak de jeunes gymnastes russes tournoient  sur une poutre poudrée – schlak interview express pour une médaille bronze – schlak les journalistes rigolards reviennent en plateau – bim une médaille d’or on crie on hurle jusqu’à ce que bzzzzzzz… Nous sommes tous des américains devant les JO : amoindris, nous ne nous débattons même plus lorsque la chaîne choisit de nous priver d’une discipline enthousiasmante. Nous subissons, passifs, ce flux branché à même nos rétines, lequel reste connecté la journée via Internet. Certains bougent encore, et tentent une petite rébellion sur les réseaux sociaux, rendant responsables de tous leurs maux Neslon Montfort, Gérard Holtz et Patrick Montel. En vain. L’abattage à la chaîne continue, et les révolutionnaires 2.0 restent. Croque ta médaille et rends l’antenne, pleure, nage, saute, souris, raconte une anecdote, parle de ta mère, étreins la star américaine, embrasse ton mec, dis que tu es heureuse, et rends l’antenne on enchaîne.

Ces jeux rabelaisiens auront-ils raison du juilletiste rentré trop tôt ou de l’aoutien emprisonné dans son salon par un ciel gris coupable ? Encore 200 heures de programme. Ouf, l’outre-télespectateur a faim !

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