Jean-Vincent Placé ou le problème du seul « chinois » connu en France

Mes deux fils sont quarterons, leur père est eurasien, de père chinois et de mère française. Tout ça n’était pas prévu. Jeune, comme beaucoup de couillonnes de mon âge, l’idée même de sortir avec un « asiate » me faisait doucement glousser (« Rhihihi han t’imagines ? Nan je pourrais pas ! »). Et puis la vie, mon merveilleux non-époux et cette première grossesse qui me fit redouter la tête chelou que pourrait avoir cet enfant aux gènes si disparates. Et qui naquit finalement ultra bridé, mais moins que son frère, sosie officiel de Bruce Lee. Bref, voilà maintenant plus de quatre ans que je me coltine avec bonheur ce trio oriental de toute beauté, et que je m’intéresse, forcément, à la condition des asiatiques en France.

Il y a quelques jours, le toujours navrant Jean-Vincent Placé a été arrêté, ivre caisse, après avoir lourdement emmerdé une jeune fille dans un bar et lui avoir proposé de l’argent, puis tenu des propos racistes au videur qui tentait de s’interposer (« On n’est pas au Maghreb ici. Je vais te renvoyer en Afrique moi. Tu vas voir ! ») et enfin balancé un « Ils arrivent quand les connards ? » aux flics qui attendaient du renfort pour l’embarquer. Bref, le seul « chinois » (il est coréen) connu de France venait une nouvelle fois, après avoir posé avec une poule, accumulé les amendes non payées, publié le plus gros flop de l’édition (« Pourquoi pas moi ! » euh bha parce que…) et j’en passe, de s’illustrer de la plus grotesque des manières, confortant ainsi l’opinion publique dans l’idée que ces asiatiques, quand même, ils ne sont pas « comme nous ». Bha oui, puisqu’à lui tout seul, il semblait bien représenter l’Asie toute entière.

Et c’est alors que je me suis effectivement demandé si un autre personnalité d’origine asiatique pouvait donner un exemple un peu plus swag aux Français, qui continuent pour beaucoup à ne pas entrevoir d’autre modèle que le chinetoque de Michel Leeb, leur traiteur du bout de la rue à l’accent rigolo, leur nounou philippine ou les japonais marrants qui opinent bêtement du chef dans les films de gangsters. Bref, si mes fils, et les autres enfants ou petits-enfants d’immigrés, pouvaient s’identifier à un mec cool, une femme stylée, un politicien powerful (mais pas JVP), un chanteur, un acteur, un présentateur… bref à quelqu’un qui en jette un peu, quoi. Lors d’un dîner chez des amis chew (elle de religion juive, lui d’origine vietnamienne ; aux Etats-Unis, cela donne la contraction chew pour « chinese jew »), nous avons ratissé le PAF et ses environs en nous posant cette question : quel Français d’origine asiatique les Français connaissaient-ils ? Oui, si on leur demandait, comme ça, dans la rue, hop du tac au tac : « tu connais qui ? », que répondraient-ils (à part JVP) ? « J’AI ! Le mec de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? », m’a-t-on rétorqué. Mouais, sauf que j’étais la seule à savoir qu’il s’appelait Frédéric Chau. Pierre Sang ! Mouais. Fleur Pellerin ! (je vous le fais en accéléré, ça nous a pris vachement plus de temps). Ok, sauf que tout le monde la déteste. Et enfin, tadam et end of the story : Jade et Joy, les filles à Jojo. Ouah.

Dans Google qui sait tout, j’ai tapé : « français d’origine asiatique connu ». J’ai alors vu apparaître plein de nobodes, Kev Adams déguisé en chinois, Frédéric Chau et Maître Vergès (mort, ça compte pas).

