« Moi parent, je ne ferai plus… »

Devenir parent, c’est merveilleux. On découvre l’amour inconditionnel, on s’esclaffe devant des blagounettes zozottées qui ne font rire que nous, on est couvert de bisous emmiettés, on se fait offrir des chouquettes à la boulangerie en poussant son enfant au pire des tapinages, on redécouvre les joies de la pâte à sel, des Playmobil et du multi-visionnage du même DVD (Némo, Cars ou Barbapapa) dont on finit par connaître les dialogues par coeur (« Han, et quand Barbouille il fait a Barbabelle… » : au boulot, la star de la machine a café, c’est nous !), et puis l’on acquiert un statut, on devient « quelqu’un », on est « Le Papa » ou « La Maman de Titi ». Mouais, c’est vrai, c’est top. Mais, amis célibataires ou concubins de longue date qui rongez votre frein en attendant désespérément que votre Keum vous demande en épousailles avant de vous engrosser pour que, vous aussi, puissiez boire de la Ricorée en famille au soleil le dimanche matin, je me dois de vous mettre en garde, voire même de vous pousser à reconsidérer l’urgence de votre envie frénétique de changement de vie, car il est des plaisirs orgasmiques qu’il vous faudra abandonner à tout JAMAIS lorsque le nain aura investi votre quotidien.

Quand aux autres, ceux qui ont déjà mis la Stan Smith dans l’engrenage, pleurez maintenant. Meuuuh, s’qu’elle dit, celle-là ? Listen to me, et on en reparle en fin d’article.

1/ Moi, parent, je ne lirai plus

Adieu matinées bénies où vous pouviez vous prélasser, un bon roman calé sur l’oreiller, passionné par l’intrigue haletante, sirotant sereinement un thé bien chaud posé n’importe où, sans peur de l’accident domestique. Allez hop faignasse, il est 7h, on bouge ses grosses fesses et on va se les cailler sur le carrelage de la cuisine à regarder, l’oeil torve, le biberon tourner dans le micro-ondes. Vachement plus cool, non ?

2/ Moi parent, je ne niquerai plus

J’exagère, disons je ne niquerai plus quand j’en ai envie. Non, je serai soumis aux rares créneaux que le mini-squatteur omni-présent aura bien voulu nous laisser dispos dans nos emplois du temps de ministre : « T’es dispo demain, entre 5h et 6h du matin ? Nan, bon bha on essaye de se croiser dimanche a l’heure de la sieste ? ». Nan mais sérieux levons le tabou, j’ai enfin compris pourquoi certaines mères deviennent hystériques avec le divin sommeil de leur rejeton, soufflant, écarlates, des CCccchuuuuuuut IL DORT comme si un serial killer se trouvait derrière la porte. En fait, c’est surtout leur pause syndicale à laquelle elles tiennent tant.

3/ Moi parent je ne mangerai plus de trucs compliqués

Non non, moi parent, en particulier d’enfant en très bas âge, j’appendrai a manger vite, froid, et de préférence d’une main, parce que l’autre me servira a couper des morceaux de poisson pané dans une assiette en plastique Barbapapa pendant qu’on renverse des verres d’eau tiède dans la mienne. Non je ne maigrira néanmoins pas car, à bout de nerfs et soumis aux fringales, j’engouffrerai par la suite et en dehors des repas une multitude de de confiseries diverses pour compenser.

4/ Moi parent je ne boirai plus

Enfin, avec modération, quoi, un peu comme tout. Gna gna gna. Il suffit de tenter une ou deux fois la compatibilité du programme : mélanges d’alcool+ coucher 5h avec carrelage cuisine/chauffage lait à 7h + courses au Monop + parc+ brunch familial pour se muer naturellement, mais avec du dégoût pour soi-même, en ces fameuses et abjectes personnes qui, à 1 h çà peine, disent : « j’vais y aller, hein, chus crevé, épi demain avec le p’tit, ‘fin tu sais… », suivi d’un clin d’oeil complice a l’hôte soûlé. Moi parent, je deviendrai rabaj.

