Les filles vulgaires

  
Il y a un truc avec les filles vulgaires. Hier, alors qu’on devisait people est venu sur le tapis le cas Emilie Rajamachin, puis Kate Upton, et enfin la nouvelle nana de Justin Bieber, sorte d’ovni prépubère au corps de liane surmonté de seins plus gros que sa tête (chacun). « Hyper moche ! », « disproportionnée ! », « ridicule, horrible », éructaient les filles de l’assemblée, alors que le seul homme en présence ne pipait mot, les yeux exorbités devant ces silhouettes girondes et ces minois lippus. « Et toi ANTOINE T’EN PENSES QUOI ? », l’avons-nous alors interrogé avec agressivité, avant qu’il se renfrogne un peu, acculé, contraint de répondre sur le champ sans commettre de faux pas, tremblant d’avoir à se faire le représentant de la gent masculine dans son ensemble à lui seul. Et de finalement lâcher :

« Oh, elle est vulgaire… »

Accompagné d’un haussement d’épaules coupable.

« VULGAIRE MAIS GRAAAAVE ! BEUUURK ! CACA ! », ont beuglé de plus belles les filles, rassurées, confortées dans l’idée que non quand même, des femmes comme ça, c’était vraiment pas le genre à plaire aux hommes.

Et pourtant, une révélation m’est alors venue, au souvenir de cette même petite moue que font tous les hommes lorsqu’ils dégainent, pour nous rassurer, le fameux « oh elle est vulgaire ». Une moue qui exprime le désir, le danger, l’encanaillement et l’envie de faire pouet pouet à ladite vulgaire aux paupières irisées, à la jupe trop courte, au décolleté trop profond, aux racines trop sombres, à la bouche trop suggestive, aux ongles trop longs, aux talons trop compensés, au parfum trop sucré, bref, à cet aimant à libido masculine qui n’a finalement contre elle que la fatale impossibilité de pouvoir plaire à maman, et de provoquer trop d’attraction auprès des copains dont on sait bien ce qui se passe dans leur tête, les salauds. Ajoutez à cela qu’il semble difficile de superposer l’image d’une pin-up de supermarché avec celle de la madone qui donnera une descendance à son observateur, la fille vulgaire n’a que peu d’espoir de devenir l’officielle d’un autre homme qu’un joueur de ballon rond (lesquels, au contraire, mesurent leur réussite amoureuse au tour de poitrine et au volume de silicone réparti dans l’être pailleté au côté duquel ils se déplacent).

Bref, si le concept de vulgarité est avancé par les mâles pour nous rassurer sur l’objet de notre effroi, il semble en fait qu’il s’agisse d’un subterfuge potentiellement appris à des rangs d’oignons d’adolescents au cours d’un de ces fameux stages d’apprentissage dont je reste persuadé qu’ils doivent bien en suivre un secret pour avoir tous la même technique d’enfumage calibrée. Je le vois bien, le vieux de la vieille avec son sifflet et son livret en 10 leçons de survie en milieu hostile (soit en société mixte et adulte ou, pire, en COUPLE) :

– BON, les mecs, leçon n°4 : la fille ultra bonnase !

Brouhaha dans l’assemblée, sourires aigrillards des adolescents encore bien inconscients des emmerdements qui les attendent dans la vie.

– VOS GUEULES ! Rigolez pas ! Ca peut vite dégénérer ce type de situations et vous y serez confrontés plus d’une fois. DONC, ce qui arrive : bobonne arrive vers vous avec un magazine et pointe du doigt un missile à la carrosserie pas catholique, au regard qui ferait exploser l’objectif. Et là, votre gonzesse vous demande, attention c’est un classique les gars : « TU LA TROUVES COMMENT ? » [Silence] Vous répondez QUOI ?

– Euh… « moche ? »

L’adjudant meuf, abattu par tant d’ignorance crasse, faisant mutiquement « non » de la tête comme un chien de plage arrière mais en mode horizontal :

– Mais NAN ! Trop grillé ! Elles sont pas non plus complètement cons les bonnes femmes, ce serait trop simple.

Un autre :

– Euh… « Jolie mais c’est pas mon genre ! »

– MIEUX ! Pas encore parfait mais mieux. Quelqu’un a une autre suggestion ?

– Bha… : « elle déchire tout ? »

– Ouais… Tu peux la tenter, ou décider direct de prendre une corde pour te la foutre autour du cou. NAN MAIS qu’est-ce que je vous ai appris ! N’AVOUE JAMAIS, oh, les gars, je chie dans un violon ou quoi ? Vous êtes pas censés mater les gonzesses, ni en avoir envie, ni trouver bonnes les nichonnées crêpées. Croyez-le ou non mais vous êtes censés scotcher que votre bonne femme.

Rires dans l’assemblée. Et des « Nan mais elles croiront jamais un truc pareil, si ? », incrédule.

– VOS GUEULES ! Alors vous notez : « TU LA TROUVES COMMENT ? », flèche, réponse deux points : « VULGAIRE », ça passe crème. Ca veut tout et rien dire et allez savoir pourquoi, ça les rassure.

– Mais chef, elles vont pas comprendre que vulgaire, ça veut dire bonne ?

– Note, j’te dis. Tu verras.

– Ben ça alors. Merci du tuyau, chef. Et chef, la prochaine leçon, c’est quoi ?

– Leçon n°5 : je réponds quoi à : « Tu trouves que j’ai grossi ? » Mais bon, celle- là on la fera en deux séances, c’est compliqué. Allez les gars, vous avez bien bossé et vous oubliez pas, hein MOTUS.

– OUI, CHEF !

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