Le coup du tracteur

tracteur

Hier soir, je regardais d’un œil morne ce 103 000e épisode de l’Amour est dans le pré lorsque mon attention fut attirée par la sempiternelle scène dite du tracteur. J’avais pourtant assisté à celle-ci un nombre tout aussi incalculable de fois que les prétendantes forcément adeptes du programme. Pourtant, je m’étonnai encore une fois de leur excitation non feinte à l’idée de grimper sur ce gros engin crotté, excitation proche de la transe de fans prépubères scotchées à la scène du concert du groupe de rock de l’école. Et là ça a fait tilt.

Le prof de ski ! Ou de tennis. Le joueur de basse, le plagiste, le barman… bref, tous ces types devant lesquels n’importe quelle nana se liquéfie littéralement dès lors qu’il est dans SON ÉLÉMENT. Eh bien, c’était pareil pour l’agriculteur et son tracteur, aussi dingue que ça puisse paraître (quoique le fait d’agiter fièrement un shaker avec l’air habité de celui qui sait devant des vierges agrippées à un comptoir collant n’eut finalement pas paru tellement plus admirable, j’en conviens).

Car il faut savoir un truc, et pas des plus glorieux. Nous les femmes comportons une faille de conception notable qui nous rend faible devant ce fameux mâle dit « en situation ». Ainsi une working girl au parcours admirable pourra-t-elle se sentir minuscule devant un crétin des Alpes godillant en fute moulant bleu-blanc-rouge, son bouc idiot virevoltant au vent sous le seul prétexte qu’il affiche alors une aisance qui la ramène elle à sa condition adolescente d’oie blanche. Il y a certainement du Fifty Shades là-dedans, et l’envie non avouée (avouable ?) d’être initiée par un mâle tout puissant expert en son domaine. D’où les gloussements crétins et le désir immense provoqués par une simple paume posée sur la hanche par un tennisman raté employé par la municipalité de Bourg-Lastic, le sentiment d’infériorité prégnant ressenti devant un joueur de diabolo rencontré sur une place de village un soir de 14 juillet (« Ouahou, comment il arrive trop bien à le rattraper ! ») ou le frémissement palpable provoqué par la mise en branle, donc, d’un véhicule mal proportionné empli de crottin mais conduit d’une main de fer par un candidat à l’amour peu habitué à la proximité d’un corps féminin

– Tu veux le keun’duire ?

– Rhihi, je saurais ? Oh là là, c’est compliquéééééé ! C’est sur ce bouton qu’il faut appuyer ? Houuuu, c’est impressionnant ce gros râteau mécanique !

Et que je te pelotte le cul au passage à travers le bleu de travail moule-bourrelets, et que je te cale sur mes genoux en faisant joujou avec le tracto-pelle pendant que la rivale fulmine, trop impatiente de pouvoir, elle aussi, bénéficier de l’immense savoir de l’homme en situation, et de se faire plaquer comme les ribambelles de nunuches des 8 saisons précédentes qui se sont fait, avant elle, docilement coincer dans la cabine du divin tracteur embué par ces étreintes contre nature de l’homme en situation et de sa mie citadine émoustillée.

Et l’agriculteur de bien faire d’en profiter avant que ne s’inversent les rôles et que, son bleu au placard et son tracteur dans la grange, il ne laisse tomber le costume pour se faire traiter comme un malpropre en les terres de sa promise lorsque, le charme rompue par la perte de sa dive situation, il sera redevenu ce simple célibataire un rien couillon à l’accent irritant.

Moralité : le tracteur is the new soulier de vair

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