5/ Moi parent je j’irai plus au cinéma

Ou plutôt si, j’irai tous les trois mois, en mode « sortie de l’année », apres avoir checké auprès de proches, de nombreux médias, blogs et forums, le bien-fondé du choix du film, puis réservé mes places à l’avance en payant 1 euro de frais de dossier pour être sûr de pas me faire recaler à la séance parce que j’ai pris une baby-sitter bookée une semaine à l’avance pour le grand événement. Moi parent, je débourserai pour cette modeste « sortie » 10×2 (places ciné) + 25×2 (p’tit restau, soyons pas rat) + 4×8 (nounou) = 102 euros (104 avec mles frais de dossier). Moi parent je trouve que la VOD et même les locs payantes sur iTunes c’est pas reuch en fait.

6/ Moi parent je ne prendrai plus d’apéro improvisés

Non, quand on m’envoie un texto a 19h pour me demander si ça me dirait de me la coller à la Palette en terrasse et que bha grave, eh bien moi parent je saurai que je n’ai d’autre choix que celui de rentrer car je n’ai pas prévu de baby, puisque cette proposition est imprévu. CQFD. Moi parent je m’enverrai une bière en scred’, seule, sur les carreaux froids de ma cuisine.

7/ Moi parent je ne fumerai plus dans mon salon

Non, j’enfilerai, l’hiver, doudoune et bottes fourrées avant de m’agripper au pan de la fenêtre, tentant désespérément de détourner le courant naturel de la fumée de ma clope qui, comme par hasard, se dirigera exprès vers la jeune personne aux poumons moletonnés. Quant à mes amis célibataires, ils préfèreront se la coller a la Palette plutôt que d’avoir a subir le même sort. Moi parent je serai un Inuit en appart.

8/ Moi parent je ne ferai plus de shopping le week-end

Sauf si l’on considère que choisir entre une guimauve et une gaufre au sucre glace s’apparente a un choix esthétique tel qu’on puisse appeler ça du shopping, je laisserai effectivement tomber les queues aux cabines d’essayage, les heures à essayer des ombres a paupière dans l’étuve réconfortante d’un Sephora et même, pire, je ne foutrai  plus jamais un doigt de pied (non manucuré, of course) dans un magasin de déco (je touche, je casse, je paye)…

9/ Moi parent je ne dormirai plus

Et je comprendrai enfin pourquoi mes propres parents étaient toujours « crevés », tenant le sommeil en haute estime, interdisant à tout individu âgé de plus de 3 ans de faire le moindre bruit de respiration avant 9h (grasse mat’ !!). Simplement parce que mes parents, comme moi, n’avaient pas dormi depuis 1000 jours. Les pauvres…

Alors, amis celibs et autres couples sans enfants, sachez que, comme dirait l’inspirateur de cette longue et redondante tirade, rien n’est « normal », ou plutôt pareil quand on est parent puisque les conditions sont exceptionnelles. La fonction de parent est une fonction exceptionnelle, qu’il convient d’assumer, bien entendu, avec tout le respect qui lui est dû. Votre quotidien traversera une crise majeure, en tous cas pour votre premier mandat. Alors, avant d’abandonner toutes les libertés offertes au citoyen lambda, et d’endosser l’habit officiel de « parent de la République », kiffez bien. Les autres, bons quinquennats (doubles voir triples), et si ce papier vous a plu, votez pour lui !

Le Top 20 (subjectif) des biscuits des eighties

Ce sujet vous semble d’une futilité sans nom ? C’est le cas. Mais étant en vacances à l’autre bout du monde, je n’ai accès à aucune de mes émissions de télé-réalité préférées pour vous les débriefer, et les conversations entre trentenaires avancés vont bon train, notamment lorsqu’elles tournent autour de la nourriture, comme c’est souvent le cas lorsqu’on lève le pied côté boulot, et que les journées sont rythmées par la préparation des repas et les réclamations pâtissières des enfants. Alors, les madeleines de Proust resurgissent au soleil… Ou plutôt les chokinis, granolas et autres pailles d’or, qui ont donné lieu à un débat agité autour de leur légitimité, leur histoire, leur typologie sociale et leur statut actuel (has-been, en come-back, éligible à « Encore une chance » ou inscrit pour l’éternité au patrimoine du goûter). Voici donc notre Top 20 totalement subjectif des biscuits génération X. Si nous en avons oublié, ou si vous avez des réclamations quant à ce palmarès, n’hésitez pas à nous le faire savoir.