Et là je me suis dit que dans un pays aussi cultivé que la France, aussi historiquement ouvert, offrir si peu de visibilité à toute une partie de sa population, au point qu’une méconnaissance immense de celle-ci perdure en 2018, était une totale abherration. Combien sommes-nous à distinguer un Coréen d’un Japonais, d’un Chinois, d’un Vietnamien, d’un Cambodgien, à ricaner lorsqu’on en parle, à faire tranquillou des vannes d’un racisme banalisé ahurissant dans un société où l’on licencie un présentateur pour moins que ça, parce qu’ «ils » sont gentils, sourient tout le temps, font des nems, de l’informatique et du karaté, sont sages et disciplinés, ne comprennent rien mais sont stylés ?

Alors moi j’espère que lorsque mes fils seront plus grands, tout ça aura changé. J’espère qu’on ne les oubliera plus dans la répartition de la visibilité, j’espère que « le mec du bon Dieu » se fera un nom, ne jouera plus forcément l’asiatique de service, que plein d’autres viendront grossir les rangs, et puis que le modèle Jean-Vincent Placé, « homme le plus con du XXIe siècle » pour Yann Moix, ne sera plus qu’un lointain et désagréable souvenir.

Publicités

La peine de Laura et David, parce que déshériter c’est comme désaimer

Chacun choisit son camp. Team Lorada, team Laeticia. Elle l’a aimé, aidé, soigné, relancé, elle aurait droit, plus qu’une autre, à ce regard sur l’œuvre de l’idole nationale. Ils l’ont adulé à en crever, lui ont écrit ses plus beaux titres, étaient sa chair, son sang pour sang, de quel droit seraient-ils ignorés ? La question de l’héritage de Johnny devait éclater, on le savait. Comme dans bien des familles, recomposées ou non, au-delà des questions de sommes extravagantes ou misérables, le stade du partage n’allait pas être simple, évidemment. Mais ça non, comment aurait-on pu envisager ce mot qui nous a tant choqués.

Déshérités.

Alors oui, on avance que la team « premiers lits » avait eu des donations, des rentes, des « avances », qu’ils ne sont pas « dans le besoin », sont majeurs, ont des mères qui ont travaillé et mis de côté pour eux mais est-ce vraiment de cela dont il est question ? Non. Car évidemment, ces « avances sur héritage » avaient été consignées et eussent été déduites, légalement, si la succession avait été envisagée « normalement ». Mais cette lettre rédigée de la main d’un père qui exige de « déshériter » ses deux premiers enfants, comment ne pas l’entendre comme un souhait de les désaimer ? De les écarter du souvenir, du lien, de la transmission d’un nom, d’une vie, d’un amour paternel ? Car être l’héritier de quelqu’un, ça n’est pas seulement, loin s’en faut, l’être d’une fortune ou de dettes, mais bien d’une histoire commune, dune ascendance, d’une lignée que tant de personnes cherchent à remonter en des moments de leur vie pour mieux se trouver. Et ce lien-là a été rompu par ce simple mot. Comme une répudiation, une rupture. Mais peut-on divorcer d’avec ses enfants ? Sans leur consentement ? Sans le leur dire (« Je me suis séparé de toi auprès d’un notaire, tu l’apprendras plus tard, quand je ne serai plus là. »)

Dans le ryukyu-shinto, la religion ancestrale de l’île d’Okinawa, on appelle « mabui » l’essence de chaque personne en tant qu’être humain. Le mabui est unique et nous rend immortels. Il peut se transmettre par contact. Si une grand-mère donne une bague en héritage à sa petite-fille (comme l’a fait la mienne avec moi), elle lui communique une partie de son mabui. Les photographies sont également un moyen de passer le mabui de certaines personnes à d’autres, raconte-t-on là-bas. Ca aurait pu être aussi une pochette de disque, une guitare, une moto, un droit de regard sur la gestion de ce nom qu’on porte parce qu’on a été reconnu comme son enfant par cet homme qu’on adorait. Comme si les battements de leurs cœurs étaient sur la même longueur d´ondes, les lignes de leurs mains se confondent. C’était il y a cinquante et un ans, il y a trente-quatre ans, dans une autre vie a-t-il peut-être semblé à ce père lorsqu’il a, dans ce moment d’inconscience si cruelle et irrémédiable, finalement signé cet acte de désamour.

