La dictature du like

Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis (si tu me suis, je suis qui ?). La vieille expression éculée qu’on ressort à toute copine qui s’interroge sur un début de relation un peu merdique semble avoir été spécifiquement inventée, des siècles en amont, pour s’appliquer à l’abominable dictature du like, du cool et du follow qu’Instagram nous a finalement imposée. Car oui, force est de constater que la lutte des classes se joue dorénavant sur le réseau social dont on avait d’abord pensé qu’il ne s’agissait là que d’y publier benoîtement ses photos de food et de famille. Mais non madame.

Aujourd’hui, le plus cool, c’est celui qui en a le plus, des followers. Les « influenceurs », Macron, votre nièce et même cette fille débile que vous avez croisée en soirée et dont vous vous êtes rendue compte, ahurie, qu’elle avait deux fois plus de public à sa vie que vous-même sur ce compte que vous avez immédiatement cherché après votre rencontre. C’est alors que vous l’avez suivie, sûre qu’elle ferait de même. Bha ouais, vous êtes copines ou bien ? Pas sûr. Puisque quelques heures plus tard, vous avez constaté rageusement que non, elle ne vous avait pas suivie. Et le lendemain non plus. Alors qu’il semble bien qu’elle ne soit pas décédée entre-temps puisqu’elle a publié une story de la fameuse super soirée (sans vous taguer), un lategram de ses vacances à Bali et qu’elle a répondu, très enthousiaste, au commentaire d’un individu qu’elle semble considérer, lui, comme digne de son respect, ce qui n’est pas votre cas.

 

C’est comme ce sale type que vous avez ramené chez vous hier et qui, après avoir squatté votre corps et votre lit, n’a même pas daigné vous ajouter à ses contacts. Il n’a pas dû voir que vous l’aviez fait. Et vous voilà qui l’unfollowez en loucedé, pour le refollower. Sûre de votre coup, vous n’en revenez pas lorsque votre petit coup de vice ne donne rien. Vous n’êtes pas digne d’être suivie. Par lui.

 

Alors vous tentez la story. Les petites notifs des stories, on les regarde tous, non ? Du coup, pour répondre à la vidéo merdique de lui tentant de faire de l’humour face à son écran, sûr de son talent indéniable, vous passez une plombe à réfléchir et optez finalement pour un smiley double larmes de rire. C’est bien payé, pensez-vous. Il sera forcément obligé de vous envoyer un clin d’œil. A minima. Puis d’aller votre compte génial, se rendre compte que vous êtes si géniale et cool qu’il finira par vous suivre et essuyer cette humiliation qui vous hante. Et là papatras. Non seulement l’ignoble ne prend même pas la peine de vous répondre malgré le « vu » qui s’affiche narquoisement sous votre pauvre smiley double larme de rires – lol –, mais en plus, il ne vous a toujours pas ajouté à son cercle de privilégiés. Car vous n’êtes pas assez bien pour ça. Oui, c’est bien cela que ça signifie. Que dans cette nouvelle hiérarchie de cour d’école, cette aristocratie digitale où les cartes sociales sont rebattues, et où même l’argent ne hiérarchise plus les individus mais où seule la popularité, réelle ou factice, induit votre place dans la société de l’image, vous êtes… une merde.

 

Et c’est alors que par un procédé absolument ignoble issue du darwinisme, vous allez être tentée de faire pareil à d’autres. Ah, je suis sa merde ? Alors moi aussi je veux mes merdes. Une vieille copine d’école, toute gentille, vous ajoute et vous envoie un petit message pour vous dire combien elle trouve votre compte drôle et votre vie « trop bien » ? Vous lui envoyez un petit sourire condescendant en vous disant intérieurement que non, quand même, faut pas charrier. Vous n’allez quand même pas encombrer votre cheptel de comptes suivis avec cette nobode des réseaux sociaux. Idem pour les likes, que vous distribuez depuis avec parcimonie, mesurant votre aura au mépris que vous aurez alors vous-même pour autrui, devenant à votre tour ce bourreau de l’avanie des temps modernes. Bref, une personne fondue dans une image fabriquée, calculant le respect qu’elle suscite à l’aune du dédain dont elle accablera ceux qui osent lui signifier leur adoration. Quel triste monde que celui qui nous fait retourner à la récré pour l’éternité.

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Une réflexion au sujet de « La dictature du like »

  1. Et les comptes privés, hein, on en parle ? Ah ces monstres qui ne jouent pas le jeu, d’un, comment osent-ils nous privés de la fenêtre ouverte, c’est forcement qu’il y a des secrets croustillant à cacher, deux, nous obliger à leur demander l’autorisation d’y passer un œil, c’est bien simple, je ne veux pas en entendre parler.

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