La vraie vie des mères actives – Episode 2 – Le métro

metro13

Notre maman active arpente péniblement le bitume trempé, ses cheveux collés au front, ses dessous de bras séchant peu à peu à mesure qu’elle s’approche de l’inquiétante bouche de métro, laquelle porte si bien son nom, prête à la gober totalement avant de la digérer péniblement (oui, eurk).

Arrivée au bas des marches, et alors qu’elle s’apprête à sereinement faire biper son sac, l’atmosphère semble pourtant différente des autres matins. Et pour cause, devant les deux uniques machines à recharger les Navigo se pressent salariés vénères et touristes désorientés qu’il est désormais impossible de gicler habilement pour les orienter vers une guichetière patiente, ravie de leur expliquer longuement la différence entre un pass journée, un carnet et un abonnement semaine. On est le 1er du mois…

Sa race.

Il est 9h15. Dans la longue file, elle checke les mails qui continuent de s’amonceler en même temps qu’elle envoie ses sms-sos à tout son répertoire : « Coucou ! Ca va ? Sinon ça te dirait de t’occuper des enfants de euh… 16h15 à 20h30 today ? Bisoussss xxxxxxx ». Oui, même à l’électricien et au réparateur de Freebox.

9h25. Abonnement – schlouk elle fait tourner le gros rouleau – clic – zones 1 à 2 – schting rouleau – Schtak total 615 euros…. « Eh ouaiiiiis ça a encore augmenté !!! Qu’est-ce que tu crois ? Ah ouais ça te vénère mère active et tu vas faire QUOI maintenant hein ? Tu vas te REBELLER peut-être ? EH NOOOOON, tu vas prendre ta carte bleue et te faire ponctionner de la moitié de ta paye dès le 1er du mois comme tout le monde EPI C’EST TOUT HAHAHAHA » [rire démoniaque de la machine Navigo, qui parle, oui].

« Votre pass est maintenant chargé ». Encore heureux. Connasse. Chus vulgaire avec le matos, tant mieux.

9h28 : la WM veut faire biper son pass à 10 000 mais manifestement, les trucs sont désactivés depuis longtemps pour une raison indéterminée. Non, non, elle ne se dit pas du tout qu’elle aurait pu en profiter pour passer tranquillou (= resquiller) et recharger sa carte plus tard, à un moment où y’aurait eu personne devant les machines, par exemple. Elle est HONNETE.

9h30 : le quai est bondé. La sueur gicle à nouveau sous les aisselles refroidies de la WM. Au micro, on n’annonce… rien. Sur le quai, un train arrêté et bondé de salariés de tous bords agrippés aux parois attend que le trafic veuille bien reprendre. Des « Direct Matin », des « 20 Minutes » et des « Métro » potentiellement remplis de pipi ou autres matières suspectes dépassent des poubelles. La WM s’en tape, elle est dégueulasse de toute façon. Elle s’en saisit, les défroisse avec dégoût et plonge dans les news pour oublier que sa réu a commencé depuis 30 minutes, que personne a répondu à son sms sauf sa mère pour dire « Mais ma chérie tu sais bien qu’on est en Guadeloupe bisous bisous » (« Les nouveaux seniors, leur pouvoir d’achat, leurs potes et leur emploi du temps d’ado », un vaste sujet bientôt sur vos écrans…) et qu’elle n’a toujours pas petit-dej’.

9h42 : « La ligne 13 est momentanément interrompue pour cause d’avarie matériel.  Nous nous excusons pour cet incident. Le trafic reprendra prochainement ».

Putain.

C’est quoi « prochainement » ?

Dilemme. Se dire que « prochainement » c’est dans une minute et attendre docilement dans la moiteur des entrailles ? Se dire que « prochainement » c’est dans 3 semaines et remonter sous la pluie choper un bus ? Poser sa matinée ? Feindre un malaise ? Se flinguer ? Acheter tous les Kinder Bueno du distributeur et les ingérer très rapidement la tête en bas tellement elle a la dalle ?