1/ Les Petits coeurs nature 

Lovés dans leur petite boîte au packaging ocre, ces biscuits en forme de coeur agrémentés de sucre en leur centre se mangeaient en une bouchée. Un peu chers pour la quantité proposée, les Petits coeurs s’adressaient plutôt à une tranche aisée de la population et furent représentés dans des spots kitchs par Richard Anconina et Michel Boujenah, stars montantes de l’époque eux aussi. Plus tard, on a pu trouver des petits coeurs au chocolat, hérésie pour les puristes. Aujourd’hui, il est impossible de se procurer l’ex-idole du Felix Potin, et un groupe Facebook a même été créé, réclamant leur réintégration dans les rayons, en lieu et place des saugrenus « choco-crocks ».

2/ Les Choco BN

Biscuit le plus populaire des années 80, le Choco BN avait l’avantage d’être calant, bon marché et facile à transporter dans sa solide boîte format « balles de tennis » rembourrée de carton ondulé. Très prisé des colonies de vacances et autres centres aérés, le Choco BN a su également toucher les milieux bourgeois (c’est un peu le Johnny du biscuit, si l’on veut). Les excentriques se targuaient de le consommer en version fraise ou vanille, mais boulottaient le mythique choco sitôt la cour de récréé passée. Dans les années 90, les Choco BN ont vu leur vente baiser, la faute à Prince le copieur, venu grignoter des parts de marché. Aujourd’hui, le Choco BN s’est vu affubler d’un grotesque sourire, un peu comme si on avait mis des lunettes de soleil à la Statue de la Liberté, quoi. Pfft.

3/ Les Pepito 

Le Pépito se consomme traditionnellement au chocolat noir (emballage blanc et rouge). Empaqueté dans un misérable papier plastifié, le pépito faisait alors figure de biscuit du pauvre, à l’instar du Choco BN. De façon de plus en plus insistante, on lui a associé le gringo mexicain à sombrero bariolé (« Hay, pepito ! ») et offert une boîte en carton ainsi qu’un double emballage intérieur (comme ce sera paradoxalement le cas pour de nombreux biscuits à l’heure du recyclage à gogo).

4/ Les Finger

Comme tout ce qui est anglais, le Finger est un peu snob. Contrairement aux Pepitos, ils se consomment au chocolat au lait. La boîte contenait 16 de ces biscuits (24 aujourd’hui), dont le fabricant recommandait d’en manger 4 pour une portion normale (!), dose impossible à respecter, rendant la consommation de ces biscuits extrêmement coûteuse. Malgré tout, l’apparition, plus tard, de Finger version plus longue, est considéré par beaucoup comme un crime de lèse-majesté.

5/ Les Granola

Considérés par beaucoup comme des sous-Pépito (voir le groupe Facebook « Les granolas défient les pépitos »), les Granola se sont fait, doucement mais sûrement, une place de choix dans le paysage biscuitier français. Mélange de farine complète de blé, de gluten et de soja, leur biscuit, plus difficile d’accès, a pu rendre sceptiques nombre de trentenaires devenus finalement grands fans aujourd’hui qu’ils acceptent de manger même des huitres et des rognons. De nos jours, il semble que le biscuit dont on promet de n’en manger qu’un ait mis au tapis son équivalent mexicain, en tous cas chez les plus de 30 ans. Le biscuit a même son blog.

