La conversation interdite

C’est comme quand vous venez de vous faire jeter par un mec et que vous proposez à son meilleur pote de boire un verre. Il parle, il parle. De lui, de tout, de rien. Vous l’écoutez d’une oreille distraite voire vénère, en vous demandant secrètement à quel moment il ne sera pas trop discourtois d’aborder enfin le SEUL sujet qui vous intéresse vraiment. Lui, votre ex. Sa vie aujourd’hui, pourquoi il vous a quittée, s’il a une nouvelle meuf, s’il vous aime encore et surtout pourquoiiiiiiiiii il vous a quittée pourquoiiiiii.

En ce moment, partout, tout le temps, c’est la même chose. A table en famille, à l’apéro entre potes, et même au boulot, dans les magasins, au pieux… Quand est-ce qu’on va en parler ? Ca nous démange, on résiste, on fait semblant de prendre des nouvelles les uns des autres, des enfants, et tu pars où en vacances (osef) ? T’as lu des trucs bien récemment ? Vachement bon ton poulet, mama…. OH ET PUIS ON S’EN FOUT MERDE vous en pensez quoi de Fillon ? C’est ouf, nan, ce mec ? Et Mélenchon cette remontée ! Avec son bus, son hologramme, son appli. Et Hamon, le pauvre. Et Marine Le Pen on l’entend plus, hein, elle est où celle-là ? Et Macron, on y croit à Macron ? Et y’aura QUI au second tour ? C’est quoi, votre tiercé ? Et tu vas voter pour QUI ???? Allez, on craque, on ouvre les vannes, ça dégueule dans tous les sens de la Présidentielle. Tout le monde semble soulagé, on arrête de faire semblant. On parle, on parle, parce que c’est à peu près tout ce qui est important en ce moment, et puis tout ce qu’on peut faire pour que cessent ces questions.

C’est pas rien, quand même. Un nouveau président pas du tout comme avant où c’était toujours un peu un vieux monsieur en cravate membre d’un parti bien installé. Et cette incertitude, tous ces gens qui disent ne pas savoir pour qui ils vont voter. Cet instituteur qui balançait fiérot dans Le Parisien qu’il donnerait tous les bulletins à son fils dans l’isoloir et que le gamin choisirait au hasard. Ces planqués qui ne veulent pas avouer, qu’on traque. T’es Filloniste, toi, je le sens ! AVOUE  ! Ces billards à trois bandes qui donnent des conversations sans fin. Si je vote pour Hamon au premier tour, et pour Macron au deuxième, ça fait quoi ? Kamoulox. Et si les 80% de Le Peniste convaincus se déplacent et que les bobos  partent en week-end au second tout sans avoir fait leur procuration, est-ce que du coup Mélenchon passe ? Bingo.

On n’y comprend plus rien. Le type en col Mao gagne 22 points de popularité en trois semaines. L’autre en Barbour continue de claaaamer son innocence. Ca prend la tête, ça se rapproche, c’est dans deux semaines. Même qu’on a reçu notre carte, c’est dire. Alors oui, ça sort comme ça à tout bout de champs. Partout, tout le temps. Et on n’arrive à parler de rien d’autre. Comme avec ce meilleur pote du mec qui m’aurait quitté, et dont je me fous mais tellement de connaître la vie là, à l’instant, parce que rien d’autre ne compte.

Alors peut-être qu’on pourrait faire une trêve temporaire, et légitimer pour tous le droit, quand on manque de temps, à zapper rapidos les politesses d’usage, comme lors d’un déjeuner d’affaires où passées les cinq premières minutes de blabla idiot, on plonge rapidement dans ce qui nous intéresse vraiment. Ou comme lors d’un date Tinder, diront d’autres, où l’on finit par ne plus s’embarrasser de papotages hypocrites avant de se foutre au lit pour sentir enfin cette peau étrangère pour laquelle on est tous les deux venus. Moi je dis que ce serait cool.

Mais sinon, c’est quoi, votre tiercé ?

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