La virée chez Ikea ou la règle des 300 euros en 3 heures

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Ponctuellement, chaque année environ, on retrouve le courage, voire même l’entrain sincère, pour partir un samedi aprem, en famille, chez le « géant Suédois » (non, malheureusement pas chez Zlatan Ibrahimovic mais chez son compatriote le concepteur de Grüntag qui, soit dit en passant, n’habite pas un hôtel particulier dans l’ouest parisien mais un beau triplex en tôle ondulée proche McDo et toutes commodités).

« Cette fois, on va juste faire un petit tour au libre-service, hein ! », vous promettez-vous de concert. « On se fait pas avoir par le premier étage, on fonce direct aux trucs de cuisine et autres gadgets en cire parfumée. » Enfin, « on ne reste pas plus d’une heure », concluez-vous, prévoyant quasiment un éventuel passage chez le coiffeur en fin de journée.

Vous voilà donc en route pour la ZI, chantant à tue-tête dans la voiture « Tchoupiiii et Doudouuuuu ils sont rigoloooos comme tout ! ». Rapidement parvenus au parking de M. Expedit (oh, à peine 50 minutes), vous vous garez sans encombre avant de rejoindre l’antre du meuble en kit. A l’entrée, l’aire de jeux dans laquelle la firme promet de garder vos enfants pendant que vous dépensez sans compter affiche « complet ». Vous détournez rapidement l’attention de l’enfant, lui promettant d’autres activités bien plus fun sur le chemin tracé à l’étage, et évitez ainsi un drame lacrymal fort sonore de justesse. Ouf.

A l’étage, la fête commence. Armés du célèbre it-bag jaune à larges anses, du mini-crayon manifestement  breveté sur un panel d’inuits plutôt que sur les paumes de nordiques nourris au Gravelak et du mètre en papier (on sait jamais, épi c’est gratos), vous suivez les grosses flèches au sol, avec une discipline inédite (le passage clouté, à côté duquel vous passez invariablement, peut aller se rhabiller), craignant manifestement sans savoir pourquoi, qu’un représentant  des services de l’ordre golgoth ne vienne vous remettre dans le droit chemin avec violence. Pourtant, il existe bien des passages secrets mais nul n’ose s’y aventurer.

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C’est donc tout naturellement que vous oubliez vos belles promesses, visitant avec l’entrain d’un aventurier de Koh-Lanta au Franprix les salons reconstitués, chambres douillettes (« Réveillez-vous dans une maison de campagne suédoise« … « Ca te dirait pas qu’on refasse toute la déco de la chambre ? Hein ? Non rien. ») et autres studios adolescents multicolores, emplissant peu à peu l’immense cabas jaune d’objets aussi utiles qu’un panier en plastique ventousable de toute beauté (pour y entreposer les jouets de bain remplis de caca noir), de l’éternel et abominable dessous de plat rond en liège, et d’un réassort de planches à découper molles, les précédentes étant fendues en leur milieu.

Au rayon enfants, vous en reprenez pour 45 minutes supplémentaires, attendant mollement que Titi ait fini de tester le laidissime fauteuil oeuf qui tourne, le train en bois, le tableau à craie, avant de passer et repasser indéfiniment dans le petit tunnel dans lequel se pressent ces clients de moins d’un mètre, se bousculant, se mordant, se toisant avec haine et défi (« T’approches j’te pète le nez avec la casserole en balsa »). Ca craint, viens on se casse. « Naaaaaan Ze VEUX des peluuusses. » Fin de l’acte 1. Il s’est écoulé 1h15. Quant à votre panier jaune, il est rempli à ras bord. Passage au sous-sol.

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Oh, des couteaux, on en a toujours besoin !! L’homme prend racine, retrouvant certainement sa condition première de chargé du chopage de Mammouth à mains nus. Il lui FAUT des couteaux ENORMES. NOW. Vous, vous partez flâner au rayon verres. Avec l’enfant. Grosse erreur. Après près de 2h passées à déambuler chez le géant surchauffé à bloc (en vous séparant de vos blousons, il semble que le Zlatan du meuble cherche à vous étourdir, vous faisant oublier, dans ce lieu sans fenêtres, l’heure, l’ailleurs, vos amis, votre vie, votre compte en banque…), Titi passe en mode cocotte, s’effeuillant à grand renfort de cris étranges, jetant dans les délicates pyramides de verres à pied au prix attractifs pull, écharpe, bonnet et même l’applique étoile pour laquelle la fameuse sortie avait été décidée originellement. Vite, suivez les flèches.

Tapis persans et bariolés laissent bientôt place à ces fameux tableaux aux auteurs inconnus (leurs acheteurs espèrent-ils qu’un jour, sur un malentendu, ils prennent de la valeur, ou choisissent-ils en toute innocence leur déco picturale en fonction de la teinte globale et de la dimension de l’oeuvre ? Mystère).

En tous cas, cette fois-ci, c’est décidé. Quitte à être là, vous prendrez une de ces plantes vertes à bas prix qui manque tant à votre intérieur ! En fin de parcours, le rayon végétal a souvent raison de votre patience.

– « Tu préfères quoi ? demandez-vous avec le bâton de batterie interne qu’il vous reste. Yucca ? Palmier ? Ho, ou ce gros binz, là, avec le tronc tressé et les trois feuilles qui pendent ? »

Sllence.

