T’choupi 2 : un nouvel opus faible aux relents de jeunisme

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Voilà plusieurs années que T’choupi fait son spectacle au Casino de Paris, parvenant à réunir sur son seul nom nombre de familles venues témoigner leur admiration au pingouin (oui…) devenu, avec son acolyte Doudou, le chouchou des tout petits. Pro dans l’interprétation comme dans les chorégraphies, léchées, le premier volet de ce T’choupi tour nous avait enthousiasmés. Au point que, quelques années plus tard, c’est avec excitation mais une évidente appréhension suscitée par une exigence forcément immense que nous sommes partis assister un samedi, à onze heures, au nouveau tour de force du brillant binôme.

Las, n’est pas George Lucas qui veut. Car comme beaucoup avant lui, le marsupial superstar a raté son « re ». « T’choupi fait danser l’alphabet », promettait l’Hexagonal Tour 2015, sans que l’on comprenne toutefois où l’auteur a voulu nous emmener. Perdu dans ce scénario plus mince que la carte de l’Entrecôte, la petite troupe enthousiaste peine à donner le change. Lalou et Pilou, pourtant omniprésents, ne trouvent pas leur place dans une intrigue qui laisse peu de place au suspens, et moins encore aux personnages secondaires, relégués au rang de faire-valoir d’un héros transparent, hagard et engoncé dans un personnage dont il ne parvient pas, à l’instar d’un Kev Adams toujours persuadé de pouvoir jouer les adolescents, à se défaire. Quant à son acolyte, dont la fonction comique avait fait le succès du précédent opus, il semble perpétuellement absent, ballotté de bras en bras, tête baissée, alors que ses répliques ont été réduites à peau de chagrin. Si une certaine presse a murmuré que les deux amis de quatre ans songeraient à se séparer, Doudou souhaitant poursuivre une carrière en solo (à laquelle on peine toutefois à croire), on ne peut qu’abonder dans le sens d’une rumeur à la véracité palpable.

Last but not least, les parents de la star auraient eux aussi pris leurs distances, en témoignent les apparitions faméliques de la mère du héros, laquelle ne vint pas même saluer le public alors que la maîtresse de T’choupi, une certaine Sybille apparemment âgée d’une vingtaine d’années tout au plus, dansait main dans la main avec son époux a priori pas insensible aux charmes de l’Education nationale. Allégorie discrète de la crise de la quarantaine ? Sous-entendus nauséabonds sur les actrices post-quadragénaires pas même dignes d’écoper d’un rôle digne de ce nom ? Toujours est-il que cette ambiance familiale des plus étranges crée un malaise dont on peine à se défaire malgré une bande-son originale mais un manque évident de « tube » comme l’avait été l’inoubliable « boogie-woogie de T’choupi ».

Si T’choupi voulait faire danser l’alphabet, c’est finalement une troupe chagrine qu’il sera parvenu à se faire se trémousser vaillamment devant un public parfois malodorant, souvent sanglotant, mais toujours enthousiaste à l’idée de passer une heure et demie en compagnie de son idole, fût-elle embourbée dans un manque évident d’inspiration et d’indiscutables problèmes familiaux. Il en est ainsi des grands artistes, que la muse vient plus volontiers titiller lorsque le succès ne s’est pas encore installé. L’alcidé superstar se sera sans doute laissé engloutir sous un abus de confiance suscité par cet incroyable élan mondial qui l’érigea peut-être trop rapidement en idole absolue. Aujourd’hui, le gamin en salopette patine alors que son concurrent le guilleret et brillant TroTro mène dans le pays une tournée triomphale achevée en apothéose aux Folies Bergères.

Gageons pourtant que cet alphabet-là ne sera qu’un accident de parcours vite oublié dans la carrière d’un immense duo qui saura, et c’est certain, redevenir, enfin « rigolo comme tout » plutôt que trotro pas (rigolo).

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Le Dieu des nounous

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Y a-t-il un Dieu des nounous ? Devons-nous à un moment payer le fait d’avoir eu une perle ou, au contraire, bénéficera-t-on d’un traitement de faveur de la part de l’obscure Olympe des gardeuses d’oies dès lors qu’on aura eu à subir l’atroce épreuve de la marâtre, de la folle, de la toujours malade, de la disparue du jour au lendemain, de la smartphoneuse frénétique ou de l’accro aux Anges de la téléréalité (vécu) ?

Lorsqu’elle attend son premier enfant, l’idée même du mode de garde hante la future maman d’autant plus que son charmant entourage ne manque jamais une occasion de l’interroger : « tu as trouvé une nounou ? », « une crèche ? », « fais gaffe, hein, tu sais que celle de la sœur du beau-frère d’un type avec qui je bosse enfermait le bébé toute la journée pendant qu’elle buvait du rhum dans le salon avec son mec ? Ouais, même qu’ils l’ont découvert en mettant une caméra ».

Merde… « Dois-je cesser de bosser et me consacrer pour toujours à l’éducation exclusive de ma progéniture ? Ou dois-je réellement risquer de confier la nouvelle prunelle de mes yeux à une inconnue dont mes fantasmes n’en finissent plus de lui trouver mille et une perversions ? », s’interroge alors sérieusement la future accouchée.

