La maison Poux

Les poux, c’est comme la grippe, c’est toujours les autres qui nous les ont refilés, bien sûr. « Ah mais c’est les p’tits Machins qui ont toujours des poux ! », « Ton fils nous a refilé ses poux ! ». Ben voyons, parce qu’il les fabrique et les élève, seul, dans sa petite PME capillaire pour envahir la capitale. Non. Chers lecteurs et lectrices accablés par la parentalité, je sais que vous savez. Les poux nous ont colonisés. Chaque hiver, ils arrivent, prennent racine, squattent les têtes, les canaps, les taies, les bonnets, périssent sous le Pouxit inrinçable et puis font autant de come backs que Sarko sans se lasser. « Ils sont revenus ! » hurlent les affiches à l’école, sans que vous sachiez que faire face à cette fatalité à part passer, passer, le peigne à fines dents dont le verdict chaque fois tombe. « Ouais, il en a ». Et vous de vous gratter alors frénétiquement.

Jetée dehors comme une malpropre de chez le coiffeur, ma famille et moi-même avons l’autre jour pris une décision radicale en nous rendant au Salon des poux sis rue Lemercier dans le 17ème. Tête basse devant la vitrine violette ornée de bébêtes menaçantes courant sur des têtes d’enfants effrayés, nous avons rasé les murs devant les regards des passants, suspicieux comme si on entrait tranquillou dans un Peep Show. Et les voilà qui s’écartaient, écoeurés. A l’intérieur ça papotait gaiement, dans la société secrète retranchée. Tout le gang des pouilleux réuni pouvait enfin s’en donner à cœur joie, sans honte, et assumer son handicap sans le regard oppressant d’une société normalisée où l’on n’accepte pas la « différence ». Tss. Une gamine se faisait décontaminer en tapotant sur un iPad pendant qu’une dame très chic et sans enfants attendait son tour. « Alors ça va depuis la semaine dernière ? », lui demandait la patronne, pas gênée pour un sou, comme ces infirmières qui lavent des vieillards en papotant dîner du soir. « Nous, c’est depuis la rentrée, me balance ma voisine. Ils partent pas. Mais depuis qu’on vient ici, ça va beaucoup mieux. Vous en avez, vous ? » Mouaaaa ? Meu ça va pas ! Faut pas pousser, la secte, je ne suis pas prête à blablater lentes avec des inconnus le samedi aprem. « Y’en a dans tout Paris, me dit la tenancière. Dans la France entière. Ils viennent nous voir, même de Normandie, ils en peuvent plus, les parents. » Ouais, pourtant la Normandie c’est vachement chic, je me dis. Bord de mer, baraque à colombages et tout le tintouin. Pas le genre de zone où on imaginerait des poux prendre racine. Comme sur la tête de mon fiston à qui la pro les retira un à un avec un air gourmand (un peu comme ces gens qui kiffent faire leur sort aux points noirs), avant de les aspirer avec un gros tuyau pour les envoyer Dieu sait où. Schlouuuuf. Ciao la familia. Bien le bonjour au pays des poux sans taf.

Et c’est délestés d’un bon paquet d’euros et les bras remplis de produits à asperger dans toute la maisonnée que nous sommes rentrés, « décontaminés » pour l’éternité. Sauf que le ski arrive, et avec lui les échanges de casques et de bonnets. « Yo les gars c’est les vacances de février ! » Ouais, en pleine Fashion week, les rejetés des soirées branchées fêteront leur temps fort de l’année pour mieux se relancer. Quant à nous, il nous faudra alors tout recommencer.

Alors moi j’ai trois trucs à dire. Le premier, c’est que, à l’instar du fait qu’on est tous le plouc de quelqu’un d’autre, on est aussi le contamineur et le contaminé d’autrui. Deux, c’est que sous les airs surpris, indignés en mode « Des poux ??? Ah nan on n’en a JAMAIS eu c’est peut-être ton école qui est spéciale, non ? », je vous vois, parents sournois qui feignez en mode « on n’est pas des têtapoux ». De toute façon, la dame du Salon des poux (dont le business modèle me laisse songeuse car il est certain que mon objectif est bien de ne jamais la revoir) dit que ça n’existe pas, les têtapoux. Et trois, mais putain trois, comment en 2018 peut-on avoir été sur la lune, construit des voitures qui conduisent toutes seules, des téléphones qui filment, des fours auto-nettoyants, fait des greffes de reins, de cœur, de visage, séquencé le génome humain, écrit Harry Potter, inventé les toilettes chauffantes, le Viagra, le scratch, le micro-ondes, le shampoing 2 en 1, le Merveilleux, les imprimantes 3D et ne toujours pas être parvenu à ERADIQUER LES POUX ?

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Une réflexion au sujet de « La maison Poux »

  1. Je me solidarise complètement de ce coup de gueule, je travaille avec des enfants, j’ai déjà donné en mars dernier (DEUX MOIS sans parvenir à m’en débarasser, Pouxit mes fesses !). Et là je suis quasi sûre que c’est reparti…

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