6/ Les Mikado

Les Mikado sont considérés par beaucoup comme des biscuits de fillettes, pour qui en manger, c’est un peu comme fumer des Vogue. En gros, si on a faim, mieux vaut se rabattre sur autre chose. En revanche, ces ludiques pailles habilement trempées dans le chocolat noir (non, on ne le mange ni au chocolat au lait, ni, et encore moins, au lait noisette) pour qu’on puisse les boulotter sans se salir les doigts pouvaient aussi servir, soit-disant, à jouer au jeu éponyme. Au risque d’en vexer certains, on peut dire que le Mikado est plutôt estampillé biscuit de fille.

7/ Les Pailles d’or

Pour le coup, la Paille d’or a une place à part dans la grande famille du biscuit : assimilé fille, voire même fille du 16e, la Paille d’or fut un des premiers à être packagé dans 3 petits pochons transportable (dans un petit sac à main Barbie, par exemple). En plus d’être peu calant et de forme étrange, la Paille d’or est à la framboise. Biscuit chelou et snob, bien que très appréciable ponctuellement.

8/ Les Petits écoliers

Arrivés un peu plus tard que les autres, les Petits Ecoliers ont rapidement réussi à truster les Tann’s français. Consommés au chocolat au lait (eh oui, la biscuiterie, c’est comme la grammaire française, plein de chausse-trappes et totalement illogique), les Petits écoliers ne sont effectivement « vraiment que pour les enfants« , car peu d’entre nous s’en achètent encore aujourd’hui, meme pour un long trajet en voiture.

9/ Les Quattro

Les Quattro sont des biscuits pour ogres, skieurs ou boudeurs de cantine. Peu connus, ils sont cependant très apprécies des connaisseurs, friands de l’épaisse couche de ganache aux noisettes enfermée entre deux gaufrettes, rappelant le goût inimitable du mythique Nutella (qu’il est inacceptable, rappelons-le au passage, de remplacer par une autre marque type pastella ou chocotella !)

10/ Les Pim’s

Encore un biscuit étrange pour personnes tout aussi peu conventionnelles, le Pim’s s’achète à l’orange (le parfum fraise est un non-sens absolu). Son succès tient certainement à la superposition de textures différentes (comme on dit maintenant dans Top Chef) : le moelleux du biscuit éponge au sous-sol, la marmelade gélifiée au centre et la fine couche de chocolat craquant au sommet. Les amateurs de Pim’s sont peu nombreux mais se reconnaissent entre eux, et éprouvent rapidement un sentiment d’appartenance à un groupe commun.

11/ Les Délichoc

Prononcé « Delice choc » par les enfants de l’époque, ces biscuits ont connu une gloire fulgurante, notamment en version chocolat noir. Impression ou réalité, il semble que ce qui fit le bonheur des eightisiens (large plaquette de chocolat noir agrémentée d’épais cristaux de sucre croustillants, laquelle plaquette dépassait assez du biscuits sur toutes ses arêtes pour que l’on puisse grignotter tous les bords avant d’attaquer le biscuit… ou pas d’ailleurs, pour les plus riches, qui laissaient de côté le centre) ait été rogné avec les années. Selon certains, le nombre de cristaux a été peu à peu diminué, tout comme la taille de la tablette de choc, désormais grignotable uniquement sur deux côtés. A vérifier avec le fabricant…

12/ Les Zanimo

Protégés par une petite boite de la taille de celle des Petits coeur, les Zanimo provoquèrent la colère de nombre de maîtresses d’ecole et de mères (dont la mienne) pour l’orthographe de leur nom, réduidisant a néant les efforts d’apprentissage orthographique de notre langue. Petits biscuits tendres couverts de chocolat (au lait, pour le coup), les Zanimo, un chouia petits, ont été relayés par leur équivalent format XXL, les Dinosaurus.

13/ Les Hello de Lou

Le cookie fit son apparition relativement tard, en France, notamment dans les rayons des supermarchés. C’est pourquoi l’arrivée des « Hello » fit l’effet d’une bombe, comme la jolie suédoise qui squatta les spots et films de l’époque, qui laissa un souvenir impérissable aux papas qui se jetèrent sur la boite de cookies, émus par cet accent craquant lorsqu’elle disait « Hello de Lou ! » « non, de Lu » « de Lou… »

14/ Les Palmito

Peu excitants, les Palmito avaient et ont encore leur fan club, sorte de niche du biscuit, notamment parmi les amateurs de palmiers a la boulangerie (fait tout aussi rare lorsqu’on peut choisir parmi croissants, pains au chocolat, chouquettes ou chaussons aux pommes). Nous respectons néanmoins cette communauté, pour avoir des amis parmi eux.

