Jeunes parents : la fenêtre de tir

BILLET EXCLUANT UNE LECTURE PARENTALE (les miens)

Avant de devenir parents, le sexe faisant partie intégrante de votre couple. Lorsque le cœur vous en disait, vous pouviez décider de vous jeter l’un sur l’autre dans la cuisine, au petit-déjeuner, sur le canapé en plein 13h de Pernaut, sous la douche avant de partir au taf ou dans l’ascenseur en revenant du Monop’. Que dis-je ? Vous n’alliez pas au Monop, hahaha (rire enjoué des sans-soucis) vous étiez bien trop bohème pour ça ! Vous mangiez également lorsque l’envie se faisait sentir, au gré du vent, quelques cacahuètes entre amis après des apéros sur le pouce à n’en plus finir ou un gros tartare dans un bistrot à 2h du mat, après une partie de jambes en l’air impromptue.

Jusqu’au jour où… la petite personne a investi votre quotidien. Subrepticement, en scred et par paliers, l’enfant chéri s’est fait un point d’honneur à détruire avec application votre vie sexuelle. Nourrisson, vous pouviez déposer vite fait le couffin sur le palier de votre chambre, voir jeter un vieux doudou sur les yeux impudiques de bébé lorsqu’une envie vous prenait. Maisla petite personne s’est organisée, méthodiquement. De mois en mois, elle s’est évertuée à dormir de moins en moins, prenant du poids, plannifiant son sommeil avec organisation afin de caler ses naps sur les vôtres, préparant son coup comme à Fox River. Longtemps, vous avez pu niquer de bonne heure (référence !), en matinée (sieste pré-dej), l’après-midi ou le soir après 20h30 (si vous n’aviez pas trop faim). Entre 1 et 2 ans, le guetteur s’est ensuite refusé à vous octroyer votre pause syndicale matinale, instaurant discrètement un harcèlement infantile qui causerait bientôt votre perte. Zeveuxpasfairedodo. Damned. Qu’alliez-vous devenir ? Pas grave, chéri, il nous reste l’après-midi.

Pourtant, Michaël Scolfield allait rapidement trouver de nouvelles portes de sortie, se taouant sur le corps le plan de l’appart au feutre Crayola , entourant en rouge la chambre parentale, son objectif. La fin officielle de la vie sexuelle du couple adviendrait le jour où il scierait avec fierté (pauvres cloches) les barreaux du lit de bébé (snif). Libéré de ses chaînes, l’être créé par feu le couple heureux et épanoui allait alors pouvoir choisir à sa guise le moment où il accourrait dans la lit de ses parents, avec l’ambition certainement inconsciente (ou pas) de l’empêcher de procréer à nouveau, faisant de lui ou elle le petit chéri à jamais.

C’en sera alors fini du petit coup post-taf, du calin Motus, de la sieste crapuleuse et même du lacher-prise post-métro/boulot. Le petit être rôderait alors toujours en silence, se déplaçant avec souplesse sur ses silencieux chaussons-chaussettes Barbapapa, prompt à apparaître à n’importe quel moment (« Vous faites QUOIIIII ? »), manquant parfois de causer la mort violente de ses parents, atterrés par cette visite surprise tant redoutée.

« Putain Chucky s’que tu fous là ? » Vous l’imaginerez alors toujours sauter d’un bond de son lit tel un Gremlins malfaisant, venant tambouriner à votre porte (« Cacaaaaaaa ! Mais vous faites POUAAAAAAA ?!! T’es OU MAMAN ??? »). Bha rien, on essayait de niquer mais c’est pas grave, allons faire caca c’est tellement plus fun (« Pourpoua t’es toute nue ? » « Laisse tomber, va »)…

Sans compter les faibles, ces binômes procréateurs qui accepteront, las, de dormir avec leur progéniture, enterrant à jamais une jeunesse sexuellement active, ressassant de temps en temps leurs coups d’un soir ramenés titubant de L’Enfer, de la Loco ou du Bus, qu’ils idéaliseront à jamais, oubliant l’odeur d’alcool et de sueur, et les collants troués de leur partenaire du moment.

Comment ces couples parviennent-ils alors (et pourquoi, mais c’est une tout autre question) à fabriquer leur second tyran domestique incontinent ? Si l’on fait le compte et puisque toute spontanéité aura alors disparu en même temps que leur libido se sera déployée ou carrément endormie, au choix, les fenêtres de tir se feront rares :

–          Matin : over, à moins de mettre un réveil en vibreur à 5h du mat’ (donc, en cas d’absolue nécessité)

–          Journée : dans tes rêves

–          Soirée : entre 21h et minuit (pour les moins narcoleptiques) -> prévoir de commander à manger car incompatible avec un quelconque épluchage de légumes. Tabler éventuellement sur un plat qui mijote type pot au feu. Eviter absolument le risotto ou les oeufs brouillés.

–          Week-end : idem, voire pire si des largesses horaires ont été octroyées à l’enfant.

Ce qui nous fait donc un total de 7x2h en soirée de fenêtres de tir hebdomadaires si l’on exclut bien évidemment toute sortie, fatigue, gym, maladie infantile ou invitation à dîner chez soi d’amis en soirée, à moins de se sauter dessus une fois le dîner rangé, le lave-vaisselle rempli autant que son ventre bombé… Ouais, on aime ou on n’aime pas.

