La question de la semaine : faut-il ouvrir un compte Instagram pour continuer d’être aimée ?

binoche

– Vous avez récemment ouvert des comptes Twitter et Instagram. Vous vous êtes sentie obligée ?

– Il y a de ça. On me l’a demandé. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable. Ca figure même dans certains contrats.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur cette interview de Juliette Binoche donnée à Paris Match, et je dois dire que cet échange m’a plongée dans un profond malaise, pour ne pas dire dans une immense tristesse. Car quoi, la société du spectacle immédiat et permanent, impudique et rémanent nous a-t-elle engloutis au point qu’une comédienne de la trempe d’une Binoche se doive, elle aussi, de poster à intervalle régulier des bouts de sa vie, des coins de son intimité, des morceaux offerts de sa nudité pour continuer d’exister en tant qu’artiste ?

D’aucuns diront que c’est ainsi, que le monde évolue et que ce moyen de communication n’est autre que l’extension naturelle de la presse apparue au XIXe siècle, qui confronta dès lors l’artiste au service après-vente, à la séduction d’un public qu’il faut bien draguer, appâter en « donnant de sa personne » parce que c’est ainsi, que le « marketing de soi » est aujourd’hui indissociable de la chose artistique. M’enfin, n’y a-t-il pas, tout de même, une différence entre poser une fois l’an dans Gala avec mari et enfants devant ses croissants et se voir enjoint, à cinquante printemps, de brancher un flux perpétuel entre soi et les autres, flux qu’il faudra évidemment alimenter selon un planning établi par contrat, sans désir, sans envie ? Bref ne passe-t-on pas dès lors de « donner de sa personne » à « donner SA personne » ?

Je n’ai absolument rien contre les réseaux sociaux, entendons-nous bien. Je tweete, je snape, je poste ma vie sur Instagram et suis celle de mes anciens camarades de collège avec attention sur Facebook mais c’est mon choix. Comme celui de Kendall Jenner, Cyril Hanouna ou Kev Adams de partager avec leurs fanzouzes le contenu du bol de leur petit déjeuner ou la couleur de leur slip et c’est tant mieux (ou tant pis). Si l’envie est là, oui, mais la prostitution digitale imposée par ces fameux contrats du 21e siècle n’est-elle pas d’une indécence absolue ? Car il est entendu que pour accumuler les followers, il faudra irrémédiablement sortir du simple spectre promotionnel consistant à communiquer sur une sortie de film ou de livre, ne nous leurrons pas.

Allez, Juliette, c’est pour Insta ! Fais-nous un selfie no make up ! He, Gégé, tu nous prends tes côtes de porc en Clarendon, t’as rien posté depuis hier ? Catherine, Catherine, tu nous snaptchaterais pas ta soirée avec Isabelle au café de la Mairie ? Tes fans attendent, et les producteurs avec. Allô, Victor ? Bon, pour la sortie en poche des Misérables, ils demandent combien tu as de followers, j’ai vu que ton compte était un peu en sommeil. Va falloir y aller, là, coco, sinon ils bloquent la promo. Vincent, top ton Periscope sur le tranchage d’oreille, t’as gagné 10 000 abonnés, la galerie a adoré…

L’autre jour, alors que je me réjouissais d’avoir 20 likes (oui…) sur une photo Instagram (nous sommes peu de choses), mon fils m’a posé cette question fort à propos : « Mais on gagne quoi, maman, avec les likes ? »

Je vous laisserai méditer sur cette réflexion qui me laissa coite. Quant à exiger des idoles qu’elles lèvent définitivement le voile sur leurs existences dont les producteurs semblent croire que nous exigeons avec force de tout connaître, j’espère qu’elles sauront, ces comédiennes, ces auteures, ces artistes en tous genre qu’on tente avec autorité de soumettre aux lois dites des Millenials (qui n’ont par ailleurs rien demandé) mettre les limites, et construire autour de la légèreté de leur être ce fascinant mystère qui fait (fit ?) tout le sel du star-system tel qu’il fut originellement nommé.

La question de la semaine : vaut-il mieux prendre un homme hipster ou un homme Chipster ?

hipsterchipster

Chaque semaine, je tenterai dorénavant de répondre à une question ô combien primordiale qui a, ou pas, fait l’actualité. Pourquoi le concept-même du kick flare déchaîne-t-il ainsi les passions ? L’immense carence capillaro-volumétrique de Lily-Rose ne constitue-t-elle pas un handicap à long terme ? Griezman sera-t-il l’homme de 2016 ? Est-il décemment envisageable que Marco et Linda soient encore ensemble aujourd’hui ? « En attendant Bojangles » est-il le meilleur livre de l’année ? François Hollande a-t-il encore grossi ? Bref, une multitude de questions m’ont assaillie cette semaine mais il a bien fallu en choisir une pour inaugurer cette rubrique hebdo, laquelle m’a été soufflée ce matin dans une interview d’Ophélie Meunier (je sais…) lue dans le Glamour du mois : homme hipster ou homme Chipster, sur quel modèle vaut-il finalement mieux se rabattre ?