15/ Les barquettes

Les barquettes ont traversé les ans, car elles demeurent parmi les biscuits les plus populaires aujourd’hui encore, certainement parce qu’elles sont au fruit et non au chocolat, considéré de nos jours comme l’ennemi numéro un des jeunes enfants. Devenues « barquettes trois chatons » (un peu ridicule et infantilisant, quand même), les barquettes avaient ce côté ludique dû à leur forme de bateau qu’on pouvait éventuellement faire flotter sur du lait. A consommer en version fraise ou éventuellement abricot.

16/ Les Chokini

Comme tout biscuit contenant de l’orange et du chocolat, le chokini ne s’adresse pas à tout le monde. Sorte de cookie chic en forme de langue de chat et parfumé à la fleur d’oranger, le Chokini fait partie d’une gamme old school achetée aujourd’hui encore par les trentenaires, assumant davantage s’exhiber une élégante boite de croissants de lune sur leur bureau plutôt qu’un mastoque sachet de madeleines.

17/ Les Bastogne

Il fallait en avoir pour consommer (et l’avouer) des bastognes. Marginal dans la grande famille du biscuit, le Bastogne est parfumé à la cannelle, ce qui peut le rendre inenvisageable pour la plupart d’entre nous. Le cauchemar ? Se retrouver en week-end dans une famille Bastogne (vécu)… Aujourd’hui, les trentenaires adooorent ce frère français du speculos, qu’ils écrasent allègrement pour en faire d’originaux tiramisus qu’ils présentent fièrement à leurs compagnons d’infortune (leurs invités à leurs dîners de trentenaires).

18/ Les Chamonix

Comme pour les Bastogne, il y avait eux qui adoraient les Chamonix, et les autres. De plus, la prononciation du biscuit entraînait l’éternel débat Chamoni/Chamonix (comme Avoria/Avoriaz). Les consommateurs de cet étrange met amer à l’orange avaient une image de vieux avant l’heure, limite veste de cuir vieillie col de fourrure, paradant en calèche dans la célèbre station de ski. A assumer, quoi.

19/ Les Figolu

C’étaient à peu près les mêmes familles qui consommaient des Chamonix et des Figolu. Car quoi de pire qu’un biscuit à l’orange ? Un biscuit à la figue, plutôt prisé des mamans certainement désireuses d’améliorer leur transit, et finit par des ados morts de faims raclant les fonds de placards.

20/ Les Schoks

Sorte de « faux Finger », le Schok, superposition de gaufrettes entourées de chocolat noir, avait davantage sa place dans les assortiments de biscuits peu populaires. Pourtant, certains les aimaient malgré tout, les achetant par boîtes entières, et repeignant du même coup les murs et canapés de la maison.

Pourquoi les vieux jeunes parents arrivent-ils en retard (hirsutes et sales) au boulot ?

Ca n’est un mystère pour personne, lorsqu’un trentenaire devient parent, les ennuis commencent, pour lui comme pour son employeur. Enfant malade, vacances scolaires, rendez-vous chez le pédiatre et autres gastros viendront enrayer la belle machine de la win patiemment mise en place par l’entreprise et le salarié depuis des années.