Le trafic finit par reprendre. Trois métros passent, alors que des passagers arrivés après elle l’écrasent sans ménagement, abrégeant au passage les souffrances de malheureux nonagénaires sacrifiés sur l’autel de l’heure de pointe de même que les femmes enceintes. « Rho bha y’en aura d’autres, des métros ! », gueulent les « chanceux » qui ont un doigt de pied dans le wagon (et le ventre dehors mais ils s’en tapent), et narguent les laissés pour compte du quai. Oui, y’en aura… « prochainement ».

C’est donc le visage collé à la vitre sale, sous l’œil compatissant du lapin qui se fait pincer les doigts, que la WM ferme la masse compacte agglutinée dans le wagon surchauffé alors que les sempiternels éclats de voix se font entendre.

« Nan mais c’est dingue, ça ! Pouvez pas pousser votre bras ! »

« Coooooonnasse ! »

« Nan mais vous avez vu ça ? Stincroyable ! »

Mmmh. Dans son dos, elle jurerait qu’une main tente d’attraper un de ses cuissots épanouis par les maternités, voire de le malaxer mollement. Plus loin, un « jeune » fout en l’air les tympans gentiment offerts par sa génitrice en montant à fond son MP3, si bien que la WM peut découvrir en avant-première le nouvel album de Jay-Z. Elle ferme les yeux de désespoir, prenant exemple sur le chanceux propriétaire d’un adossoir, qui a habilement et depuis le début de l’affaire, fermé les yeux, mimant un sommeil qui lui permettra de ne laisser à personne sa place de choix. Jamais. Saloperie.

Sms de son mec : « ON a une baby-sitter  pour samedi soir ? »

Dans la tête de WM : « Je sais pas conard t’en as contacté une ? »

Entre deux stations, et alors que l’haleine fétide du chauve qui lui écrase un sein tente de lui ôter la vie par empoisonnement olfactif, le métro hoquette, s’arrête, s’éteint. Et reprend lentement sa marche vers la station suivante. Avant même que le train n’ait marqué l’arrêt, ils sont nombreux, derrière elle, à être persuadés qu’on le les laissera PAS SORTIR (c’est bien connu, chaque jour des milliers de voyageurs se font toute la ligne entière pour des raisons similaires…), et à lancer de bruyants  « PAAAAAARDON ! PAAAAARDON !!! » inquiets et menaçants, dans le but manifeste qu’elle se saisisse de la poignée pour ouvrir les portes RAPIDEMENT et que le flot l’engloutisse à jamais.

La WM est vaillante, elle se dit que dans quelques stations elle aura enfin atteint ses locaux professionnels, ce qu’elle tente de faire, il est vrai, depuis presque 4 heures alors que ses stagiaires ont roupillé jusqu’à 9h, mais que son calvaire touche à sa fin.

Toc toc.

Pourtant…

Toc toc…

Elle jurerait qu’un index s’enfonce dans son épaule alors qu’elle est tout juste parvenue à reprendre la lecture de son « 20 Minutes » plein de pipi et qu’elle se passionne pour une étude sur le couple, qui explique que ceux qui n’ont pas d’enfants ont deux fois moins de chances de se séparer (sans blague ?).

– « On bouquine ? »

Derrière elle, propre, souriant et le souffle chaud (et lourd), Arnaud de la compta semble fin prêt pour une conversation matinale de métro entre collègues. Il est 9h50 et les portes se referment sur le duo alors que la WM jette un coup d’œil aux rails…

Non, elle a des enfants, elle ne peut pas…

To be continued…

5 réflexions au sujet de « La vraie vie des mères actives – Episode 2 – Le métro »

  1. J’adore !
    Ce n est pas dans le métro que l’on réalise qu’on a oublié au moins un truc vital pour le petit ? (Goûter, doudou, pull..)

  2. Ping : La vraie vie des mères actives Episode 3 : rentrée et réforme des rythmes scolaires | Debrief

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