Aller au ciné seul : la vie secrète des cinésolistes

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Il y a deux catégories de personnes. Celles qui vont au cinéma seules, et les autres qui, pour rien au monde, n’oseraient envisager pareille infamie. Comme elles se trompent.

Pour ma part, ma vie a réellement changé le jour où, poussée par ma mère qui s’adonnait à cette pratique honteuse depuis des décennies, j’ai décidé de franchir cette effrayante barrière psychologique qui sépare le commun des mortels du cinésoliste épanoui. Mais à quoi en suis-je réduite ? se demande-t-on alors. N’ai-je réellement pas assez d’amis pour qu’aucun ne partage avec moi cette sortie culturelle ? Pathétique. Et que vont penser les gens, ceux qui me verront acheter, SEULE, mon billet puis monter, SEULE, les escaliers et enfin prendre place, complètement SEULE, dans la salle de projection ?

Et bien rien. Ces gens s’en tamponnent le coquillard, et ne lorgneront pas la cinésoliste avec le même air emprunt d’une pitié goguenarde que celui qu’ils arborent en grillant un client de ciné hot se glissant discrètement derrière le rideau rouge. Pouêt pouêt.

Un jour, donc, j’ai passé outre la convention sociale et accepté de m’auto-observer matant un film SEULE au ciné. De supporter cette vision de moi-même. Et ça s’est bien passé. Si bien que j’ai réitéré une fois, dix fois, cent fois depuis cette expérience avec un plaisir tellement immense que plus jamais la pratique ne me quitterait.

Plus un film ne m’échapperait pour cause de « oh, tu crois ? Moi ça me dit bof. Allons boire un verre plutôt ? » ou autre « ah nan désolée 20h ça va faire juste » et son procrastino-classique « On se fait ça la semaine prochaine ? » qui verrait l’œuvre disparaître à jamais de l’affiche. Blottie dans mon manteau, portable éteint, position antiglam assumée (jambes en tailleur, pieds sur les accoudoirs de devant, main sous le tee-shirt pour se les réchauffer tranquillou…), lunettes plantées sur le nez (ado, je ne voyais pas les sous-titres pour ne point déplaire au boutonneux à mon côté dont j’espérais qu’il m’embrasse ou me prenne la main à mi-parcours, et m’ennuyais ferme car oui, je parle fort mal anglais et n’ai RIEN compris à Usual Suspect), je kiffe depuis ma race dans les salles obscures, coupée du monde, introuvable, tapie, extraite du flux numérico-téléphonique pour quelques heures d’un divertissement qui me comblera d’émotions diverses et variées sans être soumise à quelque facteur extérieur.

Dans ma planque, j’ai attendu les coups de fil de types qui ne rappelaient pas, et désenflammé pour un temps le fébrile poireautage devant écran qui me rendait dingue. J’ai vécu le bonheur de rallumer l’engin, alors, et l’extase de la petite enveloppe qui apparaît comme pour me féliciter de m’être détournée de mon obsession. J’ai hanté les salles lorsque, enceinte, j’ai découvert la fortune immense du temps à combler, et des films qu’on va voir sans même en connaître le pitch, comme ça, au petit bonheur la chance. J’ai croisé depuis des dizaines de cinésolistes assumés qui, le matin, à la séance de dix heures, coupent pour une grosse heure avec les travailleurs pressés qui battent le pavé avec l’air exaspéré de ceux qui n’ont pas une minute à perdre non mais oh. J’ai partagé avec ces artistes, ces free-lances, ces femmes enceintes, ces sans-emploi, ces sécheurs de cours ou de réunions, ces journalistes ou ces RTTistes des moments intimes, rien qu’à nous, à la fois seuls et solidaires, séparés par quelques sièges inoccupés mais conscients d’appartenir à la même caste de cinéphiles, nous jetant parfois des regards complices comme pour nous signifier les uns aux autres d’un air entendu : « c’est cool, hein, d’être cinésoliste ».

