Y’a qu’«La Vérité sur l’affaire Harry Quebert » qui compte !

Cela faisait de longs mois que je n’avais pas rempli cette rubrique Livres qui, pourtant, l’eût amplement mérité après la lecture d’œuvres aussi savoureuses que « La Ballade de Lila K » de Blandine Le Callet  au Livre de Poche ou encore l’excellent psycho-polar « Les Apparences » de Gillian Flynn, véritable révélation que  j’espère pouvoir vous débriefer prochainement.

Pourtant, si je prends quelques minutes pour vous parler d’un livre, c’est parce que, l’ayant refermé hier soir après de longues semaines en sa compagnie, il est de mon devoir de vous enjoindre à foncer immédiatement vous procurer « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert » de Joël Dicker, un chef-d’œuvre, n’en déplaise au Nouvel Observateur qui qualifia le dernier Goncourt des lycéens  et Grand Prix du roman de l’Académie Française (excusez du peu) de « nanar ». C’est vous les nanars.

« Beuuu j’aime pas liiiire », en entends-je déjà certains. « Il est trop groooos », disent, apeurés comme mon concubins, beaucoup d’autres. Et alors ? Au pire, vous mettrez un an à le lire et ça n’est pas plus mal car alors, vous ne ressentirez pas cette douloureuse sensation qui est la mienne d’avoir dû couper ce cordon qui me relia pendant tous ces jours à Joël Dicker, ce génie littéraire né en… 1985 (ouais, après la victoire de Noah, la lose) et qui signe avec ce beau pavé blanc son deuxième roman. On notera au passage que ledit Joël, nouveau Roger Federer de la littérature contemporaine (big up la Suisse !), est ultra beau gosse. Oui, la vie est injuste.

Quant au bouquin, on y vient, rassurez-vous, il ne narre pas sur 660 pages les pérégrinations d’un helvète trentenaire en quête de l’amour. Non, et c’est là la force de Dicker, son intrigue se déroule dans une petite ville de province des States (avec quelques petits passages par New York histoire d’avoir des scènes sympatoches pour la version ciné qui, on l’espère, ne devrait pas tarder à se monter). Haletant malgré son volume, « La Vérité » met en scène deux écrivains entretenant un rapport filial, et dont le « père » est subitement accusé du meurtre d’une jeune fille de quinze ans commis trois décennies auparavant. Le « jeune » n’aura alors de cesse de creuser encore et encore le passé de cette petite ville aux personnages énigmatiques pour déterrer enfin la vérité de Harry, son mentor, celui grâce auquel le narrateur est devenu l’homme qu’il est aujourd’hui, soit un auteur reconnu pour un premier roman honorable  mais ayant pour ambition d’écrire, enfin, son GRAND roman.

Comme Dicker ? La mise en abîme est assez étourdissante (Inceptioooon !), et la réflexion sur le travail d’écriture et la condition d’écrivain passionnante. Mais relax, les mecs, l’enquête est assez présente dans l’intrigue pour que le livre ne s’apparente pas à un workshop pour scénaristes en mal d’inspiration. Quant aux réflexions entreprises, elles touchent également des thèmes aussi divers, variés et universels que l’amour, la célébrité, la chute, les secrets enfouis, l’amitié, les rendez-vous ratés (ou pas) avec son destin.

En tête des ventes avec sa  « Vérité sur Harry Québert », Dicker fédère nombre de lecteurs autour de son très grand roman qui me fit faire de nombreuses rencontres dans le métro, moi qui y lis pourtant depuis 25 ans sans que jamais on ne m’accoste. « C’est bien ? Ca vaut le coup ? », m’a-t-on demandé maintes fois. Hier encore, deux femmes ont sorti simultanément de leurs sacs le précieux objet, me faisant un clin d’œil en me voyant tourner frénétiquement les dernières pages. Car est-il utile de préciser qu’une fois entamé, vous ne pourrez lâcher le morceaux qu’une fois que Dicker vous aura libéré, retrouvant familles et amis, que vous aurez un temps délaissé pour plonger la tête la première dans cette divine idylle avec le jeune prodige.