« Tu devrais aller l’espionner au parc ! Tu sais que la plupart ne regardent même pas les enfants. Si, je te jure ! Elles parlent entre elles et s’en tamponnent complètement le coquillard de tes mômes. Ils peuvent bouffer des vers de terre ou partir dealer au milieu des voitures du moment qu’elles peuvent papoter entre copines », papotent les copines de la future mère de famille.

Merde… « Dois-je embaucher une muette asociale ? », s’interroge alors de nouveau la novice.

Puis vient le moment tant et tant repoussé du casting puisque, bien évidemment, de place en crèche elle n’aura point. « Va sur bébénounou, c’est super ! », l’encouragent les vieilles de la vieille de la quête de Madame Garett. Le post de l’annonce puis le téléphone qui ne s’arrête plus de sonner. Les voix empreintes de cet enthousiasme qui donne immédiatement confiance (« Haaan, désolée, je me réveille de ma sieste »), les mille et une questions pleines de passion pour cette activité future (« Nan, j’ai pas de questions… Ah si, je peux regarder la télé avec les enfants ? »), les termes qui témoignent d’un réel intérêt pour la fiche de poste (« Non… non [silence, autosondage de l’âme], m’occuper d’un bébé de trois mois ça me… dérange pas, non »).

Dérange pas, diantre…, pense la casteuse désoeuvrée.

Et les inconnues qui défilent sur son canapé, checkant la confortabilité potentielle des lieux, alors que la fatigue intense de la récente accouchée apparente sa capacité de concentration à celle d’un junkie en fin de parcours.

« Et vous avez déjà gardé des enfants donc ? »

Alors que certaines ne jettent pas un regard au bébé, que d’autres au contraire fondent sur lui en propriétaires inquiétantes, que certaines énumèrent avec exaltation les mille et une activités d’éveil ludique et alimentaire qu’elles auront avec ce petit être qu’elle-même connaît à peine, l’angoisse enfle.

Qu’elle tente d’éteindre en passant ces coups de fil dits rassurants aux « références » indiquées sur le CV des inconnues toutes puissantes, et dont ses destinataires pourraient tout aussi bien être les mères, les sœurs et/ou les BFF desdites toujours géniales nannies.

Alors elle finit par choisir, et laisse faire le Dieu des nounous.

Certaines ont rencontré la nannie de leur vie du premier coup, c’est rare. Beaucoup ont connu de douloureuses expériences au goût plus ou moins amer. D’autres, comme moi, ont souvent changé de partenaires avant de rencontrer LA bonne personne.

La quête de THE nounou s’apparente à celle d’un homme. On croise plein de connasses, de folles, de filles qui ont l’air géniales mais finissent par vous lâcher sans raison, comme ça, déstabilisant pour un temps votre confiance. On cherche dans son entourage (« T’aurais pas un mec une nounou à me présenter ? »), on tâtonne, on espère, et puis un jour on trouve enfin celui celle qu’on cherchait, et on se souvient en riant de la nazitude de celles qui l’ont précédée. Le Dieu des nounous distribue, fait tourner sa grande roue et répartit à son gré dans les foyers. Les greffes prennent, ou pas, alors que l’on ne peut sous-estimer la place immense que tient ce personnage au rôle-clé dans le scénario de nos vies quotidiennes.

Alors aujourd’hui que la mienne doit malheureusement nous quitter, une question m’interroge : connaît-on dans sa vie de mère plusieurs grandes rencontres nounoutales ?

La vraie vie des mères actives Episode 3 : rentrée et réforme des rythmes scolaires

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Ayééé, notre working mum est rentrée de vacances (exténuantes, évidemment, rapport à la marmaille) bronzée que du dos et du cul à force de se pencher toute la journée pour ramasser jouets et bouées échoués sur le sable, et la couperose naissante à force d’avoir noyé sa fatigue dans le biberonnage de rosé à la nuit tombée.

C’est néanmoins le cœur vaillant et sans aucune arrière-pensée (si si) qu’elle se dresse donc, en ce jour de rentrée, devant sa porte d’entrée, une main dans celle de son rejeton, l’autre cramponnée, déjà, à son smartphone, toute prête à affronter son grand retour en open-space comme son come-back tant attendu en maternelle. En retard, déjà, elle traine avec difficulté l’enfant devenu plus volumineux (les glaces, sans doute, âprement négociées en échange de promesses multiples et variées) sur l’asphalte encore chaud de cet été indien. Devant la lourde porte de l’école, ils sont tous là. Les copains de l’an passé (dont l’enfant, comme elle, a oublié le prénom… « Ah bonjouuuuuur ! Et comment va… [regard suppliant vers Titi, qui doit bien se souvenir de son BFF putain][regard vide de Titi semblant signifier « c’est qui ce mec ? »] Il a grandiiiihihihi [yeux maléfiques de la WM roulant dans leur orbite en mode « tu pourrais faire un effort de mémoire putain »]), les mamans entièrement recouvertes de bébés en écharpes, devisant déjà de l’année à venir, de leurs espoirs de maîtresse (« Ah tu avais Axelle ! Elle est TOP ! J’espère l’avoir pour Capucine ! ») et leurs conjoints sollicités pour l’occasion, se sentant aussi à l’aise là, pour la plupart, que leur grand-mère au concert des One Direction.