Quand je serai vieille, je m’achèterai une carte Pathé et j’irai au ciné tous les jours. Ainsi continuerai-je à palper ce monde qui me deviendra trop souvent étranger. J’y emmènerai mes copines retraitées, lorsqu’elles ne rechigneront pas à voir une grasse comédie ou un film d’auteur trop lent. J’y initierai mes petits-enfants, les tenant par la main, des dessins animés idiots ou poétiques de leur petite enfance à leurs premiers « vrais » films, avant de les lâcher dans la nature, et de leur souffler la liberté du ciné seul qui, à l’instar de la lecture, les accompagnera tout au long de leur tumultueuse existence.

Quand on sort de la salle, après un cinésolo, il faut un petit bout de temps pour que la réalité nous enveloppe à nouveau. Pendant quelques minutes, on flotte un peu, dans un coton confortable. On marche plus lentement, les bruits extérieurs semblent atténués, malgré les tut-tut des chauffeurs exaspérés des Champs-Elysées, le lien qui nous relie au film s’étire encore en peu, les autres sont loin, et puis on coupe, enfin, et on revient vers les siens. Parfois, on ne parle même pas de cet espace-temps parallèle qui nous a emporté ailleurs. C’était un moment pour soi. Un petit voyage à dix euros que chacun devrait expérimenter au moins une fois.

Vive le cinéma !

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Les stories Instagram sont-elles une tragédie ?

Il y a quelques semaines, j’ai décidé de me mettre aux « stories » (prononcer « storizes »). Mais si, vous savez. Sur Instagram, outre la timeline classique dans laquelle vous voyez défiler assiettes colorées, enfants inintéressants et boomerangs plus ou moins divertissants, vous pouvez depuis peu cliquer sur les photos de profils de vos comptes pour suivre, en sus, leur vies passionnantes de manière encore plus intensifiée (oui…).

Dans ma rédac, les filles storizent depuis longtemps à longueur de journée. Dans l’ascenseur, au restau, dans la rue, leurs pieds qui marchent, la température extérieure, leur localisation géographique exacte, les motifs de leur vaisselle perso, le contenu de leurs verres d’apéro, de leurs frigos, de leurs placards à cosméto, rien n’échappe à l’œil gourmand de la story Insta, laquelle consiste à poster des photos ou courtes vidéos à usage éphémère, puisque celles-ci disparaissent en effet pour l’éternité 24h après leur apparition publique. Certes, j’étais face à uyn phénomène pour le moins déconcertant, pour ne pas dire effrayant. Mais pourquoi, me demandais-je avant de m’immerger dans cet étrange concept ? Pourquoi capturer ainsi pour quelques heures seulement ces instants inutiles décorés de fleurettes, d’emojis caca, de textes anodins ou de moues boudeuses ?

Miroir d’une société selfish, automarketée et ancrée dans l’instant présent, Insta serait-il en train de démocratiser un nouveau système d’expression bien plus en phase avec son temps qu’on ne voudrait le croire ?

Les premiers jours, je ne savais pas bien quoi capturer. Mes pieds, ok. Clic. Un ciel parisien. Hop, dans la story. Une page d’un livre. Une colonne Morisse.

Au restau Indien, avec une copine totalement disconnected, je brandis mon smartphone. « Faut que je fasse une storyyyy ! », je crie.

Elle, circonspecte : « C’est quoi, une story ? »

Moi : « Bha, une story, quoi… une story Insta. Tu prends en photo des trucs que tu fais dans la journée et tu les postes avec des mentions rigolotes. »

Elle : « Mais… pourquoi ? »

Mmh.

Moi : « Bha pourquoi, pourquoi… T’en as de bonnes, toi. Pourquoi faudrait-il que tout ait un sens ? Je sais pas, moi. Tout le monde le fait et puis c’est rigolo. Regarde, par exemple, hier Benjamin Biolay a bouffé des chips devant le match de foot, je l’ai vu dans sa story. C’est cool, non ? »

Elle : « … »

Puis, cherchant gentiment à comprendre :

« Et photographier un cheese-nan, c’est intéressant ? »

Moi : « Bha… évidemment (elle comprend rien) ! Enfin, un cheese-nan, c’est cool ! Regarde, j’ajoute des cœurs. Hasthag #yummi. Génial. Donc, tu disais ? »

