L’odeur des fournitures

fournituresAujourd’hui, alors que je déjeunais avec une copine, elle eut cette phrase étrange :

«  Je comprends pas, mes sœurs arrêtent pas de parler des fournitures de leurs gosses ! C’est quoi le délire avec les fournitures ? »

Le délire avec les fournitures ? Mais voyons…

N’a-t-elle jamais ressenti ce frisson qui vous envahit lorsque, à l’approche de la rentrée, vous osez une Ked’s à la papeterie scolaire, plongeant avec délice le nez dans les manuels neufs encore pleins de cette inégalable odeur que l’on retrouve parfois, adulte, dans les livres grand format ? N’a-t-elle jamais feuilleté un agenda Quo Vadis vierge, encore, des centaines de devoirs consignés avec angoisse sous la dictée de profs cruels, mais aussi tagués de toute part de petits mots, de savantes études scientifiques destinées à calculer le quotient d’amour potentiel entre vous et Sylvain Breil [compter le nombre de « A », de « M »… de « R » présents dans vos deux noms, additionnez et ramenez à un total inférieur à 100], de photos d’Eden et Cruz et de milliers d’arabesques crayonnées avec ennui ? Est-elle passé à côté de ce divin plaisir qui consiste à entasser, les soirs de rentrée, bics quatre couleurs, feutres plumes, cartouches Waterman ou Schaeffer, effaceurs, Ty-Pex dernier cri, cahiers grands carreaux grand format, petits carreaux petit format, grand format moyens carreaux sans spirales 102 pages au lieu des 140 habituelles introuvable, exigé par un prof psychopathe et sadique qui fera s’arracher les cheveux à tous les parents du quartier (« Naaaan maman il a dit moyeeeeens carreaux !!! Je peux paaaaaas débarquer avec des grands carreaux je vais me faire TUER !! ») ?

A-t-elle oublié les heures passées à regarder sa mère, si touchante dans ce rôle qu’elle exècre, appliquée sur la table de la cuisine à recouvrir, à la nuit tombée, des monceaux de livres, pliant avec précaution le coûteux plastique acheté au kilomètre, essayant de ne pas en scotcher les bords pour pouvoir revendre, l’année d’après, le bouquin acheté à prix d’or et ouvert deux fois dans l’année ?

Stylos plumes, rapporteurs, compas, colle Cléopatre, UHU, trousse Hervé Chapelier, classeur A4, fiches bristol, papier millimétré, papier Canson, cartable Tann’s, papier calque, ciseaux Fiskar, blouse de chimie, gouache, pinceaux, godet, flûte à bec, étiquettes rectangulaires, à bouts ronds, feutres, Caran d’Ache, intercalaires en plastique, en papier, cahier de texte, Stabilo Boss, calculatrice fx82b, rapporteur, compas, équerre, double décimètre, Caminos de Idioma, Criterium, Clairefontaine et Super Conquérant… Ils furent, des années durant, le centre de notre petit monde construit autour de l’emploi du temps tant attendu, et collé, en ce jour de rentrée, sur la première page de l’agenda.

Et si aujourd’hui, malgré les iPad, les iPods, les smartphones, les sextos, les twitts et les profils Facebook, les fournitures tiennent encore une belle place dans le quotidien de nos malheureux écoliers (qu’on plaint, soyons honnêtes. N’oublions pas que, le dimanche soir, ils ne peuvent pas mater tranquillement L’Equipe du dimanche ou 7 à 8 mais doivent plonger avec des envies de suicide la tête dans leur cartable laissé à l’abandon dans l’entrée, deux jours durant), tant mieux. « Un bon ouvrier a toujours son matériel », nous répétaient-ils, ces profs acariâtres qui dictaient leur liste de doléances.