Pour ceux qui n’ont pas vécu dans les eighties, sachez qu’il fut un temps où le Chipster, cette micro mais très épaisse chips apéritive, fit réellement partie du paysage pop culturel et domestique des foyers français. Ainsi l’ « homme-Chipster », tel qu’on peut l’envisager en opposition éhontément binaire avec le hipster de 2016, s’apparenterait-il à un gars ancienne génération dans le sens où, contrairement à son successeur, il ne se rase pas les dessous de bras, ne taille pas sa barbe, n’est ni réal, ni CM, ni foodie, ni DA, porte des tee-shirts plutôt que des chemises denim au col boutonné dans la broussaille parfumée, ne médite pas, va au foot le dimanche plutôt qu’au yoga à l’heure du dej, ne sait pas ce qu’est un hoodie (mais possède pourtant un sweat à capuche), et boulotte donc bien plus volontiers des Chipster devant la télé que des graines de chia (prononcez Kia) devant des Ted sur Youtube.

Si d’aucuns pourraient penser à raison que la question ne se pose pas, puisqu’un individu qui prend davantage soin de lui, évolue favorablement en s’intégrant dans l’univers de ses semblables et aspire à une certaine zénitude personnelle et collective est forcément plus appréciable que son ancien modèle, il faut pourtant bien nuancer. Déjà parce que vous n’auriez pas cliqué si vous en étiez si sûre. Ensuite parce que le hipster, tout pimpé soit-il, aurait peut-être bien des choses à apprendre de son homologue venu de l’ère pré-smartphonienne. Pour exemple, tout rustique soit-il, n’oublions pas que le chipster préfère tripoter vos fessiers plutôt que son clavier. Ce qui est cool, convenons-en (et moins vexant surtout). Que le chipster ne vous fait pas la morale sur votre comportement alimentaire post-cuite, ne moule pas ses cuisses dans des slims (non, c’est pas beau), ne passe pas une heure à cimenter sa mèche et ne like pas des photos d’Emilie Rata toute la journée sur Insta. Vous l’aurez compris, entre hipster et Chipster, notre époque soumet à celles qui ont le choix (parfois, au fond du paquet de bonbons, il ne reste plus que des crocodiles rouges et, quand on a faim, on les mange quand même) un dilemme cornélien. Dans l’idéal, le parfait modèle masculin du 21e siècle aurait évidemment les meilleures parts de chacun de ces individus radicaux : la bestialité du Belinois, la délicatesse du barbu, la pépéritude du Chipster, la coolitude soft du bobo poilu, l’appétit dantesque du Chipou, la curiosité food du hipsto (et pas le machisme beauf de l’un couplé à l’obsession fash’ de l’autre, par exemple). C’est ça, oui, il serait une espèce de Louis Garrel qui ne fumerait pas au lit (quoique…) et la mettrait en veilleuse sur le cinéma d’auteur sud-bulgare.

Ouais, tout ça c’est une histoire de goût me direz-vous. Mais entre nous, on est plus chipster, nan ? (miam)

Ode à Gian Marco, lé plou swag des Bassélors

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Avant lui, il y a eu Olivier les grandes oreilles, Steven le « restaurateur américain », Karl le noble de Neuilly, Adriano et Paul, qu’on avait suivi du bout des yeux, plongés dans la foodisterie addictive de Top Chef et puis il y eut lui. Marco. Ou plutôt Gian Marco, le Bachelor 2016, dont la présence cathodique quotidienne devrait être déclarée d’intérêt public, comme le souligne fort à propos mon amie tévéaddict Cécile Escaich.

Mais qu’a-t-il donc, ce Marco, auto-désigné « gentleman célibataire » lors qu’on lui demande de piocher allègrement et à sa guise dans un harem d’une vingtaine de jeunes femmes excitées et fort ripolinées, à l’heure où l’égalité femmes-hommes n’est plus à démontrer et où le concept même de ce programme d’un autre âge dût faire hurler la moins féminine d’entre nous, et donc moi la première, qui ne suit pas en reste de ce côté-là dixit mon mec (télé-addict de son état itou).

Eh bien ça, justement, et c’est ici le génie de ce casting 2016. Ce jeune trentenaire à la mèche affriolante, looké à la mode je suis rital et je le reste (coucou le short moule-raviolos pour la partie de tennis, les épais foulards pastel cascadant sur marcel blanc, les liquettes, les canadiennes, les barbours, les polos roses trop près du corps et les roulottages de dad jeans sur chevillette bronzée), fait tout passer. Oui, comme ses fringues souvent too-much, son comportement, un rien macho-ahurissant, glisse sans faire de vagues, lubrifié par cet accent chantant de nos étés adolescents, et ce sourire désarmant et plein de candeur de protagoniste tombé là un peu par hasard, mais non sans une naïve satisfaction.

Bref, elles sont toutes folles de lui, comme on peut l’être d’un amour de vacances beau gosse qui a l’outrecuidance d’être super gentil, de sorte qu’on ne peut même pas lui reprocher de nous avoir promis la lune. Marco sue beaucoup mais sent très bon, c’est certain. Il débriefe la caméra avec humour et précision, mais sans une once de moquerie envers ces nanas émoustillées, en bon habitué qu’il est certainement à provoquer chez la gent féminine ce comportement étrange qui le laisse coi. Bha oui, Marco, il sersse l’amour. C’est pour ça qu’il est là. Et pourquoi pas ? Il est si touchant qu’on en viendrait presque à le croire. Car qu’est-ce qui nous prouve que sa quasi perfection ne l’a pas handicapé, que cette facilité à tomber les plouquettes, les chaudasses et les femmes mariées n’a pas créé un tas de femmes pas pour lui masquant inopportunément de son paysage la bonne, la vraie, celle qui va loui faire des enfants et repasser ses petits slips fluos (j’affabule. Sur les slips, j’entends) ?