Depuis, je fais des stories partout, tout le temps. Les jours passent et effacent ces instants fugaces d’un quotidien qui n’intéresse peut-être que moi, mais peut-être pas. Je vis dans Secret story sauf que je n’ai pas la prod qui me force à boire, à pécho un analphabète gominé ou à me déguiser en Dalida pour la soirée eighties. Je suis la Loana que je choisis de devenir, avec la conscience certaine et somme toute assez jouissive de perdre mon temps tout en essayant désespérément de le retenir. Et puis je partage des trucs intéressants, parfois, je crois. Enfin j’espère. Des bouts de bouquins, des trucs insolites dans la rue. Ou beaux. Comme ces artistes qui collent sur de jolies toiles des petits bouts de quotidiens à l’encre délavée.

Le présent l’emporte. Il n’y a plus d’hier ni de demain. Tout s’en va comme il est venu.

Aujourd’hui, je lisais un article sur la Bibliothèque rose qui, après avoir récemment acquis les droits de textes oubliés d’Enid Blyton, décida de les transposer entièrement au présent, les enfants d’aujourd’hui ne supportant plus de lire au passé simple, selon les éditeurs de la mythique maison d’édition de notre enfance. Devant le courroux des adorateurs du Club des cinq historique, et la platitude de ces nouveaux textes délestés de leur richesse temporelle, l’éditeur réfléchirait finalement à une double impression, l’une ou passé, l’autre au tout présent.

Peut-être parce qu’entre l’instantané gadget et l’artistique stylisé, il y a finalement de la place pour tout le monde, sans jugement de valeur définitif et condescendant, et que tous ces modes de narrations ne se chassent finalement pas les uns les autres.

Oui, c’est ça. Peut-être finalement qu’entre la story d’Insta et l’histoire fictive, narrée, peinte ou sculptée, collée ou projetée, il n’est finalement question que d’une envie commune et intemporelle, celle de l’invention de nos vies.

François Fillon ou la double pe(i)ne de Penelope

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C’est l’histoire d’une femme qui, peut-être, ne savait rien.

D’une femme qui, pendant 36 ans, a suivi docilement le parcours égotico-politique de son époux devant Dieu et les hommes. D’une femme qui, telle qu’elle l’avouait à une reporter du DailyTelegraph, une mélancolie émouvante venant embuer ses yeux bleux délavés, s’est réveillée un matin, la cinquantaine approchante, avec cette impression d’être passée à côté de sa vie. « Discrètement », ainsi qu’on lui colle volontiers, avec une complaisance un peu crasse, cet éternel adjectif à tout propos, Pénélope avait ainsi laissé passer le temps. Les maternités, la vie de famille, les allers-retours en 4×4 de l’école au poney-club, du tennis au judo, à la catéchèse, au Leclerc, elle s’était laissée bercer par le ronron rassurant d’un quotidien monochrome. Pourtant, Pénélope avait un diplôme d’avocat, un anglais fluent et une classe toute british qui la distinguait d’entre les autres. Et puis elle avait rencontré ce Français brillant, aux ambitions plus grandes que les siennes, et s’était laissée embarquer dans son ombre rassurante, c’était plus simple. Anesthésié par une approche toute franchouillarde de la vie de maman, un brin surannée, très bourgeoisie de province chabrolienne.

« J’ai réalisé que mes enfants me connaissaient mais seulement en tant que mère. Mais je ne suis pas idiote. » S’adressant à la journaliste venue l’interviewer à Paris, et alors que son ambitieux de mari, si doué, si secret, lui aussi, grimpe vaillamment les marches du pouvoir, Pénélope laisse échapper ses regrets.

C’est en 2007. Il vient d’être nommé Premier ministre. Elle est fière. Très. Effrayée aussi. Il va falloir quitter le luxe discret de la vie sarthoise. Aller à l’Elysée, peut-être. Trouver des vêtements adéquats, la bonne coiffure, sourire, faire son intéressante. God, quelle misère.