Et je terminerai ce billet en reprenant les mots de Harry s’adressant à Marcus en page 661, quelques instants seulement avant que Joël et moi-même nous séparions, pour vous rappeler qu’ »un bon livre ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l’effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d’un sentiment puissant ; pendant un instant, il ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre (…) est un livre que l’on regrette d’avoir terminé. »

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Jeunes parents : la fenêtre de tir

BILLET EXCLUANT UNE LECTURE PARENTALE (les miens)

Avant de devenir parents, le sexe faisant partie intégrante de votre couple. Lorsque le cœur vous en disait, vous pouviez décider de vous jeter l’un sur l’autre dans la cuisine, au petit-déjeuner, sur le canapé en plein 13h de Pernaut, sous la douche avant de partir au taf ou dans l’ascenseur en revenant du Monop’. Que dis-je ? Vous n’alliez pas au Monop, hahaha (rire enjoué des sans-soucis) vous étiez bien trop bohème pour ça ! Vous mangiez également lorsque l’envie se faisait sentir, au gré du vent, quelques cacahuètes entre amis après des apéros sur le pouce à n’en plus finir ou un gros tartare dans un bistrot à 2h du mat, après une partie de jambes en l’air impromptue.

Jusqu’au jour où… la petite personne a investi votre quotidien. Subrepticement, en scred et par paliers, l’enfant chéri s’est fait un point d’honneur à détruire avec application votre vie sexuelle. Nourrisson, vous pouviez déposer vite fait le couffin sur le palier de votre chambre, voir jeter un vieux doudou sur les yeux impudiques de bébé lorsqu’une envie vous prenait. Maisla petite personne s’est organisée, méthodiquement. De mois en mois, elle s’est évertuée à dormir de moins en moins, prenant du poids, plannifiant son sommeil avec organisation afin de caler ses naps sur les vôtres, préparant son coup comme à Fox River. Longtemps, vous avez pu niquer de bonne heure (référence !), en matinée (sieste pré-dej), l’après-midi ou le soir après 20h30 (si vous n’aviez pas trop faim). Entre 1 et 2 ans, le guetteur s’est ensuite refusé à vous octroyer votre pause syndicale matinale, instaurant discrètement un harcèlement infantile qui causerait bientôt votre perte. Zeveuxpasfairedodo. Damned. Qu’alliez-vous devenir ? Pas grave, chéri, il nous reste l’après-midi.

Pourtant, Michaël Scolfield allait rapidement trouver de nouvelles portes de sortie, se taouant sur le corps le plan de l’appart au feutre Crayola , entourant en rouge la chambre parentale, son objectif. La fin officielle de la vie sexuelle du couple adviendrait le jour où il scierait avec fierté (pauvres cloches) les barreaux du lit de bébé (snif). Libéré de ses chaînes, l’être créé par feu le couple heureux et épanoui allait alors pouvoir choisir à sa guise le moment où il accourrait dans la lit de ses parents, avec l’ambition certainement inconsciente (ou pas) de l’empêcher de procréer à nouveau, faisant de lui ou elle le petit chéri à jamais.

C’en sera alors fini du petit coup post-taf, du calin Motus, de la sieste crapuleuse et même du lacher-prise post-métro/boulot. Le petit être rôderait alors toujours en silence, se déplaçant avec souplesse sur ses silencieux chaussons-chaussettes Barbapapa, prompt à apparaître à n’importe quel moment (« Vous faites QUOIIIII ? »), manquant parfois de causer la mort violente de ses parents, atterrés par cette visite surprise tant redoutée.

« Putain Chucky s’que tu fous là ? » Vous l’imaginerez alors toujours sauter d’un bond de son lit tel un Gremlins malfaisant, venant tambouriner à votre porte (« Cacaaaaaaa ! Mais vous faites POUAAAAAAA ?!! T’es OU MAMAN ??? »). Bha rien, on essayait de niquer mais c’est pas grave, allons faire caca c’est tellement plus fun (« Pourpoua t’es toute nue ? » « Laisse tomber, va »)…

Sans compter les faibles, ces binômes procréateurs qui accepteront, las, de dormir avec leur progéniture, enterrant à jamais une jeunesse sexuellement active, ressassant de temps en temps leurs coups d’un soir ramenés titubant de L’Enfer, de la Loco ou du Bus, qu’ils idéaliseront à jamais, oubliant l’odeur d’alcool et de sueur, et les collants troués de leur partenaire du moment.