Alors oui, Marco se cherche, butinant de fille en folle (coucou Shirley), de femme-enfant offerte et mutique à son alter-ego à la séduction trop virile. Il embrasse à tout-va comme un prof de planche à voile, étreint trop souvent, touche et touche (pouet pouet) parce qu’il est italien é ma késke tou veut. Justifie tout avec des « é », des « ssé », des « plou » et des « touzours ». « Si yé t’embrasse jé pé plou m’arrêter », dit-il à Diane avec laquelle la conversation peine. Le pauvre, quoi. Il pé plou s’arrêter, pas sa faute. Il veut des filles « vraies », qui veulent « lé connaître ». Il est pas là pour rigoler, lui, ni pour se crêper le chignon, les waves et les boxer braids avec qui que ce soit. Il emmène ses « prétendantes » faire du cheval, du saut en parachute, du kart, les fait monter en haut de la Tour Eiffel, leur prépare des pique-nique sous des tentes montées à la va-vite dans des paysages paradisiaques, et vous galoche avec un romantisme suranné dans des jacuzzis ou sous des voilages légers qui balayent ces décors enchanteurs avant de vous offrir une rose, en vous demandant poliment si vous « l’asseptez ». Oui, Marco, j’accepte cette rose. Comment ça, la prod ? Comment ça, pas lui ? Ouais, on voit bien que vous aussi, vous êtes des filles fausses qui ne croyez plus à rien ! Comme dit Marco, si vous êtes pas intéressée, c’est pas la peine rester. Moi, je me suis fait complètement embrigader.

Je suis Rital et je le reste

Et dans le verbe et dans le geste

Arriiiiiiiivedeeeeeerci Roooooooma

 

 

La Nouvelle Star saison Joey est-elle la meilleure ?

nouvellestar

Alors non, cette saison, disons-le nous tout de go, il n’y a ni Julien (Doré) ni Christophe (Willem). Bref, pas d’ovni sorti de nulle part qui vous fasse annuler un date Tinder sexoprometteur ou une soirée portable pour scotcher devant votre télé, seule pour mieux vous concentrer en attendant la prestation hebdomadaire du génie musical (remember les inoubliables Sunny ou Moi Lolita).

En revanche, alors que la quinzaine de gratteux venus tenter leur chance au télé-crochet le plus célèbre du PAF est enfin sélectionnée, quelques talents émergent, qui pourraient bien créer la surprise (Patrick, mon chouchou Suisse monoexpressif aux faux airs de Taïg Khris qui aurait troqué son tee-shirt Waïkiki pour une chemise à pois de hipster helvète, Florie la surdouée enamourée, Manu le perché aux faux airs de Bernard Lavilliers et Mélanie, bien sûr, première de la classe pour une fois pas à gifler).

Ajoutez à cela une belle ambiance fraternelle, l’enthousiasme pur d’une jeunesse passionnée plus souvent scotchée à son instrument qu’à son smartphone (ce qui est très cool, convenons-en), et la nostalgie toujours palpable des premières images d’un programme qui nous suit finalement depuis si longtemps qu’on ne saurait s’en détacher (malgré la tentative avortée de M6, qui voulut un temps enterrer Dédé tsss), il n’en faudrait déjà pas davantage pour que je vous conseille grandement de poser vos mardi pour suivre les « aventures » de nos zikos férus de revisite chorale.

« Mais ça n’est pas tout ! », comme le dirait notre cher Denis B.(rogniard). Car il est un élément qui, cette année, ajoute un peu plus de sel à ce programme dont on aime l’impertinence, le verbe libre, les jugements dézingueurs et les avis cash d’un jury qui n’a pas pour feuille de route d’écouter bigotement les candidats, les mains jointes, les paupières closes, avant de les abreuver de compliments, et ce nouvel élément s’appelle JoeyStarr. Il est pourtant peu de dire que je garde un chien de ma chienne à cet individu dont certains actes odieux envers la gent féminine eussent pu (dû ?) l’interdire à jamais d’antenne tant ceux-ci s’étaient avérés infâmants mais voilà, comme le dit Serge Aurier (non, pas « c’est une fiotte » mais), on a tous droit à une seconde chance. Et Le Jaguar l’a saisie. Avec panache.

Drôle (eh oué), étonnamment discipliné, tour à tour ému ou ouvertement affligé derrière ces lunettes qui cachent des années d’excès, l’ex leader de NTM que nous avons tant aimé assure grave en chaussures. Complice avec notre Dédé Manoukian bousculé dans sa confort zone, un chouille moins loooonguement lyrique et en apparente admiration béate devant cet énergumène à la voix du diable, Didier Morville agite gentiment nos trois compères manifestement ravis d’accueillir ce nouvel ami. Sinclair joue les jaloux, Elodie Frégé irradie comme toujours de féminité lors que notre petit nouveau découvre une à une les épreuves d’un programme qu’il n’a probablement jamais regardé mais que, sous couvert de nécessité financière et de je m’en foutisme de mauvais garçon argué dans les interviews, il semble bien kiffer. Finalement.