Elle vit bien. Elle utilise la carte bleue du compte commun. Ne s’intéresse que de loin à la compta, les papiers, les déclarations d’impôts. Ca, c’est François qui gère. Chacun son truc. Elle c’est la cantine, la femme de ménage, les ouvriers, les courses, le marché et les menues dépenses du quotidien qu’elle règle sans trop regarder. Son conseiller bancaire lui sourit quand elle passe à l’agence. Elle a un chéquier. François râle quand elle dépasse. « Non mais on voit bien que ça n’est pas toi qui le gagnes, cet argent ! » Ils s’engueulent un peu, parfois, quand il plonge son nez dans les relevés. Elle n’aime pas ça. Et puis ça passe.

Le jour où elle a donné cette interview, parce que la journaliste était galloise, comme elle, et que ça la distrayait pas mal, quand même, de faire entendre sa voix, pour une fois. Tais-toi, Pénélope, il lui disait tout le temps. Ce sont des affaires d’hommes. Ce jour-là, elle s’était sentie vivante. On lui posait des questions à elle. Elle était venue seule, avec sa plus belle écharpe, ses jolies lunettes dans les cheveux, et sa veste en tweed. Il faisait beau. Elles avaient rendez-vous près de l’Assemblée nationale. Même qu’elle avait pris un thé Earl Grey et que, avec la journaliste, une femme absolument charmante, elles avaient parlé du pays. Des shortbreads, de la reine, et de ces plaines brumeuses qui lui manquaient tant. Ce jour-là, il avait gueulé, François. « Non mais qu’est-ce qui te prend, de donner des interviews ? Qui t’a demandé de faire ça ? Enfin quoi, et puis raconter que tu n’as jamais travaillé, enfin Penny. Tu te rends compte ? »

Pourtant elle en était sûre, elle n’avait jamais travaillé pour lui. Elle s’en souviendrait. « Ne refais PLUS JAMAIS CA ! », il avait dit. Et puis la vie avait repris son cours.

Jusqu’au jour où ça lui était tombé dessus. Où son prénom à elle, la discrète, dont on vantait la soumission, l’art se mouvoir n’importe où sans que jamais on ne la voit – ça, il aimait bien, François, il disait que c’était la plus grande de ses qualités. « Pénélope, on ne la voit pas. » Ce jour-là, ils avaient braqué les caméras sur elle. Son nom était partout. Voleuse. Menteuse. Elle n’avait rien compris. « François ? Il se passe quoi ? »

Mets un tailleur, souris, tiens-moi la main, regarde-la, cette foutue caméra. Je t’aime.

Sourire, elle avait essayé. Mais elle avait sangloté. Parce qu’ils étaient plus de dix mille, dans ce hangar sinistre. Les gros lourdots du Parti, avec leurs bedaines gavées aux déjeuners arrosés, engoncés dans leurs costumes d’hommes d’Etat, leurs gros doigts s’entrechoquant pour l’applaudir. Pénélope, Pénélope ! Souris, Péné.

Arrête de pleurer, Pénélope.

Et puis on l’avait renvoyée au château. « Maintenant tu te tais. Ils ont retrouvé cette foutue interview. Trente ans de carrière pour deux minutes de « gloire » ! Ah ça, Madame voulait briller auprès de ses compatriotes non mais franchement, contente-toi de faire ce qu’on te dit ! »

Non, c’était pour les enfants, François. Qu’ils me connaissent, moi. Telle que tu m’avais connue, toi. Et encore une fois qu’est-ce qu’ils ont, tous ces gens ?

Et Pénélope était retournée se tapir dans l’ombre avec la crainte obsédante que François ne soit finalement contraint de venir l’y rejoindre. A moins qu’elle ne le laisse planté là, avec ses micmacs abracadabrantesques, ses copains ringards du Parti, sa veste barbour, ses articles dans Paris Match et sa foutue « destinée présidentielle ». Oui, c’était une solution. Non ?

Allez, fonce, Pénélope.

La question de la semaine : faut-il ouvrir un compte Instagram pour continuer d’être aimée ?

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– Vous avez récemment ouvert des comptes Twitter et Instagram. Vous vous êtes sentie obligée ?