Oui, c’est ça qui choque, qui peine, qui semble humainement si peu admissible. Pas de savoir si c’est la veuve qui héritera de tant, les « nouveaux enfants » qui habiteront telle maison ou loueront telle autre pour en toucher les loyers, mais bien cette impression de n’être plus… le fils de personne.

 

2017 ou l’avènement du châtain de poche

Longtemps, le beau gosse a été brun. Si si. Brun, grand, un brin bad boy, avec du poil sur le poitrail mais pas trop, voire une légère bedaine (confère l’éphémère et très discutable dad bod), la barbe naissante, l’œil qui frise, le cheveu long, deux trois tatouages et le sourcil froncé. Geoffrey de Peyrac, Albator, Pio Marmaï, Gérard Lanvin, Brando ou Louis Garrel selon les générations et les époques. Mais c’était ainsi. Jusqu’à récemment.

La semaine dernière, le site « Adopte un mec » a en effet publié les résultats de son Grand classement annuel des « mecs qu’on aimerait adopter (comprenne qui pourra) », et l’on peut dire que les résultats sont inattendus, mais finalement assez significatif d’un changement sociétal. À la troisième place, on y trouve Hugo Clément, le jeune et gentil journaliste de Quotidien qui hanta manifestement bien des nuits électorales.

À la seconde, le footballeur Antoine Griezmann, chouchou des marques et des médias, mais aussi donc de « ces Dames », comme on dit dans les articles datés mâtinés d’une misogynie qui se veut innocente.

Et à la première, tadam tenez-vous bien… trône notre mister Pwésident Emmanuel Macron. Oui.

Si l’on fait fi du de toute discussion forcément interminable sur le thème de « Tu coucherais avec Macron, toi ? » / « Tu penses que c’est un bon coup ? » / « NON franchement je pense pas il a l’air trop sérieux/emprunté/amoureux/egocentré… », un phénomène se dessine clairement dans ce classement : l’époque est au Petit châtain propre, souriant et facilement transportable. Ces trois-là ont en outre en commun, au-delà de caractéristiques physiques indéniables, le fait de pouvoir être fièrement présentés à papa, de plaire à mamie, à notre soeur et grave à maman. Souriants, (très) bien peignés, proportionnés comme il faut, ils semblent promettre chacun un bonheur conjugal sans nuage, des gestes affectueux, une fidélité dont on ne saurait douter, des repas équilibrés et des étreintes sages et hygiéniques. Avec le châtain de poche, point de chambres d’hôtels mises à sac, de nuits sans sommeil, de cendriers remplis, de larmes de sang sur les quais de la gare, de cette douleur à la fois morale et physique que l’on croyait forcément liée au grand Amour lorsqu’on lisait Girls et Jeune et jolie. Non.

Que prouve donc le choix de ces trois-là ? Que nous nous sommes rangées ? Que le mauvais garçon a vécu, à l’heure de divorces douloureux où bien des masques ont fini par tomber, que l’on va plus volontiers et naturellement, et même en fantasme, vers un type qui a l’air à la fois gentil et successfull, bien dans ses pompes et dans son époque, bref que l’on préfère, en 2017, opter pour César plutôt que David, Darcy plutôt que Clever, Tristan plutôt que Mathias ? Ca se peut bien. Merde, nous voilà devenues raisonnables. Trop ?

Rock n’roll is dead.

L’âge de Brigitte Macron : la bonne vanne 2017

Oh, il est venu avec sa maman ? Mais… elle est vieille pour lui, non ? C’est un peu bizarre, cette relation, vous ne trouvez pas ? Qu’est-ce qu’il lui trouve ? Il doit être pédé. Aucun homme ne peut désirer une femme plus vieille, ça n’existe pas. Non, c’est ça, il est forcément homo. Il ne peut y avoir d’autre explication.