Bref, on dînerait bien avec ces quatre-là, qui portent finalement cette Nouvelle Star 2016 plus encore que la bande de petits jeunes qu’ils se sont choisis pour accompagner en musique leurs soirées de potes du mardi soir. Alors oui, peut-être avaient-ils raison ceux qui commentaient le premier soir de diffusion : « il faudrait rebaptiser le programme JoeyNouvelle Starr ». D’autant que bientôt, les primes seront en direct, laissant le champs libre à l’électron certainement ravi de pouvoir désinhiber le bobo collé devant son écran devant son bol noglu, mais aussi le boss Vincent Bolloré qui pourrait bien s’en mordre les doigts d’avoir laissé les clés à ce fou dangereux-là. Ou pas. Car le buzz, bon ou mauvais, est souvent roi.

En tous cas, je sais pas vous mais moi, je serai là.

Ah, et allez Patrick, hein ?

13 novembre : continue de pleurer dignement tes enfants, Internet

bougies

Encore. L’année 2015 se termine comme elle a commencé : dans la terreur, les larmes, le sang et l’état d’hébétude dans lequel nous sommes tous plongés, aujourd’hui, alors que cette fois, ce sont des fêtards comme nous, des amis proches parfois, qui ont été descendus en plein Paris par des fous d’Allah. Et comme en janvier, une solidarité a très vite germé sur le sol de l’horreur.

Hier, immédiatement, sur Twitter, les riverains du 11e arrondissement ouvraient spontanément leurs portes à des inconnus perdus dans ce mauvais cauchemar de fin de soirée. Venez chez moi, je suis rue Amelot. Portes ouvertes rue de Lappe. Ca retweetait, c’était beau dans l’ignoble. Ce matin, les photos des disparus étaient viralisées sans relâche par tous, parce que ces injoignables auraient pu être des potes, des sœurs, des enfants à nous, et l’ont été parfois, forcément. Sur Facebook, on chialait, comme il y a dix mois, se parant de bleu blanc rouge pour afficher son soutien aux blessés, aux familles des victimes, et dire à ces amis réels ou même virtuels, parce qu’après tout on s’en foutait pas mal, qu’on était là, les uns pour les autres, à faire bloc contre l’indicible.

Et pourtant, déjà, on sentait le bel édifice pacifiste se fissurer par endroits. Lorsque certains proposèrent avant même l’assaut donné d’acquérir un tee-shirt « Pray for Paris » à 19 euros seulement. Lorsque des politiques fustigèrent celle du gouvernement pendant que des innocents étaient encore enfermés, faits comme des rats dans une salle de concert et que des fous d’Allah lobotomisés tiraient sans l’ombre d’un remords sur ce qu’on leur avait désigné comme l’ennemi suprême de leurs idéaux. Lorsque, plutôt que de pleurer décemment ces hommes et femmes grotesquement fauchés en plein moment de plaisir innocent, on tentait, déjà, de trouver des coupables, cherchant l’assentiment d’autrui pour calmer l’insoutenable incompréhension. Lorsque, bientôt, on cherchera laborieusement des signes, des codes secrets, des mises en garde, que l’on aurait dû lire, que l’on aurait dû punir pour éviter le drame comme si ça changeait vraiment quelque chose. Lorsque la haine remplacera l’union parce que l’indicible et l’inexplicable sont trop éprouvants, et qu’il faudra désigner un responsable pour calmer la douleur de se trouver aussi désarmé.

Ca craquelle, ça enfle, ça étouffe, je le sens bien. Comme avant.

Alors s’il te plaît, Internet, et surtout toi, Facebook, pleure joliment, décemment tes enfants martyrisés. Ne cherche pas de coupable, n’excite pas ce qu’il y a de plus sombre en toi, de plus abject, de plus nauséeux. Pleure parce que ces innocents sont morts, et que les détonations ont tenté, encore, de faire taire la liberté, le plaisir, l’insouciance mais ne mets pas en branle ta machine de haine si malheureusement efficace. Pour une fois, laisse les analyses aux experts, les récupérations aux odieux, les raccourcis aux idiots.

Et contente-toi de fleurir dignement les tombes de tes enfants assassinés.

Du bonheur de ne pas lire le JDD tous les dimanche

jdd

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours passé mes dimanche avec le « jidédé » collé aux basques. Petite, face à mon père planqué derrière les grandes pages achetées à l’aube, au kiosque, avec les sacro-saints pains au choc dominicaux, je feuilletais déjà le « supplément femme » (« Tiens, ton journal ! ») -, n’y captant pas grand-chose mais débutant dès lors une tradition qui ne devait plus me quitter.

Trente ans plus tard, je prends toujours le même plaisir à acheter, chaque dimanche que Dieu fait, le Journal éponyme. Et pourtant, depuis que j’ai des enfants, et donc mille obligations sucrées, sportives ou tobogganesques, une gueule de bois pas possible parce que quand on dort de 3h à 6h, elle ne vous quitte pas malgré trois dolipranes et six litrons de thé vert, force est de constater que je n’ai plus le temps de le lire. Et vous non plus.