Oui, vous avez remarqué que dans votre boîte, les mères (et pères, mais c’est plus rare) arrivent invariablement plus tard, mais aussi plus débraillés que les autres… Qu’a-t-il bien pu leur arriver pour qu’ils terminent dans un tel état ? Quelle bataille ont-ils bien pu mener ? Ne pourraient-ils avancer leur réveil afin de se caler sur les horaires des autres ? Laissez-moi lever le voile sur un tabou millénaire…

Tout d’abord, n’allez pas croire que le parent se la coule douce. Sachez-le, il se lève à…

6h15. Parfois, il a même dû prendre son service de nuit auprès de l’enfant, décidé, pour une raison qui peut rester mystérieuse à jamais, à éclater en sanglots sonores toutes les heures, avec la précision d’un métronome (voici l’une des raisons pour lesquelles votre pimpante collègue semble avoir pris dix ans en quelques mois. Non, ça n’est pas l’accouchement, c’est l’après qui l’a transformée…)

A 6h30, donc, l’enfant, qui n’a aucune notion temporelle, est dans une forme olympique et souhaite naturellement petit-déjeuner IMMEDIATEMENT, après avoir allumé toutes les lampes de la maison. Afin de somnoler encore quelques précieuses minutes, le parent, contre les avis des Pernoud et autres « Tout se joue avant 6 ans » (la bible des mamans dites « concernées » par leur progéniture), emmène l’enfant, son biberon et sa tartine friable dans le lit conjugal. Lorsque le parent est bien hardcore, il met également à la disposition de l’enfant un iPad (ou Netbook selon la typologie familiale) et colle ledit enfant devant Oui-Oui, Sam-Sam ou Barbapapa (n’importe quel truc qui double les syllabes, en fait), et sombre à nouveau après avoir tenté de suivre les aventures passionnantes de ces personnages bruyants, l’oeil torve.
Réveillé par un passage à tabac en règle (gifles, doigts dans le nez ou gressin dans les oreilles), le parent a alors l’abominable bien que récurrente surprise de découvrir le pouvoir de nuisance de la minuscule personne qu’il a enfantée. Les miettes de la tartine se seront déposées jusqu’au fond du lit, collées parfois à l’aide du miel ou de la confiture qui l’agrémentaient, lesquels seront également venus badigeonner l’écran du bel et coûteux outil high-tech généreusement prêté à l’enfant par l’établissement.

7h. L’enfant a déféqué, et en rit… Une odeur nauséabonde vient alors envahir la chambre parentale qui, lorsqu’elle sera devenue insupportable, parvenant à traverser la couette sous laquelle se sera réfugié le parent exténué, le poussera bon gré mal gré à aller changer l’enfant. La sale besogne effectuée, le parent jette l’objet du délit, hermétiquement enfermé dans un coûteux « sac à couche » malodorant, dans la poubelle. Il en profite alors pour habiller partiellement l’enfant (qui continuera à le frapper, cette fois-ci avec ses pieds), pensant alors en avoir fini.

7h30 Le parent part se doucher, conquérant. Quant à l’enfant, incapable de s’amuser seul, il rejoint également la salle de bain où il tentera successivement de boire de l’après-shampoing, de se couper les doigts de pied, de se mettre du rouge à lèvre, dont il finira pas casser le coûteux bâton après l’avoir utilisé pour dessiner sur les miroirs, et terminera éventuellement mouillé, dans les pires jours, après avoir tenté de rentrer par effraction dans la douche. Dans ce cas extrême, il faudra réitérer la tâche précédente.

8h Le parent tente de se rendre présentable pour ses collègues, mais cet objectif sera le plus souvent vain, car l’enfant rendra cette mission quasi impossible, comme dans une épreuve de Top Chef quand les invités tentent de déconcentrer les candidats. L’enfant gémit, casse des jouets qu’il faut réparer minute, tente de mettre les doigts dans la prise, fait éventuellement à nouveau caca, ceci jusqu’à ce que le parent abandonne toute velléité de coquetterie, enfilant un jean impersonnel et une chemise propre, attachant ses cheveux à la va-vite, se disant que c’est déjà pas si mal (plus tard, lorsque son couple sera en péril, le parent n’aura d’autre solution que de faire appel à Christina Cordula : « Ma il faut preeendre du temps pour touaaa ma chairiiie ! »).