Comment ces couples parviennent-ils alors (et pourquoi, mais c’est une tout autre question) à fabriquer leur second tyran domestique incontinent ? Si l’on fait le compte et puisque toute spontanéité aura alors disparu en même temps que leur libido se sera déployée ou carrément endormie, au choix, les fenêtres de tir se feront rares :

–          Matin : over, à moins de mettre un réveil en vibreur à 5h du mat’ (donc, en cas d’absolue nécessité)

–          Journée : dans tes rêves

–          Soirée : entre 21h et minuit (pour les moins narcoleptiques) -> prévoir de commander à manger car incompatible avec un quelconque épluchage de légumes. Tabler éventuellement sur un plat qui mijote type pot au feu. Eviter absolument le risotto ou les oeufs brouillés.

–          Week-end : idem, voire pire si des largesses horaires ont été octroyées à l’enfant.

Ce qui nous fait donc un total de 7x2h en soirée de fenêtres de tir hebdomadaires si l’on exclut bien évidemment toute sortie, fatigue, gym, maladie infantile ou invitation à dîner chez soi d’amis en soirée, à moins de se sauter dessus une fois le dîner rangé, le lave-vaisselle rempli autant que son ventre bombé… Ouais, on aime ou on n’aime pas.

Fine, que voulez-vous je n’y peux rien mais j’ai une seule question pour vous,  amis parents, POURQUOI EST-CE QUE PERSONNE NE PARLE JAMAIS DE CE FLÉAU ???!!!!!!

Et surtout, comment Charles et Caroline Ingalls sont-ils parvenus à avoir autant d’enfants ?

Fabienne Lepic présidente !

Connaissez-vous Fabienne, la femme de Renaud, la maman de Soliiiine, Christophe, Charlotte et Lucas, la voisine de Denis et Valérie Bouley, bref la star incontestée de l’excellente et hilarante série « Fais pas ci fais pas ça » ? Si ça n’est pas le cas, décommandez tout ce que vous avez à faire le mercredi soir et plongez la tête la première dans le quotidien de cette supermaman supervénère et superattachante.

Voilà maintenant cinq saisons que Valérie Bonneton, ex-madame François Cluzet (l’homme qui déclara récemment à propos de sa nouvelle compagne « Je n’ai jamais été amoureux avant elle », raison pour laquelle depuis je le hais) campe avec talent le personnage de Fabienne Lepic. J’irais même plus loin en disant que Valérie Bonneton EST Fabienne Lepic, à tel point que, lorsqu’elle arriva aux derniers César ultra décolletée, ravissante poitrine quasi intégralement dévoilée aux professionnels de la professions, je m’étonnai tout d’abord de ne pas entendre la voix de son mari Renaud bafouiller « M’enfin Fabienne, faut pas te gêner ! ». « Fais pas ci fais pas ça », (j’en vois qui ricanent au fond, on sort !), c’est le quotidien de deux familles, l’une bobo, l’autre version Le Quesnoy déglingue, qui tentent sans y parvenir d’élever des enfants de 4 à 18 ans, chacun à leur façon, tout en maintenant un semblant de vie de couple et d’accomplissement professionnel. Bref, c’est nous. En tous cas plus moi que le mec de Bref, qui n’a pas d’enfants et traîne donc tranquilles en doudoune sans manches dans son appart craspec.

En cinq saisons et cinq années, les personnages se sont installés, ont grandi, évolué, et force est de constater que celui de Fabienne s’est tellement rapproché de la femme qu’on est, qu’on voudrait être ou qu’on a parfois honte d’être avant de penser à Fabienne et de se dire qu’elle aussi fait pareil, que son personnage-même est devenu une star, voire une marque. On ne dira bientôt plus « maman active », « digital mum » ou « maman débordée » mais « Fabienne Lepic ». Pour preuve, elle a désormais sa page Facebook, et les vidéos Youtube de ses meilleures répliques fleurisssent sur la toile. Chaque mercredi, les fans plébiscitent la nouvelle adjointe au mère de Sèvres (oui, de mère au foyer docile, Fabienne a repris une vie professionnelle et part même faire un voyage de trois semaines au Québec, laissant linge sale et problèmes adolescentes existentiels à son époux, le très anxieux numéro deux des robinetteries Binet).