Au début, c’était juste énervant, ces petites remarques ultra misogynes sur la génération qui sépare Emmanuel Macron de son épouse. C’est vrai, on voyait pas ça souvent. Les femmes d’énarques, elles mettaient une robe moche une fois l’an pour aller à l’Elysée, et le reste du temps elles fermaient leur gueule en s’occupant des enfants. Et puis surtout, elles avaient un âge décent, messieurs dames. Celui de leur mari, ou un peu moins, c’est mieux. Ca vieillit mal, une femme. Oh et les hommes, vous savez ce que c’est, dès qu’il y a un petit cul qui traîne, c’est plus fort qu’eux alors autant limiter les dégâts le plus longtemps possible. Oui, on a tout entendu sur ce couple « atypique » (atypique comme on dit d’un souplex ou d’un apparte chelou pour rendre désirable une anormalité un peu encombrante) et on s’est dit que ça passerait, parce que c’était vraiment hyper lourdot. Vieille France, roucassien, jean amadouesque comme vannes en 2017.

Et puis non, en fait. La Vieille France, elle supporte toujours pas, ces vingt ans d’écart. Laurent Gerra chante « Grand mère sait faire un bon café » tous les matins en gloussant bêtement sur RTL dès qu’il évoque Brigitte Macron. Ha ha ha. C’est vrai, c’est trop marrant. Elle est grand-mère, la meuf, vous imaginez ? Dormir avec une grand-mère ! Quand bien même elle aurait les cuisses fuselées, la passion des futes en cuir et le smile jusqu’aux oreilles, c’est quand même ultra gênant comme situation, non ? Quand bien même il aurait l’air vraiment heureux, ce couple-là, à se smacker, quoi qu’il fasse sous la couette (« Rho, rho, elle doit lui en apprendre des trucs, aux gamin ! ». On imagine les types rougeauds affalés dans leur canapé pendant que « bobonne » fait le dîner, rosissant à l’évocation de ce que cette femme « mûre » peut bien faire à ce gamin quadragénaire).

Oui, nous sommes en avril 2017 et pas un seul jour ne passe sans qu’un gros malin l’ouvre comme pour repousser le plus longtemps possible cette anormalité sociétale un peu dégueu d’un homme plus jeune avec une femme plus âgée alors que ça fait des millénaires que le contraire semble réjouir la terre entière.

Est-ce qu’on va vraiment s’en farcir pendant cinq ans, de cette vieille rengaine bien rance ? Est-ce qu’on va continuer longtemps à donner un nom de félin belliqueux à une trentenaire qui fraie avec un « jeunot », en ricanant bêtement face à cette furie en manque forcément extatique devant tant de chair fraîche ? Est-ce qu’on ne peut pas se dire que c’est bon, on a fait le tour de la question et que c’est bien beau de  mettre en avant son apparente tolérance et ouverture d’esprit quand on  déblatère bêtement sur une « différence » d’un autre âge ?

Allez, next.

And God save Brigitte.

La question de la semaine : faut-il ouvrir un compte Instagram pour continuer d’être aimée ?

binoche

– Vous avez récemment ouvert des comptes Twitter et Instagram. Vous vous êtes sentie obligée ?

– Il y a de ça. On me l’a demandé. Aujourd’hui, c’est devenu incontournable. Ca figure même dans certains contrats.

Il y a quelques jours, je suis tombée sur cette interview de Juliette Binoche donnée à Paris Match, et je dois dire que cet échange m’a plongée dans un profond malaise, pour ne pas dire dans une immense tristesse. Car quoi, la société du spectacle immédiat et permanent, impudique et rémanent nous a-t-elle engloutis au point qu’une comédienne de la trempe d’une Binoche se doive, elle aussi, de poster à intervalle régulier des bouts de sa vie, des coins de son intimité, des morceaux offerts de sa nudité pour continuer d’exister en tant qu’artiste ?

D’aucuns diront que c’est ainsi, que le monde évolue et que ce moyen de communication n’est autre que l’extension naturelle de la presse apparue au XIXe siècle, qui confronta dès lors l’artiste au service après-vente, à la séduction d’un public qu’il faut bien draguer, appâter en « donnant de sa personne » parce que c’est ainsi, que le « marketing de soi » est aujourd’hui indissociable de la chose artistique. M’enfin, n’y a-t-il pas, tout de même, une différence entre poser une fois l’an dans Gala avec mari et enfants devant ses croissants et se voir enjoint, à cinquante printemps, de brancher un flux perpétuel entre soi et les autres, flux qu’il faudra évidemment alimenter selon un planning établi par contrat, sans désir, sans envie ? Bref ne passe-t-on pas dès lors de « donner de sa personne » à « donner SA personne » ?