– Il y a de ça. On me l’a demandé. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable. Ca figure même dans certains contrats.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur cette interview de Juliette Binoche donnée à Paris Match, et je dois dire que cet échange m’a plongée dans un profond malaise, pour ne pas dire dans une immense tristesse. Car quoi, la société du spectacle immédiat et permanent, impudique et rémanent nous a-t-elle engloutis au point qu’une comédienne de la trempe d’une Binoche se doive, elle aussi, de poster à intervalle régulier des bouts de sa vie, des coins de son intimité, des morceaux offerts de sa nudité pour continuer d’exister en tant qu’artiste ?

D’aucuns diront que c’est ainsi, que le monde évolue et que ce moyen de communication n’est autre que l’extension naturelle de la presse apparue au XIXe siècle, qui confronta dès lors l’artiste au service après-vente, à la séduction d’un public qu’il faut bien draguer, appâter en « donnant de sa personne » parce que c’est ainsi, que le « marketing de soi » est aujourd’hui indissociable de la chose artistique. M’enfin, n’y a-t-il pas, tout de même, une différence entre poser une fois l’an dans Gala avec mari et enfants devant ses croissants et se voir enjoint, à cinquante printemps, de brancher un flux perpétuel entre soi et les autres, flux qu’il faudra évidemment alimenter selon un planning établi par contrat, sans désir, sans envie ? Bref ne passe-t-on pas dès lors de « donner de sa personne » à « donner SA personne » ?

Je n’ai absolument rien contre les réseaux sociaux, entendons-nous bien. Je tweete, je snape, je poste ma vie sur Instagram et suis celle de mes anciens camarades de collège avec attention sur Facebook mais c’est mon choix. Comme celui de Kendall Jenner, Cyril Hanouna ou Kev Adams de partager avec leurs fanzouzes le contenu du bol de leur petit déjeuner ou la couleur de leur slip et c’est tant mieux (ou tant pis). Si l’envie est là, oui, mais la prostitution digitale imposée par ces fameux contrats du 21e siècle n’est-elle pas d’une indécence absolue ? Car il est entendu que pour accumuler les followers, il faudra irrémédiablement sortir du simple spectre promotionnel consistant à communiquer sur une sortie de film ou de livre, ne nous leurrons pas.

Allez, Juliette, c’est pour Insta ! Fais-nous un selfie no make up ! He, Gégé, tu nous prends tes côtes de porc en Clarendon, t’as rien posté depuis hier ? Catherine, Catherine, tu nous snaptchaterais pas ta soirée avec Isabelle au café de la Mairie ? Tes fans attendent, et les producteurs avec. Allô, Victor ? Bon, pour la sortie en poche des Misérables, ils demandent combien tu as de followers, j’ai vu que ton compte était un peu en sommeil. Va falloir y aller, là, coco, sinon ils bloquent la promo. Vincent, top ton Periscope sur le tranchage d’oreille, t’as gagné 10 000 abonnés, la galerie a adoré…

L’autre jour, alors que je me réjouissais d’avoir 20 likes (oui…) sur une photo Instagram (nous sommes peu de choses), mon fils m’a posé cette question fort à propos : « Mais on gagne quoi, maman, avec les likes ? »

Je vous laisserai méditer sur cette réflexion qui me laissa coite. Quant à exiger des idoles qu’elles lèvent définitivement le voile sur leurs existences dont les producteurs semblent croire que nous exigeons avec force de tout connaître, j’espère qu’elles sauront, ces comédiennes, ces auteures, ces artistes en tous genre qu’on tente avec autorité de soumettre aux lois dites des Millenials (qui n’ont par ailleurs rien demandé) mettre les limites, et construire autour de la légèreté de leur être ce fascinant mystère qui fait (fit ?) tout le sel du star-system tel qu’il fut originellement nommé.

La question de la semaine : vaut-il mieux prendre un homme hipster ou un homme Chipster ?