Ce qui est sûr, c’est qu’il m’est toujours bien plus facile de me mettre à bosser, aujourd’hui encore avec un stylo et un cahier neuf (ou de faire le ménage avec un nouveau Cif et une belle Spontex qui fleure bon, ou d’aller à un rancard avec des pompes jamais portées).

Sur ce, je vous laisse, je pars m’offrir un Moleskine.

On ne se refait pas.

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La vraie vie des mères actives Episode 3 : rentrée et réforme des rythmes scolaires

rentree-des-classes

Ayééé, notre working mum est rentrée de vacances (exténuantes, évidemment, rapport à la marmaille) bronzée que du dos et du cul à force de se pencher toute la journée pour ramasser jouets et bouées échoués sur le sable, et la couperose naissante à force d’avoir noyé sa fatigue dans le biberonnage de rosé à la nuit tombée.

C’est néanmoins le cœur vaillant et sans aucune arrière-pensée (si si) qu’elle se dresse donc, en ce jour de rentrée, devant sa porte d’entrée, une main dans celle de son rejeton, l’autre cramponnée, déjà, à son smartphone, toute prête à affronter son grand retour en open-space comme son come-back tant attendu en maternelle. En retard, déjà, elle traine avec difficulté l’enfant devenu plus volumineux (les glaces, sans doute, âprement négociées en échange de promesses multiples et variées) sur l’asphalte encore chaud de cet été indien. Devant la lourde porte de l’école, ils sont tous là. Les copains de l’an passé (dont l’enfant, comme elle, a oublié le prénom… « Ah bonjouuuuuur ! Et comment va… [regard suppliant vers Titi, qui doit bien se souvenir de son BFF putain][regard vide de Titi semblant signifier « c’est qui ce mec ? »] Il a grandiiiihihihi [yeux maléfiques de la WM roulant dans leur orbite en mode « tu pourrais faire un effort de mémoire putain »]), les mamans entièrement recouvertes de bébés en écharpes, devisant déjà de l’année à venir, de leurs espoirs de maîtresse (« Ah tu avais Axelle ! Elle est TOP ! J’espère l’avoir pour Capucine ! ») et leurs conjoints sollicités pour l’occasion, se sentant aussi à l’aise là, pour la plupart, que leur grand-mère au concert des One Direction.

Les portes s’ouvrent.

Tous, ils se ruent vers THE LISTS.

Se poussent, s’écrasent, éborgnent sans aucune pitié les nourrissons saucissonnés de leurs super copines d’il y a quelques minutes encore.

La working mum, elle, a no friends ici et aucun scrupule donc elle s’en tape. Et ses décennies de combat en milieu hostile (poste, queues de télésiège, cantine rayon pizza, Cojean ou ligne 13) lui donnent une longueur d’avance. MS2 check. Fanny check. 1er étage check. Elle saisit Titi qu’elle repère miraculeusement dans la marée et se jette dans les escaliers.

–          Poourquoi c’est pas la même claaaasse ? Pourquoi on passe par làààà ? Pour….

–          FONCE !

Devant la MS2 sont placardées des centaines de photocopies que ladite Fanny aura consciencieusement imprimées et épinglées la veille, lors de sa « pré-rentrée ». Sur chacune, un thème : « va au goûter » OUI / NON, « va à la cantine » OUI / NON, « va à la halte garderie le mercredi » OUI / NON [note pour plus tard : apprendre à la Fanny le principe du tableau à double entrée. Economie de temps et de papier…], « participe aux activités gratuites des mardi et vendredi de 15h à 16h30 » OUI/NON.

Nous y voilà ! La réforme ! Sa race. La working mum, comme d’hab’, n’a rien écouté, et attendu sagement qu’on lui explique le pourquoi du comment de ce barnum sociétal. Résultat, elle ne capte rien. C’est quoi cette histoire de 15h ? Merde en plus on est mardi, pas moyen de repousser à plus tard dans l’espoir d’une mort subite dans la journée. Elle se tourne vers ses ex-victimes tout sourire :

–          Vous êtes au courant pour les activités des mardi et vendredi ?