Je n’ai absolument rien contre les réseaux sociaux, entendons-nous bien. Je tweete, je snape, je poste ma vie sur Instagram et suis celle de mes anciens camarades de collège avec attention sur Facebook mais c’est mon choix. Comme celui de Kendall Jenner, Cyril Hanouna ou Kev Adams de partager avec leurs fanzouzes le contenu du bol de leur petit déjeuner ou la couleur de leur slip et c’est tant mieux (ou tant pis). Si l’envie est là, oui, mais la prostitution digitale imposée par ces fameux contrats du 21e siècle n’est-elle pas d’une indécence absolue ? Car il est entendu que pour accumuler les followers, il faudra irrémédiablement sortir du simple spectre promotionnel consistant à communiquer sur une sortie de film ou de livre, ne nous leurrons pas.

Allez, Juliette, c’est pour Insta ! Fais-nous un selfie no make up ! He, Gégé, tu nous prends tes côtes de porc en Clarendon, t’as rien posté depuis hier ? Catherine, Catherine, tu nous snaptchaterais pas ta soirée avec Isabelle au café de la Mairie ? Tes fans attendent, et les producteurs avec. Allô, Victor ? Bon, pour la sortie en poche des Misérables, ils demandent combien tu as de followers, j’ai vu que ton compte était un peu en sommeil. Va falloir y aller, là, coco, sinon ils bloquent la promo. Vincent, top ton Periscope sur le tranchage d’oreille, t’as gagné 10 000 abonnés, la galerie a adoré…

L’autre jour, alors que je me réjouissais d’avoir 20 likes (oui…) sur une photo Instagram (nous sommes peu de choses), mon fils m’a posé cette question fort à propos : « Mais on gagne quoi, maman, avec les likes ? »

Je vous laisserai méditer sur cette réflexion qui me laissa coite. Quant à exiger des idoles qu’elles lèvent définitivement le voile sur leurs existences dont les producteurs semblent croire que nous exigeons avec force de tout connaître, j’espère qu’elles sauront, ces comédiennes, ces auteures, ces artistes en tous genre qu’on tente avec autorité de soumettre aux lois dites des Millenials (qui n’ont par ailleurs rien demandé) mettre les limites, et construire autour de la légèreté de leur être ce fascinant mystère qui fait (fit ?) tout le sel du star-system tel qu’il fut originellement nommé.

La Nouvelle Star saison Joey est-elle la meilleure ?

nouvellestar

Alors non, cette saison, disons-le nous tout de go, il n’y a ni Julien (Doré) ni Christophe (Willem). Bref, pas d’ovni sorti de nulle part qui vous fasse annuler un date Tinder sexoprometteur ou une soirée portable pour scotcher devant votre télé, seule pour mieux vous concentrer en attendant la prestation hebdomadaire du génie musical (remember les inoubliables Sunny ou Moi Lolita).

En revanche, alors que la quinzaine de gratteux venus tenter leur chance au télé-crochet le plus célèbre du PAF est enfin sélectionnée, quelques talents émergent, qui pourraient bien créer la surprise (Patrick, mon chouchou Suisse monoexpressif aux faux airs de Taïg Khris qui aurait troqué son tee-shirt Waïkiki pour une chemise à pois de hipster helvète, Florie la surdouée enamourée, Manu le perché aux faux airs de Bernard Lavilliers et Mélanie, bien sûr, première de la classe pour une fois pas à gifler).

Ajoutez à cela une belle ambiance fraternelle, l’enthousiasme pur d’une jeunesse passionnée plus souvent scotchée à son instrument qu’à son smartphone (ce qui est très cool, convenons-en), et la nostalgie toujours palpable des premières images d’un programme qui nous suit finalement depuis si longtemps qu’on ne saurait s’en détacher (malgré la tentative avortée de M6, qui voulut un temps enterrer Dédé tsss), il n’en faudrait déjà pas davantage pour que je vous conseille grandement de poser vos mardi pour suivre les « aventures » de nos zikos férus de revisite chorale.

