Au bal masqué ohé ohé

Que ce soit clair. J’ai bien conscience de l’importance / la nécessité absolue du port du masque. De celle d’obstruer nos orifices, bouche et nez, à l’intérieur desquels le sournois virus rêve de se jeter à corps perdu, sautant de la bouche de la vieille dame postillonante croisée au Monop vers nos pauvres poumons qui n’en demandaient pas tant aussi adroitement qu’un pou de la tête d’un enfant de quatre ans vers une autre tête d’enfant de quatre ans. Je SAIS tout ça. Mais ça ne m’empêche pas de juger cette néo-néccesité de nos vie d’après. Mal.

Récemment, dans une interview, Alain Minc comparait ces accessoires faciaux à des baillons. Et je me suis dit que c’était peut-être ça qui me gênait. Cette barre sur le visage, comme un trait au marqueur, qui sangle notre parole, nos sourires, cache aux reste du monde nos traits, nos joies et nos tristesses, ne laisse plus apparaître que nos yeux effrayés de frôler dans la sphère dite publique certains de nos semblables. « Oh mais ça va pas la tête celle-là, tu l’as vue ? Elle était genre à… 45 cm de moi cette FOLLE ! ». Dans les ruelles étroites du pâté de maison devenu ma cour de Fresnes familiale, je m’agite, je gueule, je fusille du regard de pauvres passants peu soucieux des distances de sécurité. Et ce que je remarque au passage, c’est que ceux qui sont tranquillous planqués sous leurs FFP2 paradent pour beaucoup comme s’ils avaient chopé le collier d’immunité entre les racines de manioc et la végétation dense du camp des rouges. « Denis ? J’ai mon masque, je peux me frotter à l’aise dans les rayons yaourts du Carrefour city nan ? »

NAN !

Bon, n’empêche qu’il faudra bien que je m’y résolve, je sais. A enfiler ce machin qui me renverra des heures durant ma propre haleine nourrie à la levure boulangère engouffrée par kilos, et aux plats oignonés réalisés en live avec Cyril Lignac le soir à 19h. A m’orienter au son des bagnoles quand je porterai mes lunettes bien calées sur le masque, qui s’empliront alors de buée comme quand j’ouvre le lave-vaisselle et qu’à chaque fois, putain, j’oublie. « Madame ? Vous marchez dans le caniveau. » A huuuurler sous le tissus, postée à 1 mètre de distance des autres mamans de l’école (ça va en faire un barnum sur le trottoir) quand je viendrai chercher mes enfants à partir du 11 mai. « Mprflll che disais BOOOON-VOUUUUUR ! ». A moins qu’on ne fasse plus que des sortes de clins d’œil avec ce qui nous reste de moyen d’expression, ou un petit signe de la main, de loin, en mode indien, parce qu’on flippe trop de se refiler le truc à cause duquel on a bousillé notre job, nos vacances de Pâques, notre sexualité et notre summer body en acceptant un enfermement désespérant pendant trois mois. Ouais, ça aurait un peu à voir avec s’enfiler frénétiquement trois pains au choc de suite debout dans la rue devant la boulange en plein aprem alors qu’on tenait à fond un challenge hypocalorique 30 jours depuis trois semaines. Donc, probable qu’on fera l’indien derrière nos vieilles culottes tire-bouchonnées derrière les oreilles plaquées sur nos visages blafards parce que les « masques grand public » prévus pour le 4 mai n’auront pas encore été livrés au gouvernement par Aliexpress.

Quant à nos enfants, les imaginer sortant un par un, éloignés de leurs potes d’une distance égale à leur propre taille est déjà psychologiquement compliqué. Mais alors les visualiser en mode cow-boy du pauvre ou chirurgien démoniaque alors que c’est pas Mardi gras et qu’ils n’auront même pas de crêpes pour se consoler, va falloir s’y faire.

En entreprise, ayé, le port du masque semble devoir être intégré pour les prochains mois (années ?). Ca va être gai, en réu, avec Jacqueline qui marmonnait déjà tellement qu’on captait rien à ses explications. Calée à trois mètres, bien loin, va falloir bien continuer le yoga live et la méditation pour pouvoir lui dire hyper calmement « Hein Jacqueline ? Quoi ? On ne t’entend pas bien sous ton masque ON CAPTE RIEN PUTAIN JACQUELINE A-RTI-CULE. »

Enfin enfin, je vais m’y faire. Il faudra bien, si je veux retrouver un job, une sexualité, un semblant de vacances d’été et un summer body. Ah tiens, ils rouvrent quand la salle de sport ? Ca va être sympa le RPM en apnée. Mouais, je me demande si je vais pas rentrer me reconfiner, tout compte fait.

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