Fine, que voulez-vous je n’y peux rien mais j’ai une seule question pour vous,  amis parents, POURQUOI EST-CE QUE PERSONNE NE PARLE JAMAIS DE CE FLÉAU ???!!!!!!

Et surtout, comment Charles et Caroline Ingalls sont-ils parvenus à avoir autant d’enfants ?

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Jeunes parents devant manège (dés)enchanté ?

Ils tournent de manière régulière, ininterrompue, entêtante, les gosses au manège.

Et vous vous les caillez grave.

Le type las et déconnecté qui semble tenir la caisse depuis trente ans vous a vendu à prix d’or un carnet, parce que, à l’unité, c’était vraiment pas possible, quand même, Titi putain tu te rends compte, 2 euros pour un tour de manège, 14 francs, plus cher qu’un paquet de Chesterfield sérieux – oui maman est vieille. Bref au final vous en avez pris pour 6 tours à 10 euros. Bha ouais, vous allez pas non plus vous faire entuber non mais.

Ca fait vingt minutes que, les mains dans les poches, vous partagez avec vos contemporains d’infortune cette étrange activité de fin de journée au moment où, il y a seulement quelques années, vous vous peletonniez dans un lit contre un corps connu ou inconnu mais chaud, les volets clos, l’esprit libre (comme votre pack BNP). A côté de vous, il y a la présidente des parents d’élève qui connaît tout le monde, gueule sur sa multitude de gamins, se plaint des scooters, des clopes, de la maîtresse qu’est tout le temps malade ou de la kermesse qui tombe pile le même jour que le vide-grenier non mais vous vous rendez compte. Il y a aussi les papas tout seuls qui, s’ils ne textotent (sextotent ?) pas avec frénésie, jettent des coups d’oeils (oui on dit des coups d’oeils, pas la peine de vérifier) de prédateurs pour prouver que de ce côté-là, ils ont beau changer des couches pleines de caca et se trimballer un lapin en peluche dans leur casque de bad boy, ils existent encore. De couples, il y en a peu. Bha oui, on se répartit les tâches. Des trenchs et des perfectos, il y en a plein. Bha oui, on est tous sapés pareil, comme à l’époque du lycée. Ca nous rassure.

Les gosses, eux, se répartissent aussi les rôles. La timide cramponnée à son volant, écharpe écossaise, bouclettes désordonnées, sosie miniature de sa mère, se concentre à fond sur « la route ». Voitures, trains, décapotables … Les cools prennent place dans les moyens de transport classiques, avant de se bastonner pour savoir qui klaxonnera le premier. Les plus courageux font la fierté de leurs papas en tentant un avion, un vaisseau spatial, un hélicoptère, bref un truc qui vole. Les marginaux posent leurs petits séants  sur des tasses, des carrosses sans roues, des soucoupes rondes mais pas volantes… C’est n’importe quoi, franchement. T’inquiète, ça lui passera, s’excusent presque les mamans.

Et hop, tournez manège ! Le type de la cabine croit alors judicieux de lancer une bonne musique de supermarché assourdissante, ajoutant au concert ininterrompu des klaxons des véhicules dont les enfants ont trouvé avec un bonheur indescriptible le bouton, un peu plus de nuisance sonore pour les spectateurs de ce numéro cent fois observé. Et que je monte, et que je descends, et que je remon-ah non redescends bip bip biiiiiiip tuuuut tuuut MAMAAAAANNNN !!! Bha oui y’en a toujours un qui se met à pleurer, provoquant honte et affolement chez son accompagnateur démuni. IL PLEUUURE ! Mais je comprends pas d’habitude il n’a JAMAIS peur pourtant ! (je vous jure, votre honneur !) Le public s’emballe peu à peu « ASSIEDS-TOI !!! NON NON NON ! TU GARDES TES MAINS SUR LE VOLANT !!! », ça gueule, ça se crée chaque fois les mêmes petites frayeurs, ça se donne en spectacle sans retenue. C’est le Guignol des grands, ça marche à chaque fois. Tournicoti tournicotons.

Et le vôtre qui vit l’aprem de sa life. Un tour, deux tours, maman je veux la moto, encore la moto, et encore la moto. T’es sûr mon chéri que tu vas pas regretter d’avoir fait que la moto ? C’est le dernier, hein ? Oui DERNIER ! Et l’hélicoptère maman ! On avait dit le dernier ! Oui oui mais juste encore dernier ! (logique implacable).

Le froid, le bruit, les lumières criardes, les peintures pailletées de ce vieux manège pas très secure, le Grazia que vous n’avez même pas réussi à ouvrir du week-end, Stade 2 que vous n’avez pas maté depuis quatre ans, votre meilleure copine qui raccroche au bout de 2 minutes parce que sa troisième manque de s’électrocuter avec l’épilateur et vos cheveux qui font éternellement la gueule, what else ?

Il repart dans son hélico, dont il découvre le levier qui le fait s’envoler.

Et puis vous le regardez, souriant de toutes ses dents minuscules, heureux comme c’est pas permis, fier si fier de faire « coucou maman ! » quand il vous trouve, une fois sur trois, alors que vous n’avez pas bougé d’un poil. Et vous aussi, vous faites « coucou ! », carrément enthousiasmée par cette petite personne, la seule à pouvoir vous faire marrer en vous collant une crotte de nez sur une robe neuve.

La nuit tombe, on est dimanche soir, les cafés ferment, il fait froid et pourtant, faut bien l’avouer, vous kiffez vraiment pas mal ce moment devant le manège enchanté.