Les portes s’ouvrent.

Tous, ils se ruent vers THE LISTS.

Se poussent, s’écrasent, éborgnent sans aucune pitié les nourrissons saucissonnés de leurs super copines d’il y a quelques minutes encore.

La working mum, elle, a no friends ici et aucun scrupule donc elle s’en tape. Et ses décennies de combat en milieu hostile (poste, queues de télésiège, cantine rayon pizza, Cojean ou ligne 13) lui donnent une longueur d’avance. MS2 check. Fanny check. 1er étage check. Elle saisit Titi qu’elle repère miraculeusement dans la marée et se jette dans les escaliers.

–          Poourquoi c’est pas la même claaaasse ? Pourquoi on passe par làààà ? Pour….

–          FONCE !

Devant la MS2 sont placardées des centaines de photocopies que ladite Fanny aura consciencieusement imprimées et épinglées la veille, lors de sa « pré-rentrée ». Sur chacune, un thème : « va au goûter » OUI / NON, « va à la cantine » OUI / NON, « va à la halte garderie le mercredi » OUI / NON [note pour plus tard : apprendre à la Fanny le principe du tableau à double entrée. Economie de temps et de papier…], « participe aux activités gratuites des mardi et vendredi de 15h à 16h30 » OUI/NON.

Nous y voilà ! La réforme ! Sa race. La working mum, comme d’hab’, n’a rien écouté, et attendu sagement qu’on lui explique le pourquoi du comment de ce barnum sociétal. Résultat, elle ne capte rien. C’est quoi cette histoire de 15h ? Merde en plus on est mardi, pas moyen de repousser à plus tard dans l’espoir d’une mort subite dans la journée. Elle se tourne vers ses ex-victimes tout sourire :

–          Vous êtes au courant pour les activités des mardi et vendredi ?

–          Bha oui c’est la réforme…

–          Mmhh, oui oui bien sûr. Mais ça consiste en quoi ? (honte)

–          Bha c’est des activités faites par des animateurs. Mais vous êtes pas obligés d’y aller. Sinon l’école finit à 15h.

15 heures ? L’heure à laquelle, habituellement, elle termine tout juste sa salade avant de replonger dans les dossiers laissés en suspens. No way. OUI ! Au moment de lâcher le bic scotché à une ficellle… MEEEEEEeeeerde. Elle se rend compte que « OUI » = 0 et « NON » = X. Elle avait collé des croix partout pour dire OUI. Elle rature chaque feuille pendant que la foule excédée trépigne, prête à la plaquer au sol pour récupérer le fameux bic. Devant le nom de Titi c’est tout caca sur les 10 photocopies. Rehonte. Note pour plus tard : apprendre à Fanny les conventions symboliques internationales.

Dans la MS2, Titi est déjà en train de repasser un playmobil en compagnie d’un vieil acolyte dont il ne souvient certainement plus du nom, mais auquel il raconte avec force détail comment maman s’est retrouvée à poil après un tour mouvementé en banane tirée par un zodiac. Il est temps de prendre la poudre d’escampette.

Dans le hall, un nouvel attroupement attire le regard de la WM. Les fameux « animateurs » des mardi et vendredi. Ne pas repousser, ne pas repousser… Et puis, la WM est reconnaissante à l’Etat pour son initiative. Qu’est-ce qu’ils ont tous à gueuler ? Faire du poney ou apprendre une langue étrangère deux fois par semaine, « à l’anglaise », quel bel exemple de démocratie ! Allons donc choisir parmi la pléiade de propositions. La WM kiffe le Club Med en milieu scolaire. Karaté, mini-tennis, chinois, anglais, échecs… à quoi allait-elle donc inscrire son rejeton, promis à un si grand avenir grâce à cette révolution inespérée (et gratuite) ?

Et là…

La

Désillusion.

A la découverte du monde animal / Activités d’expression / Ateliers théâtre / Autour de l’écrit et du conte / J’apprends à bien manger en m’amusant / Jeux et pratiques artistiques et ludiques / Santé et développement durable (sic).

Ok. Donc, THE réforme, c’est faire des jeux de société deux jours par semaine. Ah oui, et aussi tafer le mercredi ! Ce jour béni où la WM pouvait mettre entre parenthèse son contre-la-montre quotidien (la clepsydre ! la clepsyyyydre viiiite !), paressant langoureusement sous sa couette en famille, finite, kapout, vieux souvenir ! Bha ouais c’est la réforme ! La santé et le développement durable, à 3 ans, ça vaut bien un petit aménagement de l’emploi du temps, non ? Euh si si…

SMS de la sœur de la WM : dans son école, ils lui rendent les gosses à 15h parce qu’ils ont pas eu le temps de s’occuper des activités. D’ailleurs, ils savent pas s’ils y arriveront cette année. Mais les petits tafent quand même le mercredi.