Enfin soyons francs. Vous aussi. Vous matez la couve. Que vous commentez : « Dingue ce crash d’avion ! Tu crois que c’est Daesh ? PUTAIN MAIS MERDE qui a renversé du Nutella sur le tapis ?! Ca sent pas la merde d’ailleurs ? PFFfff, bon ok je vais changer la couche. » Puis le feuilletez quelques heures plus tard, après avoir trainé votre vieille carcasse au marché, en commençant par la fin, quitte, parce que vous n’avez certainement pas le temps de décortiquer la grande enquête sur les intentions régionales de vos concitoyens. Alors vous lisez les critiques de restos qui ne sont JAMAIS de votre quartier, et dont vous oublierez le nom dans la seconde, après avoir pourtant promis de vous y rendre la semaine suivante (« Hein chéri ? Regarde çui-là il a eu 7/10 y paraît qu’y zont un super brunch ! Oh tu m’écoutes ? »). Entre deux parties de Uno, un tour au parc dans la brise glacée de l’automne et un atelier pâtisserie transformé en session aspirage de farine balancée aux quatre vents, vous chopez quelques phrases des critiques ciné, d’une interview d’actrice énervante et tentez, avant la nuit, de connaître le programme télé du soir (lequel n’est pas en dernière page, ce qui n’est pas bien pratique, avis aux éditeurs signé une très fidèle non-lectrice).

Au cours de vos déambulations diverses de ce jour du seigneur, vous aurez embarqué avec vous la feuille de chou, sans son supplément, resté bien propre et posé sur la table du petit-dej malgré le sourire de Bruel en couve vous incitant à lire son interview et le blabla de Claire Chazal qui vous y attendent à l’intérieur, femme. Parfois, lorsque vous n’aurez pas eu le temps de le choper de bon matin, vous ferez néanmoins tout Paris pour le trouver, coûte que coûte, malgré le jour qui s’éteint, le bain à donner, les légumes à éplucher, les devoirs à terminer, les cartables à préparer et la certitude d’avoir moins de temps encore pour non-lire votre Graal. Que vous emporterez finalement, lasse, percluse de courbatures et le corps fatigué par les activités familiales harassantes, dans votre lit. « J’te prends le Jidédé ! ». Alors que retentissent au loin les hourras des supporters du PSG et les chafouinages de Gros Pierre Menez à la mi-temps.

Et, alors que vous tentez avec bonheur de vous plonger dans les pages Livres passionnantes de votre bonbon hebdomadaire, vous sombrez dans un sommeil enfin réparateur, lovée contre votre cher amas d’articles délaissés mais non moins désirés, heureuse d’avoir pu, comme chaque fin de semaine, non-lire avec passion le Jidédé. Vivement dimanche prochain ! Lisez du papier.

Cyril Hanouna ou quand les petites beautés s’invitent à Matignon

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Si la TNT et ses abominations télé-réelles tendent à éteindre peu à peu leur rayonnement débilisant hors du cadre qui leur a pourtant été consigné, un nouveau phénomène inquiétant se produit cependant. Enfermés dans cette antichambre baroque de la télévision française, ses surpuissants survivants, gavés à la gloire 2.0 et forts de leurs centaines de milliers de followers extatiques, semblent avoir pris assez de force pour s’extraire de leur condition clownesque et investir… les ors de la république.

Pour preuve, lundi soir, la « bande à Cyril » (Hanouna), jamais à court de blagounettes de pensionnat, décidant d’appeler le Premier ministre, notre sévère Manouel, sous le prétexte que Mathieu Delormeau, le souffre-douleur consentant offert aux hyènes de la star de D8, aurait bien déjeuné avec lui.

« Allô Manuel Valls ? Rhihihi c’est Cyril Hanouna », qu’il a gloussé, le protégé de Bolloré, entouré de sa cour orgastique et incrédule, alors qu’au bout du fil, l’homme censé trimer 24/24h avec nos deniers se demandait ce qu’il pouvait bien foutre à l’antenne à converser avec le zigoto aux sardines. « Y’a Mathieu Delormeau qui voudrait déjeuner avec vous rhihihi. Comme Léa Salamé avec le président vous voyez rhihihi ». Et le Mathieu, comme une adolescente qu’on pousse sadiquement vers l’élu de son cœur a priori peu enthousiaste, d’oser quelques mots au catalan sans humour. « Euh… héhé… c’est Mathieu Delormeau. »

– D’abord, qui est cet individu ?

Droit dans ses pompes cirées, au garde à vous, l’ancien premier flic de France eut la réplique cinglante lors que les autres individus, ivres de la cruauté qui habite les compagnons de galère, riaient de bon cœur devant la énième humiliation de leur bouc émissaire.

– Je déjeunerai avec votre chef ! continua alors le puissant homme d’Etat, plus à cheval sur les convenances qu’une Nadine de Rotshild organisant une réception chez l’ambassadeur. Vous (le fameux Mathieu, donc) nous rejoindrez pour le café.

