La question de la semaine : le Festival de Cannes ne sert-il qu’à vendre des shampoings ?

blake« Cannes ? Mouais… ça a plus grand-chose à voir avec le cinéma. » Chaque année, c’est la même chose. Alors qu’est lancé le « plus grand festival du monde » (le tout sur une ridicule envolée de marche située devant un Palais plutôt moche que vous ne reconnaîtriez pas en passant devant le reste de l’année), il semble de bon ton de faire la moue en mode «c’était mieux avant », « c’est plus que du fric », « les marques ont tout trusté, dégueulassé, vulgarisé non je ne regarderai pas et de toute façon si c’est pour voir des mannequins bulgares en robe lamée voler la vedette aux vraies (vedettes), je vois pas l’intérêt ».

Alors oui, si le fait que Doutzen Kroes vienne agiter sa crinière kerastasée devant un Vincent Lindon éclipsée par ces nénés pailletés est déplorable, le phénomène ne date pas d’hier, qui voyait il y a quinze ans déjà (oui…) les gogos du Loft faire frémir la Croisette plus sûrement que Gus Van Sant. Les célébrités sont corsetées, robotisées par des agents, de producteurs, des vendeurs de crème chargés de baliser leur discours, les empêcher de se jeter nues dans la Méditerranée devant l’objectif indiscret des paparazzis comme à la belle époque, à l’ »âge d’or » du vedettariat, c’est vrai. Mais, n’en déplaise aux esprits chagrins, rien ne remplacera cette débauche printanière de STARS, cette boulimie visuelle insensée de robes, de grossesses affichées sur tapis rouge, de pipoles agglutinés sur ce petit bout de pavé devenu pour un temps le centre du monde et on aurait tort de bouder notre plaisir.

Scène inaugurale de beaux jours promis aux événements excitants à venir (Roland Garros, l’Euro, les apéros, les week-end prolongés, les JO, les open spaces qui se vident, les spartiates qu’on balade dans le métro pour foncer mater tout ça chez soi parce qu’on part plus tôt du boulot), le Festivaaaal sonne pour moi le début de la récré estivale. Chaque année offre son lot de « moments » gravés depuis dans le marbre des bibles pipolistiques : le sein de Sophie M., les robes Gauthier de Victoria, Brad et Angie réunis, Vincent Lindon qui pleure, Sophie M. qui yoyotte, Sharon Stone qui électrise, Sophie M. qui se déculotte, les robes qui s’envolent, le vent qui s’engouffre, l’équipe de Canal qui tente vaillamment de donner le change en plateau après des nuits d’ivresse, les acteurs américains qui fendent l’armure, et la mer qui scintille, au loin, comme autant de flashes adressés à cet aréopage un peu ridicule mais garant d’une magie cathodique devenue aujourd’hui trop rare. Et puis le cinéma, 7e art soumis plus que d’autres aux aléas financiers, aux impératifs toujours plus cruels de grosses machines bien décidées à soumettre la poésie à une « loi du marché » trop souvent venue enterrer les jolies histoires sous les capes des super-héros et les machins bankables, pour une fois défendu, présenté dans un écrin parfois ridiculement sérieux (ou ennuyeux), mais souvent rendu à sa fonction première de raconteur de belles histoires, de celles qu’on ne voit pas partout.

Non, Cannes ne sert pas qu’à vendre des shampoings. Et si ces shampoings lavent pour quelques jours l’affront fait à l’art, passons outre ce barnum qui nous offre le plaisir immense de voir Woody Allen en région PACA, ou de savourer l’instant baiser offert par la reine, un doux soir de mai, au maître de cérémonie. Vive Cannes, vive le cinéma !

 

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