La raison ? Fabienne Lepic, adepte d’une éducation stricte, voire old school, se laisse souvent déborder par ces ennuis quotidiens qui nous pourrissent toutes la vie, tournant en dérision, lors de scènes hilarantes, ce qui peut nous sembler tragique, à nous, avant que notre idole ne vienne dédramatiser la situation. Le meilleur moment restera pour moi celui où Fabienne décide, afin d’enrayer la mystère de la chaussette solitaire (le « monstre du Loch Ness » de la ménagère moderne), de coudre sur chaque paire un fil reliant les deux chaussettes et passant dans le dos comme on le fait avec les gants des enfants, ou encore ce spectacle de fin d’année où, déguisée en salade, elle slama devant les parents d’élève sur le tube « Ca m’éneeerve ! (Mon fils est persuadé que les poissons sont carrés) » (les fans s’en souviennent comme étant la scène originelle de l’émancipation de Fabienne Lepic). Fabienne s’énerve sans arrêt, pestant, soufflant, contre son grand qui ne remet pas le lait dans le frigo ou passe ses cours à se trifouiller les ongles avec un compas, la maîtresse, cette grosse CONNASSE, qui impose d’acheter un cahier 24×32 cm petits carreaux grand format alors que CA N’EXISTE PAS, huuuuurle sur tout le monde quand elle a une panne de réveil et fait boulotter à ses invités son fameux « fourzytou », soit les restes habilement accomodés puis gratinés afin d’en faire un succulent plat familial (qui n’a pas son fourzytou… à part le mec de « Bref » ?).

Lassée de se casser les orteils sur des jouets d’enfants, faire ses abducteurs en ramassant à longueur de journée les multiples objets jetés ici et là par une famille ingrate, voire à subitement éclater en sanglots parce que, acculée, elle se sentait « grosse, moche et inutile », notre Lynette Scavo nationale a finalement décidé de prendre le taureau par les cornes et a fini par retrouver un emploi (après quelques tentatives assez scabreuses) grâce auquel elle parvient encore, au quotidien, à étonner son mari, qu’elle soutient en parallèle quotidiennement depuis des décennies de son laborieux parcours pour enfin devenir numéro un de son entreprise qui le prend « pour un con ».

L’ascension de Fabienne Lepic, madame tout le monde trop rapidement rangée au rayon périmée des femmes aux foyer de plus de quarante ans, ne fait pourtant que commencer. Et comme dirait celle qui ne dédaignerait certainement pas d’être prise pour modèle par notre héroïne, quelque chose s’est levé qui ne s’arrêtera pas… Fabienne PRESIDENTE. Fabienne PRESIDENTE !!!

En attendant de pouvoir enfin donner notre voix à Fabienne, écoutons une nouvelle fois son hymne au combat contre la cantine. CA M’ENEEEERVE !!

Le reportage sur les Jadarnaud : de « Premiers baisers » à « L’Incroyable famille Lagardère »

Hier soir, la RTBF a retransmis un reportage de « Tout ça ne nous rendra pas le
Congo » (le nouveau « Striptease » belge) consacré à Arnaud Lagardère, le quinqua milliardaire patron du CAC 40, et à sa belle, Jade Forêt, 21 ans. Annoncé comme déjà culte depuis plusieurs jours, l’émission, sorte de croisement entre « Qui veut épouser mon fils ?» et « Premiers baisers », a répondu à toutes nos attentes.