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Chaque semaine, je tenterai dorénavant de répondre à une question ô combien primordiale qui a, ou pas, fait l’actualité. Pourquoi le concept-même du kick flare déchaîne-t-il ainsi les passions ? L’immense carence capillaro-volumétrique de Lily-Rose ne constitue-t-elle pas un handicap à long terme ? Griezman sera-t-il l’homme de 2016 ? Est-il décemment envisageable que Marco et Linda soient encore ensemble aujourd’hui ? « En attendant Bojangles » est-il le meilleur livre de l’année ? François Hollande a-t-il encore grossi ? Bref, une multitude de questions m’ont assaillie cette semaine mais il a bien fallu en choisir une pour inaugurer cette rubrique hebdo, laquelle m’a été soufflée ce matin dans une interview d’Ophélie Meunier (je sais…) lue dans le Glamour du mois : homme hipster ou homme Chipster, sur quel modèle vaut-il finalement mieux se rabattre ?

Pour ceux qui n’ont pas vécu dans les eighties, sachez qu’il fut un temps où le Chipster, cette micro mais très épaisse chips apéritive, fit réellement partie du paysage pop culturel et domestique des foyers français. Ainsi l’ « homme-Chipster », tel qu’on peut l’envisager en opposition éhontément binaire avec le hipster de 2016, s’apparenterait-il à un gars ancienne génération dans le sens où, contrairement à son successeur, il ne se rase pas les dessous de bras, ne taille pas sa barbe, n’est ni réal, ni CM, ni foodie, ni DA, porte des tee-shirts plutôt que des chemises denim au col boutonné dans la broussaille parfumée, ne médite pas, va au foot le dimanche plutôt qu’au yoga à l’heure du dej, ne sait pas ce qu’est un hoodie (mais possède pourtant un sweat à capuche), et boulotte donc bien plus volontiers des Chipster devant la télé que des graines de chia (prononcez Kia) devant des Ted sur Youtube.

Si d’aucuns pourraient penser à raison que la question ne se pose pas, puisqu’un individu qui prend davantage soin de lui, évolue favorablement en s’intégrant dans l’univers de ses semblables et aspire à une certaine zénitude personnelle et collective est forcément plus appréciable que son ancien modèle, il faut pourtant bien nuancer. Déjà parce que vous n’auriez pas cliqué si vous en étiez si sûre. Ensuite parce que le hipster, tout pimpé soit-il, aurait peut-être bien des choses à apprendre de son homologue venu de l’ère pré-smartphonienne. Pour exemple, tout rustique soit-il, n’oublions pas que le chipster préfère tripoter vos fessiers plutôt que son clavier. Ce qui est cool, convenons-en (et moins vexant surtout). Que le chipster ne vous fait pas la morale sur votre comportement alimentaire post-cuite, ne moule pas ses cuisses dans des slims (non, c’est pas beau), ne passe pas une heure à cimenter sa mèche et ne like pas des photos d’Emilie Rata toute la journée sur Insta. Vous l’aurez compris, entre hipster et Chipster, notre époque soumet à celles qui ont le choix (parfois, au fond du paquet de bonbons, il ne reste plus que des crocodiles rouges et, quand on a faim, on les mange quand même) un dilemme cornélien. Dans l’idéal, le parfait modèle masculin du 21e siècle aurait évidemment les meilleures parts de chacun de ces individus radicaux : la bestialité du Belinois, la délicatesse du barbu, la pépéritude du Chipster, la coolitude soft du bobo poilu, l’appétit dantesque du Chipou, la curiosité food du hipsto (et pas le machisme beauf de l’un couplé à l’obsession fash’ de l’autre, par exemple). C’est ça, oui, il serait une espèce de Louis Garrel qui ne fumerait pas au lit (quoique…) et la mettrait en veilleuse sur le cinéma d’auteur sud-bulgare.

Ouais, tout ça c’est une histoire de goût me direz-vous. Mais entre nous, on est plus chipster, nan ? (miam)

Ode à Gian Marco, lé plou swag des Bassélors

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Avant lui, il y a eu Olivier les grandes oreilles, Steven le « restaurateur américain », Karl le noble de Neuilly, Adriano et Paul, qu’on avait suivi du bout des yeux, plongés dans la foodisterie addictive de Top Chef et puis il y eut lui. Marco. Ou plutôt Gian Marco, le Bachelor 2016, dont la présence cathodique quotidienne devrait être déclarée d’intérêt public, comme le souligne fort à propos mon amie tévéaddict Cécile Escaich.