« Mais ça n’est pas tout ! », comme le dirait notre cher Denis B.(rogniard). Car il est un élément qui, cette année, ajoute un peu plus de sel à ce programme dont on aime l’impertinence, le verbe libre, les jugements dézingueurs et les avis cash d’un jury qui n’a pas pour feuille de route d’écouter bigotement les candidats, les mains jointes, les paupières closes, avant de les abreuver de compliments, et ce nouvel élément s’appelle JoeyStarr. Il est pourtant peu de dire que je garde un chien de ma chienne à cet individu dont certains actes odieux envers la gent féminine eussent pu (dû ?) l’interdire à jamais d’antenne tant ceux-ci s’étaient avérés infâmants mais voilà, comme le dit Serge Aurier (non, pas « c’est une fiotte » mais), on a tous droit à une seconde chance. Et Le Jaguar l’a saisie. Avec panache.

Drôle (eh oué), étonnamment discipliné, tour à tour ému ou ouvertement affligé derrière ces lunettes qui cachent des années d’excès, l’ex leader de NTM que nous avons tant aimé assure grave en chaussures. Complice avec notre Dédé Manoukian bousculé dans sa confort zone, un chouille moins loooonguement lyrique et en apparente admiration béate devant cet énergumène à la voix du diable, Didier Morville agite gentiment nos trois compères manifestement ravis d’accueillir ce nouvel ami. Sinclair joue les jaloux, Elodie Frégé irradie comme toujours de féminité lors que notre petit nouveau découvre une à une les épreuves d’un programme qu’il n’a probablement jamais regardé mais que, sous couvert de nécessité financière et de je m’en foutisme de mauvais garçon argué dans les interviews, il semble bien kiffer. Finalement.

Bref, on dînerait bien avec ces quatre-là, qui portent finalement cette Nouvelle Star 2016 plus encore que la bande de petits jeunes qu’ils se sont choisis pour accompagner en musique leurs soirées de potes du mardi soir. Alors oui, peut-être avaient-ils raison ceux qui commentaient le premier soir de diffusion : « il faudrait rebaptiser le programme JoeyNouvelle Starr ». D’autant que bientôt, les primes seront en direct, laissant le champs libre à l’électron certainement ravi de pouvoir désinhiber le bobo collé devant son écran devant son bol noglu, mais aussi le boss Vincent Bolloré qui pourrait bien s’en mordre les doigts d’avoir laissé les clés à ce fou dangereux-là. Ou pas. Car le buzz, bon ou mauvais, est souvent roi.

En tous cas, je sais pas vous mais moi, je serai là.

Ah, et allez Patrick, hein ?

Cyril Hanouna ou quand les petites beautés s’invitent à Matignon

delormeauhanouna

Si la TNT et ses abominations télé-réelles tendent à éteindre peu à peu leur rayonnement débilisant hors du cadre qui leur a pourtant été consigné, un nouveau phénomène inquiétant se produit cependant. Enfermés dans cette antichambre baroque de la télévision française, ses surpuissants survivants, gavés à la gloire 2.0 et forts de leurs centaines de milliers de followers extatiques, semblent avoir pris assez de force pour s’extraire de leur condition clownesque et investir… les ors de la république.

Pour preuve, lundi soir, la « bande à Cyril » (Hanouna), jamais à court de blagounettes de pensionnat, décidant d’appeler le Premier ministre, notre sévère Manouel, sous le prétexte que Mathieu Delormeau, le souffre-douleur consentant offert aux hyènes de la star de D8, aurait bien déjeuné avec lui.

