J’irais travailler à Bruxelles avec Van der Bauer, tu viendrais avec moi ?

C’était il y a trente ans. Après le succès de « La Boum », Claude Pinoteau en remettait une couche avec l’excellent second opus qui réunissait les piliers de la famille Beretton : Victoire, Poupette, François et Françoise (et Lucas, dans une moindre mesure).

Bien sûr, le film se focalise sur Vic qui, après avoir cogné son plateau-repas contre celui de Philippe au self du wagon-restaurant du train corail qui la ramène à Paris (aaaah, le self du train !), échange malencontreusement son passeport avec celui-ci. Accompagnée de l’inoubliable Pénélope (allégorie de la copine moche), elle quitte le Panthéon (oui, les Beretton habitent en face) et le quartier Sainte-Geneviève pour aller récupérer le sien chez Philippe Berthier, donc, qui s’avère être très beau gosse. S’ensuit une histoire d’amour adolescente classique et tumultueuse sur fond de Cook Da Books (« Get it together, j’adore ! ») et de déclarations au romantisme inégalé (« C’est toi mon traumatisme »).

Mais « La Boum 2 », ça n’est pas seulement Vic. La Boum 2, tisse parallèlement l’histoire de François et Françoise Beretton, magistralement interprétés par Claude Brasseur et Brigitte Fossey (sublime), les parents, qui tentent de sauver leur couple des affres de leurs vies professionnelles respectives, lesquelles les éloignent irrémédiablement l’un de l’autre. François lâche son cabinet dentaire pour se jeter à corps perdu dans la recherche, faisant sienne la devise du « savoir, du savoir-faire et du faire savoir » pendant que Françoise, elle, signe enfin son « dessinimé », « La Taupe », avec un Belge nommé Van Der Bauer. Tout à ses souris, François en oublie de cultiver son couple, lequel traverse alors une crise qui atteindra son paroxysme lorsque Portal, le grand scientifique idole de Brasseur, lui proposera de venir travailler avec lui à Lyon (autant dire au bout du monde, on est en 1983 : pas de portables, pas de mails, pas de textos, le 16 pour la province… pas de quoi entretenir le quotidien à distance ni de sextoter).

« Mais il n’en est pas question ? » demandera alors Françoise.

« Si, il en est question », répondra François.

Il y a trente ans, le personnage de Françoise déplorait que « tous les types trouvent normal que leurs femmes les suivent mais [que] PAS UN ne le ferait pour elles ! ». Pas faux. D’ailleurs, François laissera finalement sa femme insoumise seule, sur le quai de la gare, éplorée devant la Range moutarde aux sièges écossais, symbole à jamais de la cellule familiale berettone aujourd’hui explosée.

Trente ans plus tard, force est de constater que rien n’a changé. Pulvar, Schoenberg et consors se retirent parce que leur époux ou conjoint est dans la lumière. Quelqu’un s’est-il demandé si les rôles n’eussent pas pu s’inverser ? Connaissez-vous, autour de vous, un couple dont le mari a suivi la femme mutée à l’étranger, quittant lui-même un poste attractif pour laisser s’épanouir les ambitions de son épouse ? La femme suit, ou la femme subit. Bien sûr que non, François n’irait pas à Bruxelles s’occuper des enfants pendant que Françoise dessinerait des taupes hilares avec le vendeur de bière.  « A Cassis en août avec les enfants ? Et peut-être qu’en septembre… » Non.

De dos, en trench, il lui fait au revoir de la main, et en a gros sur la patate. « Faut pas rester là madame », la hèle un officier des forces de l’ordre. Son brushing fout le camp, les larmes lui montent aux yeux alors qu’elle comprend que le métier de François aura réussi ce que son aventure avec une parfumeuse ne sera pas parvenu à faire : briser son couple.

Car nul ne sait si François et Françoise se seront finalement retrouvés…

«  à mi chemin… vous roulerez l’un vers l’autre le cœur battant… vous coucherez à Dijon dans des hôtels sordides, vous passerez des nuits blanches dans des wagons lits, vous vous quitterez… les yeux cernés au p’tit jour, au buffet de la gare. Tu reprendras ton train… ou elle le sien. »

 

Premier restau : qui paye ?