Mais qu’a-t-il donc, ce Marco, auto-désigné « gentleman célibataire » lors qu’on lui demande de piocher allègrement et à sa guise dans un harem d’une vingtaine de jeunes femmes excitées et fort ripolinées, à l’heure où l’égalité femmes-hommes n’est plus à démontrer et où le concept même de ce programme d’un autre âge dût faire hurler la moins féminine d’entre nous, et donc moi la première, qui ne suit pas en reste de ce côté-là dixit mon mec (télé-addict de son état itou).

Eh bien ça, justement, et c’est ici le génie de ce casting 2016. Ce jeune trentenaire à la mèche affriolante, looké à la mode je suis rital et je le reste (coucou le short moule-raviolos pour la partie de tennis, les épais foulards pastel cascadant sur marcel blanc, les liquettes, les canadiennes, les barbours, les polos roses trop près du corps et les roulottages de dad jeans sur chevillette bronzée), fait tout passer. Oui, comme ses fringues souvent too-much, son comportement, un rien macho-ahurissant, glisse sans faire de vagues, lubrifié par cet accent chantant de nos étés adolescents, et ce sourire désarmant et plein de candeur de protagoniste tombé là un peu par hasard, mais non sans une naïve satisfaction.

Bref, elles sont toutes folles de lui, comme on peut l’être d’un amour de vacances beau gosse qui a l’outrecuidance d’être super gentil, de sorte qu’on ne peut même pas lui reprocher de nous avoir promis la lune. Marco sue beaucoup mais sent très bon, c’est certain. Il débriefe la caméra avec humour et précision, mais sans une once de moquerie envers ces nanas émoustillées, en bon habitué qu’il est certainement à provoquer chez la gent féminine ce comportement étrange qui le laisse coi. Bha oui, Marco, il sersse l’amour. C’est pour ça qu’il est là. Et pourquoi pas ? Il est si touchant qu’on en viendrait presque à le croire. Car qu’est-ce qui nous prouve que sa quasi perfection ne l’a pas handicapé, que cette facilité à tomber les plouquettes, les chaudasses et les femmes mariées n’a pas créé un tas de femmes pas pour lui masquant inopportunément de son paysage la bonne, la vraie, celle qui va loui faire des enfants et repasser ses petits slips fluos (j’affabule. Sur les slips, j’entends) ?

Alors oui, Marco se cherche, butinant de fille en folle (coucou Shirley), de femme-enfant offerte et mutique à son alter-ego à la séduction trop virile. Il embrasse à tout-va comme un prof de planche à voile, étreint trop souvent, touche et touche (pouet pouet) parce qu’il est italien é ma késke tou veut. Justifie tout avec des « é », des « ssé », des « plou » et des « touzours ». « Si yé t’embrasse jé pé plou m’arrêter », dit-il à Diane avec laquelle la conversation peine. Le pauvre, quoi. Il pé plou s’arrêter, pas sa faute. Il veut des filles « vraies », qui veulent « lé connaître ». Il est pas là pour rigoler, lui, ni pour se crêper le chignon, les waves et les boxer braids avec qui que ce soit. Il emmène ses « prétendantes » faire du cheval, du saut en parachute, du kart, les fait monter en haut de la Tour Eiffel, leur prépare des pique-nique sous des tentes montées à la va-vite dans des paysages paradisiaques, et vous galoche avec un romantisme suranné dans des jacuzzis ou sous des voilages légers qui balayent ces décors enchanteurs avant de vous offrir une rose, en vous demandant poliment si vous « l’asseptez ». Oui, Marco, j’accepte cette rose. Comment ça, la prod ? Comment ça, pas lui ? Ouais, on voit bien que vous aussi, vous êtes des filles fausses qui ne croyez plus à rien ! Comme dit Marco, si vous êtes pas intéressée, c’est pas la peine rester. Moi, je me suis fait complètement embrigader.