Merde alors. Voilà t’y pas que le bouffon des ménagères s’est donc invité à Matignon. « Salut ma p’tite beauté ! T’es trop sexy tu sais ! Nous à TPMP on t’adore, hein ! Mon Manu ! Tu regardes la télé ? Tu connais les sardines ? Et Valérie Benaïm, tu la connais ? Elle te kiffe mon biquet. » On n’ose imaginer la teneur des propos de ce face à face improbable rapetissant l’homme aux sourcils froncés au rang de jouet offert au chat surpuissant de l’access, ravi de balancer ses griffes sur le chef du gouvernement, ronronnant de surpuissance, le ventre offert à ses valets exaltés par tant de réussite chez leur idole tyrannique.

La semaine dernière, c’est « Capu », la gueulante coprésentatrice du « Mag », accessoirement et opportunément devenue compagne officielle du petit prince Sarkozy, qui se rendit à New York, accompagnée de son fidèle et élégant Benoît, sur les terres de sa proie. Sans sa Josiane mais lové contre sa nouvelle BFF orange devenue princesse consort, ledit Benoît a donc tout naturellement pris ses quartiers dans la Grosse Pomme chez Cécilia, laquelle, on l’espère, avait déserté le loft cossu, laissant le braillard trio entasser ses kilos de shopping frénétiquement enchaîné dans la cité de Woody Allen.

Alors, c’est quoi la next step ? Enora Malagré à l’Elysée ? Les Marseillais à l’Assemblée ? Le Président dans TPMP ? Dans une société du spectacle où les puissants d’hier sont en perpétuelle quête d’une large visibilité médiatique, doit-on se résoudre à l’inévitable mélange des genres qui pousse, chaque semaine, un énarque à répondre à l’interview de Closer devenu le lieu privilégié de la prise de parole politique ? Demain, les candidats en campagne viendront-ils papoter avec EnjoyPhoenix pour toucher ses millions de jeunes fans ? Emmanuel Macron ira-t-il chiller dans la chambre de Norman pour « toucher un large public » parce qu’il faut bien s’adapter, madame, à la scène d’aujourd’hui ?

Il y a quelques semaine, Yann Moix nommait Cyril Hanouna Ministre de l’Inculture, déclenchant la ire de son « aréopage de pétomanes» courroucé qu’on pût s’en prendre au maître autant qu’à ses vassaux. Et pourtant, à l’approche de la Présidentielle , et en l’absence éventuelle d’un Grand Journal probablement remplacé par un show tenu par Jean-Marc Morandini (oui…), il faudra bien s’attendre, mes petites beautés, à ce que le peoplitique tel que nous l’avons connu se meuve en une popolitique popu où les plus forts seront les meilleurs clients d’un salon cathodique transformé en foirfouille à neneus.

« Eh François ! François ma beauté ! On appelle Valérie pour faire la paix ? Allez on rigoooole mon Fafa ! Y m’fait trop kiffer ! »

Et pour revoir l’affligeante séquence :

 

Le ghosting de Charlize

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Nous avons tous été confrontés au ghosting.

Vous le savez certainement, malgré leurs serments d’amour dégoulinants à la presse (en mode « je n’ai jamais vraiment aimé avant » pour Sean, « il est l’amour de ma vie » pour Charlize), le couple chelou de Hollywood s’est contre toute attente séparé il y a quelques jours. Comme ça, paf. Et c’est Charlize qui aurait congédié le tyran à la caravane, sans préavis ni SAV, fin de l’histoire. Les raisons ? Sean aurait fricoté avec une cascadeuse moche, parvenant à la mettre dans son lit à coup de longues récitations nocturnes de poèmes écrits par lui-même (l’enfer).

Mais ce qui m’intéresse dans cette histoire, ce sont les précisions apportées par US Weekly concernant la méthode de rupture utilisée par la femme qui ondule en robe lamée or sous une pluie de paillettes scintillantes et classieuses. Grosse déchirade, lettre incendiaire, vengeance diabolique, chauffage du meilleur pote, écriture d’un best-seller sur leur vie à deux, confidences sur les prouesses sexuelles de mister moustache ? Point du tout. Charlize a opté pour la bonne vieille technique du… ghosting. Le principe ? Cesser tout simplement de répondre aux appels, sms, mails, sérénades de rues, bouquets de fleurs, lourds sous-entendus Instagramiques, déclaration à la craie sur trottoir, bref, à toute approche plus ou moins lourdingue pour entrer en contact avec le rompant. En bref : Faire. La. Morte. En mode 2.0.

Très prisée du sexe masculin, la technique du ghosting, d’une lâcheté certes incontestable mais d’une facilité fort séduisante, prit véritablement son essor à l’avènement de la présentation du numéro, et comporte il est vrai nombre d’avantages. Elle demande peu d’efforts, permet d’éviter le pénible entretien de licenciement au cours duquel il est de bon ton de répondre aux dizaines de questions plus ou moins similaires signifiant toutes peu ou prou « pourquoi ? » ou encore « mais t’es sûr(e) ? On pourrait peut-être réessayer » et évite de potentiellement rompre ses bonnes résolutions en raison de l’aspect physique tragiquement désirable de son interlocuteur.