Les femmes votent, les femmes travaillent, les femmes conduisent, les femmes ont des postes à responsabilité, les femmes couchent juste par plaisir, les femmes se payent des escort boys, les femmes débriefent leurs sex-partys, les femmes ne rappellent pas le lendemain, bref, les femmes ont acquis la parité dans pas mal de domaines, même les plus chasse-gardée, mais les femmes sont paradoxales…

Je m’explique : hier soir, au détour d’une conversation sur le premier rancard, et donc fort souvent synonyme de premier restau, les demoiselles en ma compagnie se sont retrouvées sur un point crucial : ce serait à l’homme de payer cette étape ancestrale.  OBLIGÉ ! qu’elles disaient ! Et que celles qui pensent le contraire jettent la première Visa aux autres. Ainsi, et même s’il semble évident que c’est au monsieur de régler cette addition-là, deux écoles s’opposent quant à l’attitude à adopter :

1/ La franche du collier, qui consiste à ne pas bouger le moindre orteil lorsque le garçon s’amène avec la note (lequel, tradition oblige, déposera élégamment le ticket plié en face de Sexe Mâle), voire à regarder partout sauf vers le fatal papier, comme feignant de ne pas avoir entendu un pet sonore (hein ? quoi ? l’addition ?) avant de se fendre, minaudeuse, d’un large sourire et de remercier chaleureusement le jeune homme, comme réveillée d’un coup d’un long sommeil (hein ? quoi ? l’addition ?).

2/ La seconde technique, fourbe à souhait, consiste à tendre la main vers son sac, voire de s’emparer de son petit portefeuille Hello Kittie puis, si l’Homme n’a pas encore, à ce stade, arrêté d’une main virile le geste d’un « Il n’en est pas question ! » chevaleresque, d’en sortir misérablement sa CB Electron, celle des djeun’s et des interdits de découverts, et de la tendre au serveur dans l’espoir incessant que l’Homme s’interpose avant que les 50€ encore disponibles sur le compte ne soient définitivement engloutis, et notre vie avec.

Certains mecs opportunément autoproclamés « modernes » voire « féministes »  accepteront avec bienveillance de laisser à la femme le plaisir délicieux de s’acquitter de ladite addition. J’entends d’ici les cris d’offrais poussés par les gardiennes des droits des femmes. Et pourtant, de même que l’on appréciera toujours de se faire tenir la porte ou porter sa valise, laquelle d’entre nous n’aurait pas un goût amer après avoir mychkinement tapé ses quatre pauvres petits chiffres de code secret devant une serveuse au regard empreint de pitié, voire de mépris, et le visage soulagé d’un chevalier servant au désir non encore assouvi ?

Qui plus est, et cette règle tient à être rappelée, si le fameux chevalier a lui-même choisi le restau, et donc calibré le budget en fonction du sien, c’est à lui de raquer. Idem pour les déjeuners d’affaire : c’est à celui qui trouve génial d’aller bouffer chez Georges en terrasse ou d’essayer le nouveau Robuchon d’inviter. Non mais ! Et comme c’est au mec de rappeler (OUI ! C’EST AU MEC DE RAPPELER on va quand même pas revenir sur tout, hein !), c’est ainsi à lui de proposer le premier restau, et donc à lui aussi de verser la dîme et la gabelle. CQFD.

« Dans le geste de “sortir” sa carte de paiement ou ses billets, il y a une projection “éjaculatoire”. Et dans le fait d’accepter, pour la femme, il y a cette capacité à accueillir l’éjaculation », explique Catherine Blanc, sexothérapeute, dans un article de Psychologies. Et si s’acquitter du premier restau pour la femme n’était qu’une castration supplémentaire infligée par la guerrière du XXIe siècle à ce pauvre petit homme perdu dans la lutte des sexes ?

A mon sens, rien n’empêche la guerrière d’inviter son compagnon pour toutes les occasions suivantes si ça lui chante mais la première fois est hautement symbolique et le geste d’inviter sa belle illustre souvent la générosité (ou pas) dont pourra faire preuve l’Homme dans bien d’autres domaines autres que financier, y compris sexuels, par la suite. Et pour la gouverne de tous, Jenifer Lopez, qui sort actuellement avec un danseur prépubère désargenté du nom de Casper, a préféré lui verser une pension mensuelle afin qu’il puisse l’inviter avec sa p’tite carte bleue perso. A méditer.