Je suis Rital et je le reste

Et dans le verbe et dans le geste

Arriiiiiiiivedeeeeeerci Roooooooma

 

 

La Nouvelle Star saison Joey est-elle la meilleure ?

nouvellestar

Alors non, cette saison, disons-le nous tout de go, il n’y a ni Julien (Doré) ni Christophe (Willem). Bref, pas d’ovni sorti de nulle part qui vous fasse annuler un date Tinder sexoprometteur ou une soirée portable pour scotcher devant votre télé, seule pour mieux vous concentrer en attendant la prestation hebdomadaire du génie musical (remember les inoubliables Sunny ou Moi Lolita).

En revanche, alors que la quinzaine de gratteux venus tenter leur chance au télé-crochet le plus célèbre du PAF est enfin sélectionnée, quelques talents émergent, qui pourraient bien créer la surprise (Patrick, mon chouchou Suisse monoexpressif aux faux airs de Taïg Khris qui aurait troqué son tee-shirt Waïkiki pour une chemise à pois de hipster helvète, Florie la surdouée enamourée, Manu le perché aux faux airs de Bernard Lavilliers et Mélanie, bien sûr, première de la classe pour une fois pas à gifler).

Ajoutez à cela une belle ambiance fraternelle, l’enthousiasme pur d’une jeunesse passionnée plus souvent scotchée à son instrument qu’à son smartphone (ce qui est très cool, convenons-en), et la nostalgie toujours palpable des premières images d’un programme qui nous suit finalement depuis si longtemps qu’on ne saurait s’en détacher (malgré la tentative avortée de M6, qui voulut un temps enterrer Dédé tsss), il n’en faudrait déjà pas davantage pour que je vous conseille grandement de poser vos mardi pour suivre les « aventures » de nos zikos férus de revisite chorale.

« Mais ça n’est pas tout ! », comme le dirait notre cher Denis B.(rogniard). Car il est un élément qui, cette année, ajoute un peu plus de sel à ce programme dont on aime l’impertinence, le verbe libre, les jugements dézingueurs et les avis cash d’un jury qui n’a pas pour feuille de route d’écouter bigotement les candidats, les mains jointes, les paupières closes, avant de les abreuver de compliments, et ce nouvel élément s’appelle JoeyStarr. Il est pourtant peu de dire que je garde un chien de ma chienne à cet individu dont certains actes odieux envers la gent féminine eussent pu (dû ?) l’interdire à jamais d’antenne tant ceux-ci s’étaient avérés infâmants mais voilà, comme le dit Serge Aurier (non, pas « c’est une fiotte » mais), on a tous droit à une seconde chance. Et Le Jaguar l’a saisie. Avec panache.

Drôle (eh oué), étonnamment discipliné, tour à tour ému ou ouvertement affligé derrière ces lunettes qui cachent des années d’excès, l’ex leader de NTM que nous avons tant aimé assure grave en chaussures. Complice avec notre Dédé Manoukian bousculé dans sa confort zone, un chouille moins loooonguement lyrique et en apparente admiration béate devant cet énergumène à la voix du diable, Didier Morville agite gentiment nos trois compères manifestement ravis d’accueillir ce nouvel ami. Sinclair joue les jaloux, Elodie Frégé irradie comme toujours de féminité lors que notre petit nouveau découvre une à une les épreuves d’un programme qu’il n’a probablement jamais regardé mais que, sous couvert de nécessité financière et de je m’en foutisme de mauvais garçon argué dans les interviews, il semble bien kiffer. Finalement.

Bref, on dînerait bien avec ces quatre-là, qui portent finalement cette Nouvelle Star 2016 plus encore que la bande de petits jeunes qu’ils se sont choisis pour accompagner en musique leurs soirées de potes du mardi soir. Alors oui, peut-être avaient-ils raison ceux qui commentaient le premier soir de diffusion : « il faudrait rebaptiser le programme JoeyNouvelle Starr ». D’autant que bientôt, les primes seront en direct, laissant le champs libre à l’électron certainement ravi de pouvoir désinhiber le bobo collé devant son écran devant son bol noglu, mais aussi le boss Vincent Bolloré qui pourrait bien s’en mordre les doigts d’avoir laissé les clés à ce fou dangereux-là. Ou pas. Car le buzz, bon ou mauvais, est souvent roi.

En tous cas, je sais pas vous mais moi, je serai là.

Ah, et allez Patrick, hein ?