La sœur de la WM va ptêtre perdre son emploi, ça s’trouve. Parce qu’elle n’a personne, à 15h, pour s’occuper des enfants.

Mais la vraie question, c’est : QUI va leur parler de la santé et du développement durable ?? Hein ?

Hard.

Plus tard, dans la journée, la WM recevra un coup de fil de la directrice. Personne n’est venu chercher Titi à 16h30 (après son premier cours sur le désastre radioactif à Fukushima, sans doute). Ah bon il devait rester au goûter ? C’était pas clair,  soit disant. Oups… La faute aux croix.

– Ne vous inquiétez pas, c’est un peu la foire, cette rentrée, avec la réforme ! », dit alors la directrice.

Ouais, c’est ça, la foirfouille.

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La vraie vie des mères actives – Episode 2 : le métro

La virée chez Ikea ou la règle des 300 euros en 3 heures

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Ponctuellement, chaque année environ, on retrouve le courage, voire même l’entrain sincère, pour partir un samedi aprem, en famille, chez le « géant Suédois » (non, malheureusement pas chez Zlatan Ibrahimovic mais chez son compatriote le concepteur de Grüntag qui, soit dit en passant, n’habite pas un hôtel particulier dans l’ouest parisien mais un beau triplex en tôle ondulée proche McDo et toutes commodités).

« Cette fois, on va juste faire un petit tour au libre-service, hein ! », vous promettez-vous de concert. « On se fait pas avoir par le premier étage, on fonce direct aux trucs de cuisine et autres gadgets en cire parfumée. » Enfin, « on ne reste pas plus d’une heure », concluez-vous, prévoyant quasiment un éventuel passage chez le coiffeur en fin de journée.

Vous voilà donc en route pour la ZI, chantant à tue-tête dans la voiture « Tchoupiiii et Doudouuuuu ils sont rigoloooos comme tout ! ». Rapidement parvenus au parking de M. Expedit (oh, à peine 50 minutes), vous vous garez sans encombre avant de rejoindre l’antre du meuble en kit. A l’entrée, l’aire de jeux dans laquelle la firme promet de garder vos enfants pendant que vous dépensez sans compter affiche « complet ». Vous détournez rapidement l’attention de l’enfant, lui promettant d’autres activités bien plus fun sur le chemin tracé à l’étage, et évitez ainsi un drame lacrymal fort sonore de justesse. Ouf.

A l’étage, la fête commence. Armés du célèbre it-bag jaune à larges anses, du mini-crayon manifestement  breveté sur un panel d’inuits plutôt que sur les paumes de nordiques nourris au Gravelak et du mètre en papier (on sait jamais, épi c’est gratos), vous suivez les grosses flèches au sol, avec une discipline inédite (le passage clouté, à côté duquel vous passez invariablement, peut aller se rhabiller), craignant manifestement sans savoir pourquoi, qu’un représentant  des services de l’ordre golgoth ne vienne vous remettre dans le droit chemin avec violence. Pourtant, il existe bien des passages secrets mais nul n’ose s’y aventurer.

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C’est donc tout naturellement que vous oubliez vos belles promesses, visitant avec l’entrain d’un aventurier de Koh-Lanta au Franprix les salons reconstitués, chambres douillettes (« Réveillez-vous dans une maison de campagne suédoise« … « Ca te dirait pas qu’on refasse toute la déco de la chambre ? Hein ? Non rien. ») et autres studios adolescents multicolores, emplissant peu à peu l’immense cabas jaune d’objets aussi utiles qu’un panier en plastique ventousable de toute beauté (pour y entreposer les jouets de bain remplis de caca noir), de l’éternel et abominable dessous de plat rond en liège, et d’un réassort de planches à découper molles, les précédentes étant fendues en leur milieu.

Au rayon enfants, vous en reprenez pour 45 minutes supplémentaires, attendant mollement que Titi ait fini de tester le laidissime fauteuil oeuf qui tourne, le train en bois, le tableau à craie, avant de passer et repasser indéfiniment dans le petit tunnel dans lequel se pressent ces clients de moins d’un mètre, se bousculant, se mordant, se toisant avec haine et défi (« T’approches j’te pète le nez avec la casserole en balsa »). Ca craint, viens on se casse. « Naaaaaan Ze VEUX des peluuusses. » Fin de l’acte 1. Il s’est écoulé 1h15. Quant à votre panier jaune, il est rempli à ras bord. Passage au sous-sol.

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Oh, des couteaux, on en a toujours besoin !! L’homme prend racine, retrouvant certainement sa condition première de chargé du chopage de Mammouth à mains nus. Il lui FAUT des couteaux ENORMES. NOW. Vous, vous partez flâner au rayon verres. Avec l’enfant. Grosse erreur. Après près de 2h passées à déambuler chez le géant surchauffé à bloc (en vous séparant de vos blousons, il semble que le Zlatan du meuble cherche à vous étourdir, vous faisant oublier, dans ce lieu sans fenêtres, l’heure, l’ailleurs, vos amis, votre vie, votre compte en banque…), Titi passe en mode cocotte, s’effeuillant à grand renfort de cris étranges, jetant dans les délicates pyramides de verres à pied au prix attractifs pull, écharpe, bonnet et même l’applique étoile pour laquelle la fameuse sortie avait été décidée originellement. Vite, suivez les flèches.