8h30 Le parent pense alors pouvoir partir mais, comme pour les travaux, ce sont les finitions les plus longues. Il rampe alors longuement sous les meubles – remplis de moutons de poussière agglomérés autour de legos ou petites pièces Playmobil que l’enfant est ravi de retrouver, lesquels moutons viendront naturellement se coller au jean impersonnel et feu la chemise propre du parent – pour retrouver les chaussures de l’enfant, puis les siennes (elles-mêmes remplies de divers objets type pièces, crayons ou nourriture), et finit même souvent par affubler sa progéniture de chaussettes dépareillées (on ne se refait pas). L’hiver ajoutera une dizaine de minutes à cette épreuve coup de feu (écharpe, gants et bonnets obligent).

8h45 Le parent et son enfant en poussette engagent une course contre la montre, slalomant comme ils peuvent entre les passants tranquilles, ceux qui se sont levés à 8h et, tirés à quatre épingles, paradent fièrement en talons de 15 et brushings longoriens. Lorsque la pluie vient corser l’épreuve, certains sont alors tentés d’abandonner comme dans Koh-Lanta (« Mais non, Denis, je tiendrai bon, c’est l’aventure de ma vie ! ») Arrivé au seuil de la crèche, le parent trempé entre à ce moment précis dans un environnement stérile chauffé à 22° C, ce qui ne manquera pas de gonfler son cheveu déjà frisottant, et d’entraîner sur lui une suée extrême effaçant tout souvenir de sa douche matinale. En extrayant l’enfant de sa poussette, le parent aura la déasgréable surprise de se voir déverser du vomi sur l’épaule ou, selon l’âge, essuyer du biscuit sur son fameux jean impersonnel.

8h50 Déshabillage de l’enfant chouinant, mettage de chaussons contre son gré, lançage des chaussons, remettage des chaussons, regards compatissants ou accusateurs des autres parents… Viiiite, la clepsydre, le temps presse ! Humiliation supplémentaire, le parent devra enfiler sur ses chaussures trempées de petites charlottes pastel (c’est la mode !) ou fluos en vieux tissus éponge, rendant son apparence encore plus grotesque. Vous avez du mal à visualiser je le sens, allez, crevons l’abcès et rendons publiques ces images, les sans enfants ont le droit de savoir ce qui les attend. Tadaaam, en exclusivité mondiale, les chaussures de la crèche :

Chargé de l’enfant, le parent court alors afin de ne pas se faire griller sa place par un parent loquace (souvent mère au foyer désoeuvrée ou grand-mère en manque d’amis ravies d’évoquer le fameux caca de l’enfant avec une puéricultrice diplômée qui aura oublié toutes les mises en garde sitôt la mégère partie).

8h55 Les sanglots déchirants de l’enfant résonnant encore dans sa tête, le parent sort de la fournaise pour subir à nouveau l’outrage météorologique sur sa chevelure ayant perdu tout aspect humain. Plongé dans la fournaise métropolitaine cette fois-ci (on congèle-on décongèle-on recongèle… très mauvais pour la santé !), coincé entre deux stations, porté par une nuée de passagers exécrables, les pieds ne touchant plus le sol ou encore coincé derrière un camion dans sa voiture affublée d’un sticker indécollable gracieusement offert par la fourrière de sa ville, le parent ajoutera une bonne trentaine de minutes à son parcours du combattant pour atteindre la ligne d’arrivée, passée par ses collègues sans enfants depuis une bonne heure pour certains.

9h30 C’est ainsi que votre ancienne collègue pimpante qui « n’en voulait » arrive hirsute, rougeaude, défaite, le jean couvert de miettes, le sac rempli de vieux ours en peluche, culottes ou autres objets cocasses déposés par son enfant ravi de trouver un seau en cuir (sic) dans son salon pour y entreposer des affaires personnelles. Honteux, le parent fera son entrée les yeux baissés, fatigué par ces 3 heures de contre la montre, coiffé au poteau par de jeunes requins empli d’un sommeil réparateur, jusqu’à ce que l’une d’entre elles vienne le voir,  toute guillerette, bouffie d’orgueil, épanouie comme une enfant avant Noël, pour lui annoncer la bonne nouvelle… « Je suis enceinte ! ».

Ah ouais ? Mais euh… t’es sûre de toi ?