En terme de linguistique, il est des termes qui comblent une béance lexicale notoire. C’est le cas de « relou » ou de « chanmé », par exemple, qui n’avaient pas d’exact équivalent dans le vocabulaire originel, et s’avèrent aujourd’hui indispensables au commentaire de toute vie sociale normalement vécue (« Comment elle est RELOU cette meuf », « Ce concert était CHAN-MÉ »… what else ? »). C’est également le cas de « ghosting », dont vous vous rendrez compte après avoir lu ce billet que vous serez amené à l’utiliser plus souvent que vous ne l’auriez cru, pour finalement l’intégrer totalement à votre prose personnelle. Vous pourrez dire « Vas-y je vais le ghoster, j’ai la flemme », « je me suis fait ghoster », ou tout simplement « elle m’a ghosté », avec la possibilité de rajouter, sentencieux, « à la Charlize », et tout le monde comprendra.

La vie amoureuse n’est certainement pas la seule soumise au ghosting, puisqu’il est plus que fréquent de se faire professionnellement ou amicalement ghoster (« putain ça fait dix mails que je lui envoie, il me ghoste grave ! », ou même : « la babysitter me ghoste je te jure c’est relou »). Fait notable et bien ennuyeux : du ghosting au stalking* il n’y a qu’un pas, que le ghoster fait franchir de force au pauvre ghosté hanté par tant de silence insondable.

Ghostés de tous bords, ne tombez pas dans le piège que vous tend votre despote mutique en mettant le doigt dans le tragique engrenage du harcèlement assumé en forme de « foutu pour foutu je le rappelle une centième fois ce connard ». Ne devenez pas le stalker hystérique pour lequel il cherchera à vous faire passer, justifiant ainsi sournoisement son pleutre ghosting auprès des spectateurs de votre sombre rupture digitale. Et rassurez-vous, selon une récente étude, 16% des hommes avouent avoir déjà été ghostés au moins une fois dans leur vie. Et 24% des femmes. Oui, on ne se refait pas.

*Terme originellement appliqué aux harceleurs de stars, étendu à l’ensemble de la population digitale depuis que celle-ci s’est pris dans son ensemble pour un people de la planète Web.

La mémoire des hommes

Cluzet bonneton

François Cluzet a ENFIN trouvé le grand amour ! A 60 ans rendez-vous compte, ouf, il était temps. C’est en effet ce que ce brave homme nous narre avec extase dans le Paris Match de cette semaine, sur lequel il pose fièrement avec Narjiss, sa mie, ancienne directrice de communication qui, pour LUI, a décidé d’arrêter de travailler (sic).

Mais donc, est-ce vraiment à dire que le malheureux errait seul dans son grand appartement haussmanien depuis toutes ces décennies, conversant tristement, à la nuit tombée, avec ses César dans le silence pesant de ce bonheur confortable qui ne demandait qu’à être partagé ? Que NENNI ! Non, François a été marié, a quatre enfants de trois femmes différentes, dont deux petits derniers, de 14 et 9 ans, élevés avec Valérie Bonneton (aka Fabienne Lepic), la femme qui partagea son quotidien durant plus d’une décennie.

« Elle m’a donné le goût du bonheur », « avec elle, je suis comme un prince », François dégouline sans se lasser dans les colonnes de l’hebdomadaire qui n’en demandait pas tant avant de conclure, pas peu fier : « J’ai réalisé mon rêve : JE SUIS AIMÉ ». Classe.

Il y a quelques semaines, avant de se faire congédier comme un malpropre pour coup de caniferie dans le contrat, Sean Penn avait déclaré à propos de Charlize Theron : « avant elle, je n’avais jamais vraiment aimé », écrasant avec mépris les deux décennies vécues (endurées ?) auprès de Robin Wright, celle qui torcha les culs de ses deux rejetons pendant que monsieur combattait ses démons au fond du jardin de la demeure familiale dans sa caravane parce que vous comprenez, un bad boy comme Sean, ça ne s’enferme pas entre quatre murs, non madame. Dans un autre genre (plus français et ventripotent), notre éminent Président avait lui-même, il y a quelques années, crânement balancé au magazine Gala que Valérie Trierweiler était je cite la « femme de sa vie » [pause Rires], chiffonnant sans vergogne les trente ans passés avec la dame du Poitou et leurs quadruple descendance.

Mais que se passe-t-il donc dans la tête de ces quinquas énamourés, lobotomisés par les prémices d’un amour naissant, plus gagatisés qu’une adolescente frétillant devant les One Direction, pour qu’ils oublient aussi ostensiblement leur passé ? Pourquoi diable éprouvent-ils le besoin de balayer l’avant d’un revers de la main, de l’effacer honteusement comme une idylle de vacances avec un maître-nageur à gourmettes ? Pensent-ils vraiment qu’il faille nier quelconque engagement envers la femme qui a précédé la merveille qui soigne leurs jours nouveaux pour que leur histoire nouvelle soit rendue plus crédible ?

Sachez-le, messieurs qui peinez autant à vous rappeler vos jeunes années sentimentales que des dates d’anniversaire ou des numéros de la babysitters : prétendre découvrir l’amour à cinquante ans est déjà d’un ridicule patenté mais, pire encore, chier allègrement sur les serments et les projets partagés avec ses ex, le tout au vu et au su de tous, enfants compris, est d’une inélégance rare qui ne présage rien de bon concernant le sort qui sera réservé à la nouvelle. Arguer qu’on a décidé de fonder une famille avec une femme qu’on n’aimait pas est tout aussi idiot et maladroit que de cracher sur son ancien employeur en entretien d’embauche, que les nouvelles élues se le tiennent pour dit…

… Et gardent toujours à l’esprit la loi dite de Ségolène : « qui a trahi, trahira ». Na !

