« Tu crois encore au Père Noël ?! »

C’est con, hein. Cette expression ultra érodée que les mimiles utilisent à tort et à travers, plein de dédain, pour  se moquer d’un pauvre naïf  qui « croit encore au Père Noël ou quoi », on l’écoute sans plus d’attention. En passant, comme ça. Et pourtant.

Hier soir, alors que mon fils de six ans glissait avec excitation sa dent sous l’oreiller, entourée d’une petite missive à l’attention de la mystérieuse rongeuse, l’implorant poliment de laisser la quenotte après son dépôt financier, je me suis fait cette réflexion. Il y croit encore ! A cette fable mal montée qui voudrait qu’un minuscule animal (a priori pas franchement aidé, même pas économiquement überisée en mode je t’envoie des sourisettes munies de piécettes et averties par notif du mini client à livrer) se farcisse l’intégralité des foyers hexagonaux dont les gamins auraient perdu une molaire, et vienne la nuit déposer son paquetole malgré les innombrables pièges par ailleurs planqués dans notre apparte. Et pourtant si. Mais plus  pour très longtemps, ai-je alors mentalement déploré. Comme pour le Père Noël. Et ça m’a foutu le blues.

Car finalement, ce jour honni où il apprendrait que le gros type barbu qui dépose une fois l’an une montagne de cadeaux aux références consignées d’une écriture illisible sur une feuille volante, voire des petits rabs par-ci par-là chez papi, la nounou, des copines et même au bureau de maman (sic), bref que ce truc in-croyable qui vous fait tenir des mois durant comme on attend une boum à quinze ans bha c’était du bidon, allait fatalement marquer sa première rupture réelle avec l’enfance. La résiliation de l’espoir, l’excitation, le fantasme, la certitude d’un monde merveilleux qui viendrait anéantir, métronomiquement, chaque putain d’année, tous les éventuels chagrins plus ou moins gros qui jalonneraient sa vie, pour un jour au moins. Game over.

On date souvent le passage à l’âge adulte à la première relation sexuelle, à la première cuite, le départ de la maison, ou encore la mort de ses propres parents. N’en déplaise aux esprits chagrins écoeurés par cette fête prétendument commerciale, trop religieuse ou grotesquement magnifiée, il me semble pourtant que la vraie rupture se fait là. Crac, larguez les amarres, balancez vos illusions à la flotte moussaillons, y’a rien derrière le rideau, rien d’autre que vos parents gueulant contre le paquet cadeau qui se déchire, le bloduc qui frisotte mal et tata à qui on sait pas quoi offrir, parce qu’elle a tout ou n’aime rien. Popeye, il a une énorme gourmette ! Vas-y, jette, petit gars, ton imaginaire, tes rêveries, ton excitation, ces fictions folles que tu déroulais le soir en t’endormant et deviens un homme qui ne se laissera plus berner.

Eh bien non ! Pourquoi faudrait-il absolument arrêter de croire au Père Noël, comme dans l’expression ? Pourquoi faudrait-il grandir totalement et ne pas imaginer cette foutue souris chargée comme un baudet, slalomant entre les Playmobil, essoufflée et effrayée à l’idée d’être en retard, de le réveiller, de se faire écraser par un pied adulte et gâcher la surprise, le bonheur de le voir débarquer le matin, les yeux encore pleins de sommeil, ses deux euros dans la main, occupé à calculer sans relâche le nombre de bombecs qu’il pourrait s’offrir avec cette petite fortune ?

Un jour, la mère de Kate Moss lui avait dit : « Enfin, Kate, on ne peut pas faire la fête toute sa vie ! ». Ce à quoi elle avait répondu : « Et pourquoi pas ? » Oui, pourquoi pas ? De même, qu’est-ce qui nous empêche de croire au Père Noël toute notre vie ? En tous cas, moi, j’y crois.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s