Ca, c’est pour la génération X, qui tortille du cul. Les baby-boomers ne se posent pas la question et laissent tout naturellement môsieur payer mais que fait la Y ? Elle partage ? Quant aux personnes du même sexe envisageant d’avoir des relations sexuelles, comment gèrent-elles l’addition ? Avis aux lecteurs/lectrices désireux de témoigner…

Ce jour où la babysitter se rend compte que vous n’êtes pas de vrais adultes…

Toute ressemblance avec des personnages existants est totalement fortuite. Quant aux situations, elles ont été exagérées dans un soucis scénaristico-humoristique évident. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

La baby-sitter est l’une de ces abjectes personnes qui vous font prendre conscience plus que quiconque de votre âge canonique. Déjà, parce que lorsque vous la bookez, elle vous colle du « madame » partout en sms (Ho, Adèle, on a le même prénom. Sérieux me fais pas ça ! Oui, ma baby-sitter s’appelle Adèle. Bref), mais aussi parce que son regard… est le pire des miroirs. Et que lorsqu’elle consent à vous appeler par votre prénom ou vous tutoyer, elle semble toujours le faire avec des guillemets…

Cas pratique :

20h30 : Adèle arrive. Driiiiing !

–          Bonjour MADAME !

Pimpante, le visage plus tendu qu’un tam-tam, Adèle semble avoir à peine douze ans. Bizarre, quand vous étiez enfant, les baby-sitters vous paraissaient si vieiiiiilles ! Moins que votre mère, mais vieilles quand même.

–          Je peux avoir le code du Wifi s’il VOUS plaît ?

–          Oui, bien sûr ! Keum va VOUS le donner (vlan, à vouvoiement vouvoiement et demi). Titi, tu dis bonjour à Adèle ?

Titi fait semblant de pas savoir que vous alliez sortir, alors que vous vous agitez dans tous les sens depuis une heure en HUUUUURLANT que vous êtes CHEUM, le bousculant, lui brûlant la tête au sèche-cheveux, le traînant sur le sol alors qu’il vous suit comme votre ombre, accroché à votre collant filé comme un koala à son arbre, prenant un malin plaisir à essayer vos Louboutins avec ses pieds en-chausson-chausettonnés, puis à parader gaiement votre nouveau haut autour du cou tout en finissant sa Pom’Pot (ploc !).

Oups…

–          HA NON ! PAADEELE ! PAADEEELE !

–          Hihi, mais si, voyons, Adèle va aller te lire « Caca Boudin » (best-seller pour les enfants ndlr) dans ta chambre ! Hein Adèle ? (regard autoritaire)

Adèle est soûlée parce que, pendant les deux premières années de vie de Titi, elle ne l’a pas vu. Lorsqu’elle arrivait à 20h30, il dormait déjà. En gros, son travail consistait à tchater avec ses copines devant la télé à 8 euros de l’heure (oui, on donne 8. No comment). Now, c’est FINI Adèle la Sauterelle (autre best-seller pour enfants). Tu vas faire le sale boulot. Sourire crispé, elle commence :

–          C’était un petit lapin qui ne savait dire qu’une chose… CACA BOUDIN !

–          CACA BOUDIIIIIIIIN ! CACA BOUDIIIIIN !

Pendant ce temps, vous tentez péniblement de plâtrer votre visage parcheminé par les ans, et de ne pas vous sentir ridicule dans ces vêtements dont vous vous rendez compte qu’ils sont peu ou prou les mêmes qu’Adèle (en plus cher et moins bien portés). Là, vous vous remémorez qu’à l’époque, votre mère ne s’habillait pas DU TOUT comme la baby-sitter… Trop tard pour philosopher, vous appliquez une dernière couche de rouge vermillon sur vos lèvres sèches, attrapez  par le bras Keum, qui balance à Adèle tous les mots de vocabulaire « jeune » qu’il connaît (« grave », « chanmé », « et la Fac, ça roule ? » CA… ROULE ?! « Tu veux que je te trouve un stage dans la finance ? J’ai pas mal de contacts… » Pfft bon allez on y go !).

–          Bon, Adèle, prenez ce que vous voulez dans le frigidaire (mais pas la buratta pitié !) et surtout couchez-le tard ! (parents indignes, alors que vous savez très bien que coucher tard => lever tard n’est absolument pas une science exacte, vous la tentez malgré tout). Je vous envoie un texto quand on part de la soirée.

Dignes, parfumés à l’excès, clinquants, l’étiquette de vos nouveaux vêtements (achetés exprès pour ce qui, devons-nous l’avouer, est un peu pour vous la soirée de l’année) apparente, Keum et vous partez fêter les 35 ans d’un de vos meilleurs amis. Un samedi soir. Oui, comme les ploucs. Pour Adèle, vous êtes un couple de vrais gens, d’adultes, de papamamans, avec des métiers, des salaires, des factures EDF payées par virement bancaire, des assurances-auto et des parents à la retraite.