Il y a vingt ans, les révisions du Bac et leurs « pauses Roland »

ROLAND GARROS 95:DEFAITE DE SAMPRAS FACE A SCHALLER "SIPA PHOTOGRAPHE" "ROLAND GARROS" FRANCE PARIS TENNIS DEFAITE "SAMPRAS PETE ACCOMPAGNE" "IMAGE NUMERISEE"

Promotion 95, levez le doigt ! Vous en étiez, comme moi, de cette première mousson du S, du L et du ES, qui laissait choir ses prédécesseurs du côté des croûtons au diplôme à l’intitulé incompréhensible pour les générations futures. Cette année-là, vous l’avez passée dans l’angoisse plus ou moins permanente de cette épreuve finale qui viendrait couronner (ou non) les 15 années (15 ANS !) d’une scolarité cahotique où s’étaient succédés dans un ordre anarchiques égyptiens, collages, batailles napoléoniennes, dissection de blattes, circuits en série, chevaux d’arçon, propositions relatives, flûte à bec, angles optus et patin coufin (bref, un tas de trucs sur lesquels vous ne seriez finalement pas évalué).

Bacs dits blancs comme laborieux entraînement, l’hiver qui fout le camp et la certitude toujours présente qu’il vous reste du temps, beaucoup, alors que les premiers rayons pointent leur nez et avec eux la progressive prise de conscience du couperet à venir. Les premiers week-ends de mai passés enfermés dans les chambres surannées de maisons de famille pendant que les adultes, sereins,  bouquinent au soleil persuadés que leur progéniture engloutit enfin les kilomètres de résumés fichés du programme, d’Annabacs achetés chez Gibert, gavée au Guronzan et galvanisée par cet avenir qui se jouera dans quelques semaines. « Ca va, mon chéri, pas trop dur ? ». La porte qui s’ouvre de temps en temps, vous extrayant violemment d’une torpeur inextricable, alors que les dates et les millions d’habitants ivoiriens se mêlent sous vos yeux désespérés, coupables, de répondre « Oui maman, pfiou, ça bosse, ça bosse » alors que vous comptiez les feuilles du peuplier ( Google n’existait pas).

Juin, c’est loin. Vous êtes large.

Puis les potes qui se font pourtant de plus en plus rares aux réunions glandouille du mercredi aprem. Et même les plus flemasses qui rentrent finalement chez eux (« ma mère, tu comprends… ») vous poussent enfin à la tâche.

Alors que le tournoi commence. La Quinzaine.

Et que chaque journée se rythme avec souplesse autour des ballets gracieux, passionnants, inoubliables, de ces joueurs et joueuses venus battre le fer sur la terre ocre, et que la promesse de cette « pause Roland » à l’heure du déjeuner puis du souper vous permet d’endurer l’insupportable.

Et là, han, han, sous le cagnard du Central, vous vous enthousiasmez comme jamais pour ces surhommes soumis depuis l’enfance à l’entraînement drastique qui les a emportés au sommet.  Agassi, Sampras, Becker, Brugera, Chang, Muster, Courier, Barasategui, Krajicek…  il sont encore là, ces légendes des courts, et vous enchantent plus que jamais dans cette compétition que vous savourez d’autant plus qu’elle est votre unique respiration dans le tunnel inquiétant qui vous mènera enfin à la délivrance. Belmondo, Pierre Richard, Bruel, PPDA dans les tribunes. « Au prochain set, je m’y remets », « Après le tie-break, j’éteins »… la douleur, le tiraillement, la VOLONTE que vous testez réellement pour la première fois de votre si courte existence. Les cuisses fuselées de Steffie, la guerre d’Algérie, la hargne d’Arantxa, la grotte de Platon, le courage d’Agassi, le PIB des Etats-Unis, tout se mêle et s’entrelace en ces nuits moites où votre cerveau tente de faire le tri dans cette masse d’nfos disparates qui lui sont quotidiennement envoyées.

Et puis la finale, le tapis rouge, Christian Bimes, votre cafard, la coupe brandie par l’Autrichien, et ce dimanche soir où vous vous rendez compte soudain que les jours ont tant rallongé qu’ils semblent ne jamais finir. Dans la rue, tous ces individus libres de toute entrave qui sirotent des Perrier en terrasse, se baladent, rient sous vos fenêtres alors que vous reprenez vos bristol, vos stabilos, vos post-its, et le gobage de ces dates indigestes que vous oublierez dans quelques semaines pour l’éternité.

Aujourd’hui, je pense à tous ces malheureux qui révisent, enfermés dans leurs chambres d’adolescents alors que le soleil tape sur le Philippe Chatrier.

Pour moi, c’était il y a vingt ans mais qu’ils en soient certains, alors que je pensais évidemment le contraire, je n’ai jamais plus suivi avec tant de passion (et de discipline) un tournoi Roland Garros que pendant cette monacale et pas si désagréable période dite de révisions.