Tapis persans et bariolés laissent bientôt place à ces fameux tableaux aux auteurs inconnus (leurs acheteurs espèrent-ils qu’un jour, sur un malentendu, ils prennent de la valeur, ou choisissent-ils en toute innocence leur déco picturale en fonction de la teinte globale et de la dimension de l’oeuvre ? Mystère).

En tous cas, cette fois-ci, c’est décidé. Quitte à être là, vous prendrez une de ces plantes vertes à bas prix qui manque tant à votre intérieur ! En fin de parcours, le rayon végétal a souvent raison de votre patience.

– « Tu préfères quoi ? demandez-vous avec le bâton de batterie interne qu’il vous reste. Yucca ? Palmier ? Ho, ou ce gros binz, là, avec le tronc tressé et les trois feuilles qui pendent ? »

Sllence.

– « Alors, laquelle tu préfères ? »

– « Mmh… comme tu veux. »

– « Bha non, toi comme tu veux, c’est quand même notre salon. »

– « Ah, tu veux la mettre dans le salon ? »

– (gardant votre calme) « Bha ouais, on a déjà parlé 1000 fois, non ? »

– « Mmh… »

– « Bha sinon où ?

Hein ?

Silence

« T’écris des textos ? T’écris à qui ? »

– « Hein ? »

– « Putain mais t’en as rien à foutre de la plante verte ? TITI putain qu’est-ce que tu FOUS laisse ces feuilles !!! »

– « Mais c’est pour toi maman ! Des fleurs, cadeaux !

Putain vous faites chier.

– « Nan mais j’aime pas les plantes vertes e fait, c’est plouc nan ? Epi regarde ce qu’il va lui arriver de toute façon à ta plante. »

Vous vous sentez seule dans cet Eden végétal.

Vous n’aurez jamais de plante verte.

Ni de bougies parfumées, ni de lampe de bureau d’ailleurs car, le géant saumoné ayant décidé de ne rien changer à son parcours fléché en 25 ans, c’est toujours aux mêmes rayons que vous calez, entassant les dessous de plat en liège sans être jamais parvenue à avoir un éclairage digne de ce nom.

Allée 20 rang 8, vous passez prendre votre Mölga brun foncé, que vous avez bien failli confondre avec une Mälm, ce qui n’a rien à voir, vous en conviendrez (hahaha). Un petit passage en caisse et hop, vous serez bientôt débarrassés de cette réjouissante activité en famille qui, pourtant, vous emballe de moins en moins. Titi fait du skate avec vos caddies (oui, vous en avez maintenant deux), éparpillant Åkerkullås, Promenåds, Bervelågs et Ekknes. Quant à votre queue, il semble que, pour changer, vous ayez choisi la pire (des études tendent à prouver que le sentiment d’avoir choisir la file la plus lente dans un supermarché ou au péage soit inhérent à la nature humaine. Mouais.)

Vous parviendrez pourtant à faire biper vos 40 articles (vous le savez, car ce total vous a interdit le passage en caisse rapide 15 objets maximum), dont vous seriez bien en peine de faire l’inventaire.

Quand enfin la caissière annonce le tarif total de votre petite sortie en ZI pour acheter une veilleuse d’enfant chez le roi du design à prix discount, vous n’en croyez pas vos oreilles. 257 euros ! Pour des serviettes en papier ?!!!

Votre mec sourit beaucoup moins. Vous aussi. Quant à Titi, il est bien trop occupé à boulotter son 15ème Dubbla Chokladflarn, les succulents sablés au chocolat vendus dans des boîtes à chaussures sans couvercle (bim dans le sac).

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Dehors, il fait nuit.

Sur la route, des couples pomponnés se pressent vers la capitale pour aller guincher pendant que vous, sales et mal attifés, tentez de rejoindre vos pénates avant le générique de The Voice. C’est clair, il y a des embouteillages.

Vous aimeriez pouvoir sourire à votre concubin histoire de le remercier d’avoir accédé à vos desiderata (« Steuplééé on va chez Ikea attends on va s’éclater on mange un hot-dog à 1 euro [hameçon], on chope la lampe, des serviettes en papier et des bougies et on rentre ! ») mais vous ne pouvez pas.

Entre lui et vous, un carton de 2,50 m tente de se faire une place. Quand vous tournez les yeux, tout ce que vous pouvez lire c’est « Billy« .

Plus tard, vous niquerez un peu plus encore votre capital jeunesse en enfonçant avec cruauté vos paumes dans la célèbre clé Allen fournie par le géant sournois, officiellement persuadé que vous parviendrez avec ce trombone à enfoncer de très longues et épaisses vis cruciformes dans des trous de la taille de celui d’une punaise. Combien de familles éclatées, de divorces urbains, de crimes domestiques sont à imputer à la firme ? Vous vous promettez d’enquêter prochainement rêvant même, grâce à vos investigations, d’accéder à une célébrité bien méritée en faisant reculer, pour la première fois depuis des décennies, les terribles chiffres des séparations hexagonales.