« Allô Manuel Valls ? Rhihihi c’est Cyril Hanouna », qu’il a gloussé, le protégé de Bolloré, entouré de sa cour orgastique et incrédule, alors qu’au bout du fil, l’homme censé trimer 24/24h avec nos deniers se demandait ce qu’il pouvait bien foutre à l’antenne à converser avec le zigoto aux sardines. « Y’a Mathieu Delormeau qui voudrait déjeuner avec vous rhihihi. Comme Léa Salamé avec le président vous voyez rhihihi ». Et le Mathieu, comme une adolescente qu’on pousse sadiquement vers l’élu de son cœur a priori peu enthousiaste, d’oser quelques mots au catalan sans humour. « Euh… héhé… c’est Mathieu Delormeau. »

– D’abord, qui est cet individu ?

Droit dans ses pompes cirées, au garde à vous, l’ancien premier flic de France eut la réplique cinglante lors que les autres individus, ivres de la cruauté qui habite les compagnons de galère, riaient de bon cœur devant la énième humiliation de leur bouc émissaire.

– Je déjeunerai avec votre chef ! continua alors le puissant homme d’Etat, plus à cheval sur les convenances qu’une Nadine de Rotshild organisant une réception chez l’ambassadeur. Vous (le fameux Mathieu, donc) nous rejoindrez pour le café.

Merde alors. Voilà t’y pas que le bouffon des ménagères s’est donc invité à Matignon. « Salut ma p’tite beauté ! T’es trop sexy tu sais ! Nous à TPMP on t’adore, hein ! Mon Manu ! Tu regardes la télé ? Tu connais les sardines ? Et Valérie Benaïm, tu la connais ? Elle te kiffe mon biquet. » On n’ose imaginer la teneur des propos de ce face à face improbable rapetissant l’homme aux sourcils froncés au rang de jouet offert au chat surpuissant de l’access, ravi de balancer ses griffes sur le chef du gouvernement, ronronnant de surpuissance, le ventre offert à ses valets exaltés par tant de réussite chez leur idole tyrannique.

La semaine dernière, c’est « Capu », la gueulante coprésentatrice du « Mag », accessoirement et opportunément devenue compagne officielle du petit prince Sarkozy, qui se rendit à New York, accompagnée de son fidèle et élégant Benoît, sur les terres de sa proie. Sans sa Josiane mais lové contre sa nouvelle BFF orange devenue princesse consort, ledit Benoît a donc tout naturellement pris ses quartiers dans la Grosse Pomme chez Cécilia, laquelle, on l’espère, avait déserté le loft cossu, laissant le braillard trio entasser ses kilos de shopping frénétiquement enchaîné dans la cité de Woody Allen.

Alors, c’est quoi la next step ? Enora Malagré à l’Elysée ? Les Marseillais à l’Assemblée ? Le Président dans TPMP ? Dans une société du spectacle où les puissants d’hier sont en perpétuelle quête d’une large visibilité médiatique, doit-on se résoudre à l’inévitable mélange des genres qui pousse, chaque semaine, un énarque à répondre à l’interview de Closer devenu le lieu privilégié de la prise de parole politique ? Demain, les candidats en campagne viendront-ils papoter avec EnjoyPhoenix pour toucher ses millions de jeunes fans ? Emmanuel Macron ira-t-il chiller dans la chambre de Norman pour « toucher un large public » parce qu’il faut bien s’adapter, madame, à la scène d’aujourd’hui ?

Il y a quelques semaine, Yann Moix nommait Cyril Hanouna Ministre de l’Inculture, déclenchant la ire de son « aréopage de pétomanes» courroucé qu’on pût s’en prendre au maître autant qu’à ses vassaux. Et pourtant, à l’approche de la Présidentielle , et en l’absence éventuelle d’un Grand Journal probablement remplacé par un show tenu par Jean-Marc Morandini (oui…), il faudra bien s’attendre, mes petites beautés, à ce que le peoplitique tel que nous l’avons connu se meuve en une popolitique popu où les plus forts seront les meilleurs clients d’un salon cathodique transformé en foirfouille à neneus.

« Eh François ! François ma beauté ! On appelle Valérie pour faire la paix ? Allez on rigoooole mon Fafa ! Y m’fait trop kiffer ! »

Et pour revoir l’affligeante séquence :