Quand Closer passe la crème (solaire) à Marine Le Pen

couvcloser

Closer joue-t-il les vendeurs de pommes avec Marine Le Pen comme Les Guignols le firent en leur temps ? Ou, pour être plus clair, l’hebdomadaire populaire qui aime à étreindre pleinement le peoplitique servirait-il les intérêts du FN ?

Cela fait longtemps que je les vois, ces quelques clichés (banalisants) des descendants de l’Infréquentable à l’œil de verre glissés entre les paparazzades de Beyonce et les front-row des défilés. Marine Le Pen, « tata gâteau » en larmes aux mariage de sa nièce (« la femme politique reste inconsolable lorsqu’elle réalise que la jeune Marion (qu’elle considère comme sa fille) a pris son envol »), le couple de Marine qui « explose », avant celui de ladite Marion, devenue mère entretemps de « la petite Olympe » (trop chou)…. Depuis deux ans, le magazine des célébrités et des « gens normaux » n’en finit en effet plus de nous narrer la saga familiale de ce mignon petit monde tout blond, reléguant les Grimaldi au rang d’anciennes gloires de papier glacé.

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Jusqu’à cette semaine où la reine-mère de la dynastie s’est carrément hissée au rang de cover-girl. Oui, en une du premier numéro estival de Closer trône en effet la présidente du Front national, tout sourire et lunettes de soleil sur le nez, entourée d’une Laure Manaudou « accro à son Fréro » et de Yohan Cabaye « le sportif hot » sous le gros titre flashy « Tous à la page ! ». Tranquille.

Alors certes, ça n’est pas la plastique de la quinquagénaire pourtant délestée « de dix kilos » – ainsi que nous l’informe, admiratif, le journal – qui boostera les ventes et appâtera le chaland. Non, pour cela, on a notre gratteur de yukulélé et sa nageuse topless mais justement. Qu’est-ce qui peut bien justifier ce choix éditorial consistant à octroyer à cette femme politique pas vraiment comme les autres les honneurs de la couve de l’été si ça n’est ni son glamour ni un événement particulièrement croustillant advenu dans sa vie personnelle ? La popularité, bien sûr, de celle qui aime à caresser dans le sens du poil naturel les français « moyens », normaux, qui n’ont ni passe-droit ni amis aisés qui les invitent dans leurs résidences secondaires lorsque les congés payés sont à poser. Et que découvre-t-on justement sur les quatre pages consacrées à « Marine » et son compagnon « Louis » (Aliot, numéro deux du FN), avec lequel tout semble finalement bien rouler ? Une femme simple, qui lit Guillaume Musso comme la grande majorité des Français méprisée par l’inteligentsia, affiche quelques petits kilos de trop et pose son séant sur un paréo froissé à même la plage publique, devant la glacière. Une femme qui trinque au gobelet à l’heure de l’apéro et sort l’opinel de son baluchon pour trancher la pastèque de ses propres mains. Bref une dirigeante sympathique, qu’on peut shooter de (très…) près parce qu’elle n’est planquée ni sur le yacht d’un copain milliardaire, ni derrières les hautes grilles des ors de la République. La girl next door coolos qui, plus qu’aucun autre candidat (ah oui, tiens, on est à moins d’un an de la Présidentielle…), incarne ceux qui n’en peuvent plus d’être représentés par des énarques au mépris palpable, des types au costard sur-mesure, des faiseurs de fausses promesses, des ministres paternalistes aux sourcils froncés, des gars assoiffés de pouvoir dont l’ego surdimensionné se place en rempart entre leurs électeurs et les mesures qui pourraient enfin faire « aller mieux » le quotidien de ceux-ci.

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Marine Le Pen a « évidemment [porté] plainte contre cette atteinte caractérisée à la vie privée ».

Mais pourtant, voyez comme il est simple, avec quelques images, de lustrer à peu de frais, consciemment ou non (je me garderai bien de trancher, on pourrait me faire un procès), le portrait d’un candidat. Dieu sait qu’on en avait parlé, de ces pommes qui, en leur temps, furent accusées d’avoir redoré en un sketch le blason d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux. Si un média d’humour est parvenu ainsi à faire flancher (peut-être) un électorat en mal de choix, que dire du pouvoir d’influence d’un journal du peuple à la popularité toujours plus grandissante (plus de 300 000 exemplaires vendus chaque semaine) ?

Ce qui est sûr, en tous cas, c’est que cinq ans à bâfrer des pastèques pourrait être bien plus écoeurant que douze à croquer des pommes.

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