Finalement fière, vous vous dites que si, en cinq ans, la terrible nymphette jaune et bleue n’est pas parvenue à faire vaciller votre couple, c’est qu’il est solide, lui.

Ce qui ne semble pas être le cas du panier en plastique ventousable si pratique qui, pour la troisième fois… BIM !

Première neige vertige en lui comme un manège

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En pyjama Spiderman et bavette en plastoc fatalement fendue en son milieu, il finit sa Danette, écrasant avec un soin professionnel la crème jaune vif sur son mignon visage.

–          « Tu crois qu’il va neiger maman ? »

Vaguement, vous regardez par la fenêtre et vous rendez compte que bha oui tiens, il neige enfin.

–          « Il neige, titi ! », vous dites.

Faisant voler en éclats le fonds du yahourt, il se jette alors sur vous, essuyant au passage son mignon visage, la Danette et le liquide qui s’écoule de la bavette fendue sur votre pull qui sort du pressing. Pas grave, il neige, quoi.

Vous le prenez dans vos bras, il passe les siens autour de votre cou mais ne voit rien, à travers la vitre un peu cracra que vous n’avez pas lavée au liquide bleu depuis une plombe.

Vous ouvrez la fenêtre. Alors, le vent froid vient pincer vos joues rougeaudes ramollies par la chaleur de la cuisine. Les flocons tombent dru, virevoltent, et constellent le ciel noir de ce début de soirée d’hiver. Certains parviennent même à atteindre le garde-corps, s’y collant un instant, laissant apparaître le dessin délicat des cristaux si réguliers que même adulte, alors que vous en avez vus 1000 fois, vous peinez encore à croire en leur véracité tant ils ressemblent aux illustrations des livres d’enfants, ou au logo de l’ESF sur lesquels, de niveau en niveau, s’agrègent les étoiles.

Il se penche dans vos bras. Il veut les toucher, les flocons. Et pourtant, ils fondent si rapidement dans ses doigts qu’il pense qu’ils disparaissent. Et puis ça vous fait peur, qu’il se penche comme ça.

–          Viens, habille-toi ! On descend, on va voir tomber la neige. C’est cadeau !

–          CADEAU !

Pure folie que ce resapage en pyjama à 20h15 un lundi soir, alors que vous attendiez impatiemment d’en avoir fini de la corvée petit-suisse, débarbouillage, pressée de passer des coups de fil, de vous faire à dîner ou de poser enfin vos fesses sur votre canap’. Et pourtant, ce soir-là, et cette pure folie, suspend un instant ce sombre quotidien de début de semaine.

Excité comme pas possible, il saute dans ses baskets qu’il met invariablement à l’envers, enfile sa doudoune avant que vous ne veniez visser de force sur sa petite tête son bonnet de laine grise.

Dans le hall, il sautille, plus joyeux que si vous lui aviez promis le plus incroyable des voyages.

Vous ouvrez la lourde porte de l’immeuble et faites quelques pas alors que la neige tombe à gros flocons, si bien que, tous les deux, vous êtes obligés de baisser la tête, aveuglés par les cristaux glacés. Puis, ensemble toujours, vous levez les yeux vers le tourbillon blanc. Il sourit, et se met à tourner sur lui-même, les bras en croix, poussant alors de petits cris de joie, son bonnet bientôt recouvert de petites boules blanches.

A travers sa vitrine illuminée, le boulanger vous fait un signe. On se croirait dans un conte d’Andersen. Un instant, Titi ambitionne d’aller lui taper un schtroumpf ou une banane mais renonce, bien trop accaparé par cette nouvelle découverte.

Bientôt, il faut rentrer. Secrètement, vous espérez que la neige tiendra et qu’il pourra, le lendemain, la prendre à pleine main, se jeter dedans.

De retour dans la maison chaude, alors que, ensemble toujours, vous retirez en frissonnant vos doudounes, il vous regarde du haut de ses trois ans et vous assène :

–          T’es trop cool.

Puis :

–          T’es vraiment une super maman !

Votre cœur, il pourrait exploser. C’est con, hein ? Tout ça pour trois flocons.

Vous le mettez au lit, lui lisez même deux histoires, ce soir-là, et n’êtes finalement plus si pressée de poser vos fesses sur votre canapé rapé, passer des coups de fil ou vous faire à dîner.

Par la fenêtre de sa chambre, il zieute les flocons alors que se paupières se ferment doucement.

Jouuuur de neiiige dans un grand pull qui me protèèège… Preeemière neige, vertige en moi comme un manège.

Jeunes parents : la fenêtre de tir

BILLET EXCLUANT UNE LECTURE PARENTALE (les miens)

Avant de devenir parents, le sexe faisant partie intégrante de votre couple. Lorsque le cœur vous en disait, vous pouviez décider de vous jeter l’un sur l’autre dans la cuisine, au petit-déjeuner, sur le canapé en plein 13h de Pernaut, sous la douche avant de partir au taf ou dans l’ascenseur en revenant du Monop’. Que dis-je ? Vous n’alliez pas au Monop, hahaha (rire enjoué des sans-soucis) vous étiez bien trop bohème pour ça ! Vous mangiez également lorsque l’envie se faisait sentir, au gré du vent, quelques cacahuètes entre amis après des apéros sur le pouce à n’en plus finir ou un gros tartare dans un bistrot à 2h du mat, après une partie de jambes en l’air impromptue.