– « Alors, laquelle tu préfères ? »

– « Mmh… comme tu veux. »

– « Bha non, toi comme tu veux, c’est quand même notre salon. »

– « Ah, tu veux la mettre dans le salon ? »

– (gardant votre calme) « Bha ouais, on a déjà parlé 1000 fois, non ? »

– « Mmh… »

– « Bha sinon où ?

Hein ?

Silence

« T’écris des textos ? T’écris à qui ? »

– « Hein ? »

– « Putain mais t’en as rien à foutre de la plante verte ? TITI putain qu’est-ce que tu FOUS laisse ces feuilles !!! »

– « Mais c’est pour toi maman ! Des fleurs, cadeaux !

Putain vous faites chier.

– « Nan mais j’aime pas les plantes vertes e fait, c’est plouc nan ? Epi regarde ce qu’il va lui arriver de toute façon à ta plante. »

Vous vous sentez seule dans cet Eden végétal.

Vous n’aurez jamais de plante verte.

Ni de bougies parfumées, ni de lampe de bureau d’ailleurs car, le géant saumoné ayant décidé de ne rien changer à son parcours fléché en 25 ans, c’est toujours aux mêmes rayons que vous calez, entassant les dessous de plat en liège sans être jamais parvenue à avoir un éclairage digne de ce nom.

Allée 20 rang 8, vous passez prendre votre Mölga brun foncé, que vous avez bien failli confondre avec une Mälm, ce qui n’a rien à voir, vous en conviendrez (hahaha). Un petit passage en caisse et hop, vous serez bientôt débarrassés de cette réjouissante activité en famille qui, pourtant, vous emballe de moins en moins. Titi fait du skate avec vos caddies (oui, vous en avez maintenant deux), éparpillant Åkerkullås, Promenåds, Bervelågs et Ekknes. Quant à votre queue, il semble que, pour changer, vous ayez choisi la pire (des études tendent à prouver que le sentiment d’avoir choisir la file la plus lente dans un supermarché ou au péage soit inhérent à la nature humaine. Mouais.)

Vous parviendrez pourtant à faire biper vos 40 articles (vous le savez, car ce total vous a interdit le passage en caisse rapide 15 objets maximum), dont vous seriez bien en peine de faire l’inventaire.

Quand enfin la caissière annonce le tarif total de votre petite sortie en ZI pour acheter une veilleuse d’enfant chez le roi du design à prix discount, vous n’en croyez pas vos oreilles. 257 euros ! Pour des serviettes en papier ?!!!

Votre mec sourit beaucoup moins. Vous aussi. Quant à Titi, il est bien trop occupé à boulotter son 15ème Dubbla Chokladflarn, les succulents sablés au chocolat vendus dans des boîtes à chaussures sans couvercle (bim dans le sac).

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Dehors, il fait nuit.

Sur la route, des couples pomponnés se pressent vers la capitale pour aller guincher pendant que vous, sales et mal attifés, tentez de rejoindre vos pénates avant le générique de The Voice. C’est clair, il y a des embouteillages.

Vous aimeriez pouvoir sourire à votre concubin histoire de le remercier d’avoir accédé à vos desiderata (« Steuplééé on va chez Ikea attends on va s’éclater on mange un hot-dog à 1 euro [hameçon], on chope la lampe, des serviettes en papier et des bougies et on rentre ! ») mais vous ne pouvez pas.

Entre lui et vous, un carton de 2,50 m tente de se faire une place. Quand vous tournez les yeux, tout ce que vous pouvez lire c’est « Billy« .

Plus tard, vous niquerez un peu plus encore votre capital jeunesse en enfonçant avec cruauté vos paumes dans la célèbre clé Allen fournie par le géant sournois, officiellement persuadé que vous parviendrez avec ce trombone à enfoncer de très longues et épaisses vis cruciformes dans des trous de la taille de celui d’une punaise. Combien de familles éclatées, de divorces urbains, de crimes domestiques sont à imputer à la firme ? Vous vous promettez d’enquêter prochainement rêvant même, grâce à vos investigations, d’accéder à une célébrité bien méritée en faisant reculer, pour la première fois depuis des décennies, les terribles chiffres des séparations hexagonales.

Finalement fière, vous vous dites que si, en cinq ans, la terrible nymphette jaune et bleue n’est pas parvenue à faire vaciller votre couple, c’est qu’il est solide, lui.

Ce qui ne semble pas être le cas du panier en plastique ventousable si pratique qui, pour la troisième fois… BIM !

5 réflexions au sujet de « La virée chez Ikea ou la règle des 300 euros en 3 heures »

  1. Et c’est pour ne pas avoir à éprouver mon couple, ni à subir le regard noir de mon ami face à une queue de plus de deux personnes que je ne vais chez Ikea qu’avec le seul homme qui me suivrait au bout du monde, sans moufter : mon père.

  2. Magnifique article, j’en ai pleuré de rire.On a tous la même vie ou quoi? Nous sommes de bons petits consommateurs calibrés Ikea et on tombe tous dans le panneau😉
    Retour de chez Ikea : nous avons effectivement acheté les fameuses planches à découper molles ainsi que les dessous de plat (pour en refiler à des potes, à qui on les a certainement piqués). On a trouvé une lampe (objectif du jour atteint, youpi! I love Ikea), mais va falloir qu’on y retourne car on a oublié ces p……d’ampoules pas vendues avec et qu’on trouve pas ailleurs. Ca nous avait déjà fait le coup avec l’étendeur à linge, on n’avait pas vu que les roulettes étaient vendues séparément….I hate Ikea. N’ai pas encore prévenu Monsieur…

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