–          Bha oui c’est la réforme…

–          Mmhh, oui oui bien sûr. Mais ça consiste en quoi ? (honte)

–          Bha c’est des activités faites par des animateurs. Mais vous êtes pas obligés d’y aller. Sinon l’école finit à 15h.

15 heures ? L’heure à laquelle, habituellement, elle termine tout juste sa salade avant de replonger dans les dossiers laissés en suspens. No way. OUI ! Au moment de lâcher le bic scotché à une ficellle… MEEEEEEeeeerde. Elle se rend compte que « OUI » = 0 et « NON » = X. Elle avait collé des croix partout pour dire OUI. Elle rature chaque feuille pendant que la foule excédée trépigne, prête à la plaquer au sol pour récupérer le fameux bic. Devant le nom de Titi c’est tout caca sur les 10 photocopies. Rehonte. Note pour plus tard : apprendre à Fanny les conventions symboliques internationales.

Dans la MS2, Titi est déjà en train de repasser un playmobil en compagnie d’un vieil acolyte dont il ne souvient certainement plus du nom, mais auquel il raconte avec force détail comment maman s’est retrouvée à poil après un tour mouvementé en banane tirée par un zodiac. Il est temps de prendre la poudre d’escampette.

Dans le hall, un nouvel attroupement attire le regard de la WM. Les fameux « animateurs » des mardi et vendredi. Ne pas repousser, ne pas repousser… Et puis, la WM est reconnaissante à l’Etat pour son initiative. Qu’est-ce qu’ils ont tous à gueuler ? Faire du poney ou apprendre une langue étrangère deux fois par semaine, « à l’anglaise », quel bel exemple de démocratie ! Allons donc choisir parmi la pléiade de propositions. La WM kiffe le Club Med en milieu scolaire. Karaté, mini-tennis, chinois, anglais, échecs… à quoi allait-elle donc inscrire son rejeton, promis à un si grand avenir grâce à cette révolution inespérée (et gratuite) ?

Et là…

La

Désillusion.

A la découverte du monde animal / Activités d’expression / Ateliers théâtre / Autour de l’écrit et du conte / J’apprends à bien manger en m’amusant / Jeux et pratiques artistiques et ludiques / Santé et développement durable (sic).

Ok. Donc, THE réforme, c’est faire des jeux de société deux jours par semaine. Ah oui, et aussi tafer le mercredi ! Ce jour béni où la WM pouvait mettre entre parenthèse son contre-la-montre quotidien (la clepsydre ! la clepsyyyydre viiiite !), paressant langoureusement sous sa couette en famille, finite, kapout, vieux souvenir ! Bha ouais c’est la réforme ! La santé et le développement durable, à 3 ans, ça vaut bien un petit aménagement de l’emploi du temps, non ? Euh si si…

SMS de la sœur de la WM : dans son école, ils lui rendent les gosses à 15h parce qu’ils ont pas eu le temps de s’occuper des activités. D’ailleurs, ils savent pas s’ils y arriveront cette année. Mais les petits tafent quand même le mercredi.

La sœur de la WM va ptêtre perdre son emploi, ça s’trouve. Parce qu’elle n’a personne, à 15h, pour s’occuper des enfants.

Mais la vraie question, c’est : QUI va leur parler de la santé et du développement durable ?? Hein ?

Hard.

Plus tard, dans la journée, la WM recevra un coup de fil de la directrice. Personne n’est venu chercher Titi à 16h30 (après son premier cours sur le désastre radioactif à Fukushima, sans doute). Ah bon il devait rester au goûter ? C’était pas clair,  soit disant. Oups… La faute aux croix.

– Ne vous inquiétez pas, c’est un peu la foire, cette rentrée, avec la réforme ! », dit alors la directrice.

Ouais, c’est ça, la foirfouille.

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