Le pouvoir de la jeunesse sur un post-quadra ne cessera jamais de m’étonner. Déjà, lorsqu’Arnaud Lagardère était apparu au bras de Jade, très élégamment vêtue d’une combi-pantalon décolletée en strass verts, promenant son 1,80m sculptural dans les allées du village de Roland Garros, le contraste évoqué par ce petit homme perdu à côté de cette immense post-ado lippue avait été saisissant. Que pouvait bien faire le milliardaire « meilleur ami » du président, patron du CAC 40, avec ce travelo scintillant ? Une passade, très certainement.
Pourtant, quelques années plus tard, Jade et Arnaud, devenus les Jadarnud comme on devient les TomKat ou les Brangelina, continuent de hanter nos écrans, provoquant chaque fois les mêmes ricanements du public face à ce couple grandguignolesque qui tient tant à nous imposer son bonheur girly.
Une première vidéo à succès avait fait découvrir au monde nos deux protagonistes castés sur le volet, aussi hauts en couleur que les binômes de « Qui veut épouser mon fils ? ». La télé ne pouvait pas laisser passer ce couple prometteur… Senna et Amélie, Jenifer et Jean-Pascal ou Marie et Geoffrey, le petit écran aime nourrir le téléspectateur à l’amour kitch. Pas bêtes, les Belges de « Tout ça ne nous rendra pas le Congo » ont réussi à récupérer la vache à lait. Et pourtant, connue pour se moquer des personnages qu’elle met en scène sans le formuler, l’image se suffisant à elle-même dans ce qu’elle peut offrir d’incongru, de choquant ou de grotesque, qu’allaient faire nos aspirants people de télé-réalité dans ce programme sinon  aller directement au casse pipe ?

« La belle, le milliardaire et la discrète » ou « L’incroyable famille Jadarno »

Morceaux choisis…

En jogging et tee-shirt « Paris », le grand patron, qu’on imaginait submergé de travail, devant gérer ses 27000 salariés, cuisine pourtant tranquillou à la campagne pour la nombreuse famille de sa belle. C’est tout penaud qu’il leur sert enfin à l’assiette des « silex » de steak hachés, sous les ricanements de ses hôtes. Affairé, il se dirige ensuite vers la cheminée pour faire du feu. « T’as de belles petites fesses… hihi… elles sont canon !« , lui lance Jade, gloussant avec sa sœur et une copine. Et la famille de rire en coeur. « Petit Nono » (comme le robot) est flatté, et en rosit de plaisir, sous les yeux de belle-maman, Jade version XXL sans brushing, qui veille au grain. Maïté (de son vrai nom), la « discrète », apparaîtra ensuite sur toutes les images. De là à croire que c’est elle qui dirige le petit couple de teen-agers formé par son gendre orangé et souriant et sa rejetonne à peine sortie de l’âge bête, il n’y a qu’un pas. Pas gênée, la marâtre, formant avec ce drôle de couple un trio infantilisant, taquine fréquemment son « petit Nono » de gendre avec la familiarité d’une tante décomplexée, comme dans la loge du Stade de France où, d’un clin d’œil moqueur, elle le pousse à chanter la Marseillaise, apprenant au passage au téléspectateur français qu’Arnaud n’en connaît pas les paroles. Vive le CAC.

Plus tard, le trio, accompagné de la petite soeur de Jade, écoute avec solennité la « top-model » lire des posts Facebook la critiquant. L’un d’eux la dit égoïste, seulement intéressée par l’argent de celui qui vole le pétrole d’autrui. Rhooo. Arnaud n’en revient pas ! « Pffff, toujours cette histoire d’argent, souffle-t-il lassé. Original… » Et d’ajouter, inspiré et sourcils froncés : « Mmh c’est p’têtre aussi mmh comment on appelle ça, des alter-mondialistes ! » Oui, si ça s’trouve c’est même pas une femme, ajoute belle-maman. Bha ouais, ils ont l’air de trouver ça bizarre qu’une femme s’y connaisse en pétrole. « Ils disent que je pense à Emile – l’ex de Jade, comprend-on – quand je fais l’amour avec Arnaud », pouffe ensuite Jade, toujours devant sa mère et sa petite sœur (classe). Puis tous de rire de bon coeur (coucou les Groseille !). Et Arnaud d’ajouter avec enthousiasme : « Trop drôle !« . Un ange passe. Et enfin : « Eh, on fait de la gym ? » Secret Girls !

