L’amour au temps du corona

Ca n’est plus qu’une question de jours, d’heures peut-être. Alors que des centaines de parisiens si fiers de « braver le virus » s’entassent, s’enlacent, s’embrassent sur les quais du canal Saint-Martin, se touchent, se frôlent dans les parcs, font glisser « les kids » sur des toboggans surinfectés, ravis de humer les premières odeurs du printemps, il va falloir y aller. Se confiner, s’enfermer. Parce qu’on ne sait pas se discipliner, nous, les Français. Comme des gosses à qui on dit de ne pas toucher au bouton rouge et qui se ruent dessus. Pouêt pouêt. On est comme ça.

Alors on va tous être contraints de fermer nos portes pour deux, trois semaines, peut-être plus. Et devoir vivre ensemble. « Vivre ensemble », « résilience ». Décidément, les expressions émergentes de ces dernières années ne risquent pas de passer de mode.

Demain matin, il faudra faire l’école aux enfants. Plonger le nez dans les cahiers de texte, les cours de maths, de géo, de grammaire (« comment ça, ça existe plus le COI ? »). Supporter les cris, les larmes, les « mais le prof il fait pas comme çaaaaa !! ». Tout en envoyant des mails à droite à gauche pour garder un semblant de vie professionnelle. Et puis mettre son couple sous cloche. H24. Rester zen, parce qu’on ne pourra pas claquer la porte, partir boire un verre avec un pote, se barricader au ciné ou retrouver son amant, sa maîtresse même quand ça deviendra insupportable. Que deviendront tous ces couples bancals qui vivotaient cahin-caha, toutes ces familles au bord de la crise de nerfs contraintes de cohabiter, scotchées devant Netflix, dépitées par leur dixième dîner coquillettes-jambon franchement c’est pas trop bon ? Et les enfants de divorcés, devront-ils choisir chez qui se confiner ?

Alors reviendra le temps long de l’ennui. Les heures immenses des débuts de l’après-midis. La joie de lire, peut-être. Le manque des autres. Les nouvelles reçues par textos, par mails, comme autant de cartes postales envoyées au temps où l’on n’était pas si proches, où l’on n’obtenait pas tout en un claquement de doigts, un clic sur un plat chinois, un swipe sur un écran plat.

Ca va être long, oui. Mais comme je l’ai lu quelque part, à d’autres générations, on a demandé de partir au front. Pour sauver les nôtres, épargner un maximum l’humanité, à nous, on nous demander de ne plus bouger. De rester scotchés à nos proches. Et puis d’attendre. De faire le dos rond. Y’a pire.

Bon, en Chine, au sortir de la quarantaine, le taux de divorce a explosé. Mais peut-être qu’il fallait ce révélateur de couleurs aux amoureux las voguant sur le fleuve trop rapide de leur quotidien. Peut-être que d’autres se sont rapprochés, au contraire. Que dans vingt ans on parlera du baby boom de 2020. Que des récits fous de huis-clos enchantés nous permettront de penser que toujours, de la tragédie, peut émerger de belles histoires.

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