–          Vous me direz si vous rentrez avant 2h, comme ça je sortirai après ! lance Adèle à la volée.

Après ? Après 2h ?! Y’a des gens qui font ça ?

Oui, vous, il y a 4 ans à peine…

Vous partez rapidos, parce que le compteur d’Adèle a déjà commencé à tourné il y a un petit bout de temps.

[Interlude soirée

***** Pour un debrief détaillé de la soirée, merci de vous acquitter du forfait Debrief VIP****

*** Version light pour les raclures ***

Bonsoir – champagne – oh salut t’es là – champagne – bon anniversaiiiire Vincent ! – vin blanc (plus de champagne) – on va danser ? – vin rouge (plus de vin blanc) – dédèèè ba au collège Marcel Aymééé ? – vodka pomme – Vooon Anniberzèèèère Bincent ! – Vodka Jet – « Keum , faut rentrer il est 1h35 ! » – « Mais ggui êtes-vouuuuus ? » – « Bon ok on reste jusqu’à 42 » – Ouuééééé du champagne – 1h52 « Zalut Bincent je t’aiiiime mon poto zétait zuber ! » –  « T’as brévenu Adèle ? » ]

Retour maison

Dans le taxi :

–          Meeeerde, faut tirer de l’argent pour Adèle ! On lui doit combien ? Alors, 20h30, 21h30, 22h30… (toutes ces années d’étude pour compter sur vos doigts, que Keum regarde avec concentration en comptant silencieusement avec vous : un, deux, trois…). Non, attends, oh fait ch… avec cette demi-heure, là !

[parenthèse et ouverture de débat : en baby-sitting, toute heure entamée est-elle due ou compte-t-on en demi-heures ? Merci d’apporter vos contributions sous le post].

Donc, 20h30, 21h30… putain la prochaine fois on reste une demi-heure de plus ou on la fait venir à 21h ! Donc ça nous fait 5h30 à 8 euros de l’heure. Donc combien ?

–          Beuuu, auguuune idée !

–          Bien la peine de travailler dans la finance. Mmh 8×5 = 40 + 4 = 44€. Je vais pas lui filer 44 €, ça fait rat grave. Nan ?

[Tirage à la tirette… La tirette est du côté d’Adèle. Les tirettes font exprès, à une certaine heure, de ne distribuer que des gros billets. Le gang des baby-sitters a dû pirater les DABS pour qu’ils n’aient plus de petites coupures à partir de minuit.]

–          Haaaaan, ils m’ont filé un billet de 50 euros ! Je vais quand même pas lui demander de me rendre la monnaie ça fait radoche nan ? Nan ?

–          Mais viiile-lui les 50 !

–          Elle fait pas le report de minutes, Adèle ? On pourrait s’auto-créditer de 6 euros. 50 minutes de baby-sitting gratos pour la prochaine fois. Nan ?

–          Radine.

–          Poivrot.

Le taxi : 22 !

Quoi 22 ? 22 euros ! Pas de monnaie, pas de bonjour, pas d’au revoir, pas de sourire et regard suspicieux en prime comme si vous alliez vomir dans son épave. (« Zédunépave !», répète Keum en boucle, assez fort pour que le chauffeur vous haïsse. Peur qu’il vous emmène en forêt de Rambouillet pour vous violer et vous découper en morceaux).

2h01, devant votre porte : Putain ch… **$^=)’àçéiueoéu , où est ce p… de trou de serrure ? L’ont enlevé ! On bourra plus jamais rentrer chez nous !

Keum, défaitiste, préfère s’asseoir, puis s’allonger sur le paillasson, parfaitement résigné à vivre sur ce sol piquant (très piquant, surtout pour son visage, visiblement !), abandonnant son fils à une quasi inconnue de 20 ans fan de twitter et de Norman fait des vidéos.

–          Ménan, on va bien vinir par le trouver ! ADELE ! ADELE ! Je vé l’appeler !

Au bout de trois sonneries, vous entendez une porte s’ouvrir. Mais c’est celle des voisins du dessus. Meeerde on a réveillé lévoizins. Vous gloussez seule (rhirhirhi), car Keum ronfle.

–          Madame ?

Tiens, la voisine du dessus a la même voix qu’Adèle.

A moins que… KEUM ! On n’a pas de labrador dessiné sur notre paillasson, si ? Hein ?