Aux Etats-Unis, les Kardashian, une famille de beaufs éleveuse de poufs en tout genre, s’est fait filmer 24/24h pour devenir « L’Incroyable famille Kardashian », et intégrer le beau monde hollywoodien. En France, un héritier de très sérieuse entreprise française engagée dans l’armement, le sport et les médias choisit de nous rejouer « Qui veut épouser mon fils ? » pour devenir célèbre dans l’histoire de la télé-réalité. Cherchez
l’erreur.

Un buveur frénétique de Coca-Light tout de pilou vêtu, occupé à mater des clips en continu

Dans son jet, Arnaud ne travaille toujours pas. Il bouquine L’Equipe pendant que sa belle
ronchonne à propos d’un shooting qu’elle doit faire le lendemain matin (Jade est top-model Si si).

Tout au long du reportage, la caméra insiste sur la différence de taille du couple, allégorie de cet étrange rapport de force entre une adolescente légère et complètement déconnectée des réalités qui l’entoure et un milliardaire largué, englué dans une histoire d’amour qui le dépasse. Et pourtant, dans ce show bancal où le néant prédomine, il manque bien un personnage de taille : l’entreprise d’Arnaud. Car si les caméras se sont attardées sur les moments de détente du couple, on peine à comprendre comment un buveur frénétique de Coca-Light tout de pilou vêtu, occupé à mater des clips en continu en pédalant sur un vélo d’appartement avec des lectrices de Point de Vue peut réellement diriger une entreprise cotée en Bourse. Quant aux 27 000 salariés, sont-ils fiers de suivre les aventures de Nono, belle-maman et d’une gaga de twitter (« tuitteur », comme ils disent) ? N’est pas Richard Branson qui veut… Arnaud est héritier, l’ère du bling-bling est loin et nous ne sommes pas aux Etats-Unis. Si Donald Trump plaît à une Amérique qui préfère rêver devant ses riches, leurs jets et leurs amours tumultueuses, pas sûr qu’en France, le nom de Lagardère doive être associé à « belles petites fesses », jets et pyjama.
« Y veut s’donner un genre ! », le tacle Maïté lorsque Nono prend un verre de vin dans sa loge au Stade de France. MMh, peut-être pas le bon genre, en tous cas. A moins que cet épisode de « Tout ça ne nous rendra pas le Congo » soit en réalité bien plus proche de « Secret Story » qu’on ne le pense.
Mais alors, quel serait le secret d’Arnaud ?

 

Pour revoir la pépite, c’est par là

A Beauvais, la dernière librairie ferme boutique

Les 18 salariés du Gibert Joseph de Beauvais l’ont appris le 23 octobre dernier (et parmi eux mon amie Isabelle Millet) : placée en liquidation judiciaire, la dernière librairie de la ville baissera définitivement son rideau de fer le 10 novembre prochain.

Outre le choc encaissé par les employés, remerciés en moins de trois semaines pour leurs bons et loyaux conseils littéraires, cet événement ne serait-il pas annonciateur d’une nouvelle ère pour le marché du livre, auquel on retire peu à peu son âme, ses sens ? Car outre le loyer prohibitif dont devait s’acquitter le Groupe pour loger ses 65 000 livres neufs sur les quelques 700 m2 occupés place Jeanne Hachette pour 16 000 euros mensuels, le vrai coupable est rapidement montré du doigt : Internet. Bhou !

Beauvais n’est pas la « campagne » telle que l’entendent les citadins huppés, l’imaginaire gavé des prairies de « La Petite Maison » ou des champs de Thierry l’amoureux dans le pré. Et pourtant, dans 5 jours, ses habitants n’auront d’autre choix, pour satisfaire leur appétit littéraire s’il leur en reste, que d’opter pour l’un des best-sellers vendus à la Maison de la Presse, faire deux heures de train pour  « monter à la capitale », ou encore se rabattre sur le géant Amazon et ses chaleureux étals où il fait bon vivre.

