Le cruel ballet des goûters d’anniversaire

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– C’est bien samedi, l’anniversaire de Marin ?

Un matin parmi tous les autres, normal, pépère, en emmenant mon fils à l’école, survient la bombe. Comment ça l’anniversaire de Marin ? Alors ça, ça m’étonnerait ! Marin, c’est un des meilleurs amis de mon fils, à l’anniversaire duquel on l’a reçu, ainsi que le reste de « la bande »,  il y a deux mois à peine. Oui, à la maison. Même qu’on a fait les chaises musicales, colin-mayard, la pibnata et tout et tout. Et pourtant…

– T’es sûr, chouchou ? Il t’a pas donné une invitation que tu aurais perdue ? Foutue en boule au fond de tes poches ? Crayonnée sans faire gaffe avec tes vieux feutres désséchés ?

– Non non, sûr archisûr. Pas d’invitation.

Est-il pire chagrin que celui d’amitié ? Pas celui d’amour, pour sûr, qui fait entrer en ligne de compte une quantité infinie de facteurs tous aussi subjectifs les uns que les autres. Belle, pas belle, lassitude, autre femme, peur de l’engagement, sentiments éteints. Tant de petits trucs qui ne concernent finalement personne, échappent à la maîtrise, et adoucissent la tristesse et l’incompréhension.

Non, le chagrin d’amitié, vraiment, il n’y a pas pire. Qu’est-ce que j’ai fait ? Suis-je si peu digne d’être aimé que mes amis me repoussent soudainement ? L’enfer égotique et sentimental suprême. Du moins était-ce ce que je pensais avant d’avoir des enfants, et de subir par ricochet l’atroce ballet social mis en place dès la petite section. Dès les premières fêtes d’anniversaire, en somme.

Un jour, vous trouvez une petite enveloppe planquée dans la parka de la chair de votre chair et votre cœur se réchauffe, s’emballe. Oh, mon bébé, tu vas aller à une belle fête ! Vous l’y emmenez, tout excité, le déguisement ridicule et le cadeau solidement cramponné par ses petites mains potelées, la boule au ventre de le voir si joyeux de partager pour la première fois le bonheur d’une réunion entre copains.

Vous blablatez avec les autres parents, checkez discrètement l’apparte, faites un dernier bisou et partez profiter de ces quelques heures de liberté dont vous ne savez presque que faire. Puis vous repassez, remerciez chaleureusement et repartez l’enfant peinturluré, heureux, et vous aussi de le savoir protégé par tout cet amour pour moins de cinq ans.

Mais voilà. Un matin comme celui-ci, vous apprenez qu’une fête a été organisée sans lui. Sans vous, pensez-vous. « On » n’a pas été invités. Pourquoi on n’a pas été invités ? C’est à cause de moi ? J’aurais dû davantage parler aux mamans le matin ? Faire des sorties scolaires, des gâteaux, prendre des cafés au bout de la rue pour parler de la directrice, des rythmes scolaires, de la maîtresse ? Offrir de plus beaux cadeaux ? Dites-moi, dites-nous. Mais par pitié invitez mon bébé, mon tout petit, mon choupinou. Comme une maladie qu’on voudrait prendre pour soi, vous voudriez supplier qu’on lui épargne cette blessure.

Et puis vous comprenez ce jour-là que oui, il y a finalement pire qu’un chagrin d’amitié. Il y a celui contre lequel vous ne pouvez vraiment rien faire. Celui qui touche votre enfant. Et vous ravalez la boule dans votre gorge en vous disant que ça ne fait que commencer, finalement.

Bienvenue dans la Cour de l’école.

2 réflexions au sujet de « Le cruel ballet des goûters d’anniversaire »

  1. J’ai eu la situation inverse au collège… je n’étais pas très fêtes mais j’avais voulu en faire une pour mes 13 ans. J’avais invité toute la classe, ma mère avait préparé plusieurs gâteaux… personne n’est venu et je n’ai plus jamais fait de fête.

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