Jusqu’au jour où… la petite personne a investi votre quotidien. Subrepticement, en scred et par paliers, l’enfant chéri s’est fait un point d’honneur à détruire avec application votre vie sexuelle. Nourrisson, vous pouviez déposer vite fait le couffin sur le palier de votre chambre, voir jeter un vieux doudou sur les yeux impudiques de bébé lorsqu’une envie vous prenait. Maisla petite personne s’est organisée, méthodiquement. De mois en mois, elle s’est évertuée à dormir de moins en moins, prenant du poids, plannifiant son sommeil avec organisation afin de caler ses naps sur les vôtres, préparant son coup comme à Fox River. Longtemps, vous avez pu niquer de bonne heure (référence !), en matinée (sieste pré-dej), l’après-midi ou le soir après 20h30 (si vous n’aviez pas trop faim). Entre 1 et 2 ans, le guetteur s’est ensuite refusé à vous octroyer votre pause syndicale matinale, instaurant discrètement un harcèlement infantile qui causerait bientôt votre perte. Zeveuxpasfairedodo. Damned. Qu’alliez-vous devenir ? Pas grave, chéri, il nous reste l’après-midi.

Pourtant, Michaël Scolfield allait rapidement trouver de nouvelles portes de sortie, se taouant sur le corps le plan de l’appart au feutre Crayola , entourant en rouge la chambre parentale, son objectif. La fin officielle de la vie sexuelle du couple adviendrait le jour où il scierait avec fierté (pauvres cloches) les barreaux du lit de bébé (snif). Libéré de ses chaînes, l’être créé par feu le couple heureux et épanoui allait alors pouvoir choisir à sa guise le moment où il accourrait dans la lit de ses parents, avec l’ambition certainement inconsciente (ou pas) de l’empêcher de procréer à nouveau, faisant de lui ou elle le petit chéri à jamais.

C’en sera alors fini du petit coup post-taf, du calin Motus, de la sieste crapuleuse et même du lacher-prise post-métro/boulot. Le petit être rôderait alors toujours en silence, se déplaçant avec souplesse sur ses silencieux chaussons-chaussettes Barbapapa, prompt à apparaître à n’importe quel moment (« Vous faites QUOIIIII ? »), manquant parfois de causer la mort violente de ses parents, atterrés par cette visite surprise tant redoutée.

« Putain Chucky s’que tu fous là ? » Vous l’imaginerez alors toujours sauter d’un bond de son lit tel un Gremlins malfaisant, venant tambouriner à votre porte (« Cacaaaaaaa ! Mais vous faites POUAAAAAAA ?!! T’es OU MAMAN ??? »). Bha rien, on essayait de niquer mais c’est pas grave, allons faire caca c’est tellement plus fun (« Pourpoua t’es toute nue ? » « Laisse tomber, va »)…

Sans compter les faibles, ces binômes procréateurs qui accepteront, las, de dormir avec leur progéniture, enterrant à jamais une jeunesse sexuellement active, ressassant de temps en temps leurs coups d’un soir ramenés titubant de L’Enfer, de la Loco ou du Bus, qu’ils idéaliseront à jamais, oubliant l’odeur d’alcool et de sueur, et les collants troués de leur partenaire du moment.

Comment ces couples parviennent-ils alors (et pourquoi, mais c’est une tout autre question) à fabriquer leur second tyran domestique incontinent ? Si l’on fait le compte et puisque toute spontanéité aura alors disparu en même temps que leur libido se sera déployée ou carrément endormie, au choix, les fenêtres de tir se feront rares :

–          Matin : over, à moins de mettre un réveil en vibreur à 5h du mat’ (donc, en cas d’absolue nécessité)

–          Journée : dans tes rêves

–          Soirée : entre 21h et minuit (pour les moins narcoleptiques) -> prévoir de commander à manger car incompatible avec un quelconque épluchage de légumes. Tabler éventuellement sur un plat qui mijote type pot au feu. Eviter absolument le risotto ou les oeufs brouillés.

–          Week-end : idem, voire pire si des largesses horaires ont été octroyées à l’enfant.

Ce qui nous fait donc un total de 7x2h en soirée de fenêtres de tir hebdomadaires si l’on exclut bien évidemment toute sortie, fatigue, gym, maladie infantile ou invitation à dîner chez soi d’amis en soirée, à moins de se sauter dessus une fois le dîner rangé, le lave-vaisselle rempli autant que son ventre bombé… Ouais, on aime ou on n’aime pas.

Fine, que voulez-vous je n’y peux rien mais j’ai une seule question pour vous,  amis parents, POURQUOI EST-CE QUE PERSONNE NE PARLE JAMAIS DE CE FLÉAU ???!!!!!!

Et surtout, comment Charles et Caroline Ingalls sont-ils parvenus à avoir autant d’enfants ?

Jeunes parents devant manège (dés)enchanté ?