Mais si, c’est super, Internet ! On  clique on clique, on se balade dans les rayonnages où de froides couvertures en HD trônent fièrement à côté du pitch copié collé fourni par l’éditeur à des webmestres désintéressés chargés de mettre en ligne les nouveautés, leur offrant une visibilité proportionnelle à leurs chiffres de vente (réels ou plannifiés). Mais quid des premiers romans, vantés par notre libraire chéri avec lequel, année après année, on a noué une relation de confiance, achetant les yeux fermés ses coups de cœur ? Aux oubliettes ! Et les success stories d’édition, qui ont vu d’humbles petits opuscules remisés au fond du magasin se hisser en tête des ventes de l’Express, celle-là même qui fait la pluie et le beau temps du milieu germanopratin ? « Ensemble, c’est tout », « La Première gorgée de bière », « Les Tribulations d’une caissière », « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates », « L’Elégance du hérisson », « La Liste de mes envies »… tant de succès inattendus portés par les libraires et leurs lecteurs assidus. Bientôt, il n’y aura plus de bouche ni d’oreille, à Beauvais ou ailleurs, pour vanter ces discrets des gondoles. Plus d’auteurs venus signer leurs ouvrages pour rencontrer leur public « en vrai », plus de petits cartons « le coup de cœur du libraire » vaillamment trombonés sur les humbles couvertures de petits livres sans histoire. En 2012, on a des coaches en tout mais on bazarde son coach en lecture !

« La Sorcière de la rue Mouffetard », « La Belle lisse poire du prince de Motordu », « Charlie et la chocolaterie », « Ce jeudi d’octobre », tant de Folio Junior que notre libraire familial me fit découvrir, enfant, m’ouvrant sans que je le sache le chemin vers cet infini champ des possibles offert par la lecture. Quoi qu’il advienne, il resterait toujours cela, les livres, et l’évasion qu’ils offrent pour trois francs six sous. Et puis il y avait aussi leur odeur  entêtante, lorsqu’on plonge littéralement la tête entre leurs pages. Celle des livres neufs, avec leurs couvertures brillantes qu’on caresse, douces ou en relief, celle des livres d’occasion, oubliés dans un grenier inconnu, lus à la lueur d’une lampe de poche par un gamin devenu vieux, finalement passé vendre son « Comte de Monte-Christo » à l’étage des occasions pour s’offrir un autre bouquin ; celle des manuels scolaires, si particulière, madeleine de Proust de nos rentrées en noir et blanc et des soirées passées avec nos mamans à les recouvrir de papier transparent pour ne pas les abîmer, et parce que la maîtresse avait dit que c’était « obligé maman ».

Cette année, les mamans n’emmèneront plus leurs petits chez Gibert le mercredi après-midi pour choisir de nouveaux livres et agacer leur imaginaire en les laissant découvrir dans les rayons les couvertures illustrées où chevaliers, princesses et héros de science-fiction leur faisaient de l’oeil. Ils ne traîneront plus non plus au grand rayon papeterie pendant des heures pour renifler des Stabilos, essayer les plumes de tous les stylos en imaginant leurs futures signatures « de grand », caresser les feuilles Clairefontaine hors de prix ou rêvasser devant les agendas cartonnés et les stylos argentés de Noël.

Non, cette année, maman cliquera et se fera livrer tout ce tintouin direct à la maison. Les réfractaires se rabattront sur la Maison de la Presse, dernier îlot des sens, qui mettra à disposition de toute la famille les meilleures ventes de romans entreposées entre la biographie de Raymond Domenech, un gros thriller qui tâche, le Dictionnaire de Laurent Baffie et les énormes nénés d’une starlette de télé-réalité qui fait la couv d’un magazine dont le rayon finira bien par déborder sur celui des livres.

Dans 4 jours, la culture aura encore fait un pas en arrière, bannissant sans scrupule  cet acteur indispensable de la chaîne du livre, le libraire. Abandonné, le lecteur lira ce que les médias (grand public) lui diront de lire. Comme ça, on lira tous la même chose. Génial, non ? Quant au flemmard, celui qui n’aura ni envie de surfer sur Amazon pour se commander un bouquin, ni le courage de dépenser une blinde en essence pour aller flâner à la Fnac à 30 km de son canapé, il gobera tranquille ce que lui offre la télé, gratos et sans se prendre la tête, laissant aux intellos surannés cette lubie obsolète qui consiste à corner de vieilles pages jaunies au coin du feu.