Ils tournent de manière régulière, ininterrompue, entêtante, les gosses au manège.

Et vous vous les caillez grave.

Le type las et déconnecté qui semble tenir la caisse depuis trente ans vous a vendu à prix d’or un carnet, parce que, à l’unité, c’était vraiment pas possible, quand même, Titi putain tu te rends compte, 2 euros pour un tour de manège, 14 francs, plus cher qu’un paquet de Chesterfield sérieux – oui maman est vieille. Bref au final vous en avez pris pour 6 tours à 10 euros. Bha ouais, vous allez pas non plus vous faire entuber non mais.

Ca fait vingt minutes que, les mains dans les poches, vous partagez avec vos contemporains d’infortune cette étrange activité de fin de journée au moment où, il y a seulement quelques années, vous vous peletonniez dans un lit contre un corps connu ou inconnu mais chaud, les volets clos, l’esprit libre (comme votre pack BNP). A côté de vous, il y a la présidente des parents d’élève qui connaît tout le monde, gueule sur sa multitude de gamins, se plaint des scooters, des clopes, de la maîtresse qu’est tout le temps malade ou de la kermesse qui tombe pile le même jour que le vide-grenier non mais vous vous rendez compte. Il y a aussi les papas tout seuls qui, s’ils ne textotent (sextotent ?) pas avec frénésie, jettent des coups d’oeils (oui on dit des coups d’oeils, pas la peine de vérifier) de prédateurs pour prouver que de ce côté-là, ils ont beau changer des couches pleines de caca et se trimballer un lapin en peluche dans leur casque de bad boy, ils existent encore. De couples, il y en a peu. Bha oui, on se répartit les tâches. Des trenchs et des perfectos, il y en a plein. Bha oui, on est tous sapés pareil, comme à l’époque du lycée. Ca nous rassure.

Les gosses, eux, se répartissent aussi les rôles. La timide cramponnée à son volant, écharpe écossaise, bouclettes désordonnées, sosie miniature de sa mère, se concentre à fond sur « la route ». Voitures, trains, décapotables … Les cools prennent place dans les moyens de transport classiques, avant de se bastonner pour savoir qui klaxonnera le premier. Les plus courageux font la fierté de leurs papas en tentant un avion, un vaisseau spatial, un hélicoptère, bref un truc qui vole. Les marginaux posent leurs petits séants  sur des tasses, des carrosses sans roues, des soucoupes rondes mais pas volantes… C’est n’importe quoi, franchement. T’inquiète, ça lui passera, s’excusent presque les mamans.

Et hop, tournez manège ! Le type de la cabine croit alors judicieux de lancer une bonne musique de supermarché assourdissante, ajoutant au concert ininterrompu des klaxons des véhicules dont les enfants ont trouvé avec un bonheur indescriptible le bouton, un peu plus de nuisance sonore pour les spectateurs de ce numéro cent fois observé. Et que je monte, et que je descends, et que je remon-ah non redescends bip bip biiiiiiip tuuuut tuuut MAMAAAAANNNN !!! Bha oui y’en a toujours un qui se met à pleurer, provoquant honte et affolement chez son accompagnateur démuni. IL PLEUUURE ! Mais je comprends pas d’habitude il n’a JAMAIS peur pourtant ! (je vous jure, votre honneur !) Le public s’emballe peu à peu « ASSIEDS-TOI !!! NON NON NON ! TU GARDES TES MAINS SUR LE VOLANT !!! », ça gueule, ça se crée chaque fois les mêmes petites frayeurs, ça se donne en spectacle sans retenue. C’est le Guignol des grands, ça marche à chaque fois. Tournicoti tournicotons.

Et le vôtre qui vit l’aprem de sa life. Un tour, deux tours, maman je veux la moto, encore la moto, et encore la moto. T’es sûr mon chéri que tu vas pas regretter d’avoir fait que la moto ? C’est le dernier, hein ? Oui DERNIER ! Et l’hélicoptère maman ! On avait dit le dernier ! Oui oui mais juste encore dernier ! (logique implacable).

Le froid, le bruit, les lumières criardes, les peintures pailletées de ce vieux manège pas très secure, le Grazia que vous n’avez même pas réussi à ouvrir du week-end, Stade 2 que vous n’avez pas maté depuis quatre ans, votre meilleure copine qui raccroche au bout de 2 minutes parce que sa troisième manque de s’électrocuter avec l’épilateur et vos cheveux qui font éternellement la gueule, what else ?

Il repart dans son hélico, dont il découvre le levier qui le fait s’envoler.

Et puis vous le regardez, souriant de toutes ses dents minuscules, heureux comme c’est pas permis, fier si fier de faire « coucou maman ! » quand il vous trouve, une fois sur trois, alors que vous n’avez pas bougé d’un poil. Et vous aussi, vous faites « coucou ! », carrément enthousiasmée par cette petite personne, la seule à pouvoir vous faire marrer en vous collant une crotte de nez sur une robe neuve.

La nuit tombe, on est dimanche soir, les cafés ferment, il fait froid et pourtant, faut bien l’avouer, vous kiffez vraiment pas mal ce moment devant le manège enchanté.