Parisienne comme c’est pas permis (de conduire)

« Et ton permis, t’en es où ? »

Voilà une des pires phrases qu’une trentenaire handicapée du volant puisse entendre. De celles qui vous glacent les sangs en un instant, comme seule la vision furtive du sigle « Trésor Public » peut le faire, ou encore la ribambelle classique des « T’as fait tes comptes ? », « T’as quelqu’un en ce moment ? » et autre « Quand est-ce que tu comptes faire un enfant? ». La plupart du temps, la personne a laquelle s’adresse cette phrase est Parisienne parce que, si elle ne l’était pas, elle n’aurait pas 30 ans. Eh oui, perdue sans permis dans sa province reculée, elle serait décédée chez elle, faute d’avoir pu se rendrez au Super U de la zone commerciale pour se sustenter, aller en boite le samedi soir ou tout simplement à son boulot, situé a 15 bornes, ce qui est vachement près en fait et sur le chemin de l’école. Eh oui, les parisiennes (et les Parisiens, mais ils sont moins nombreux, allez savoir pourquoi… un truc de vitalité à prouver sans doute) sont les seules à être passées entre les mailles du filet et à avoir sauté ce passage obligé dans l’âge adulte (cela expliquerait-il l’adultophobie plus marquée chez les trentenaires parisiens que chez leurs homologues provinciaux ? Maybe…).

Toujours est-il que, étant moi-meme dans ce cas (« Quoiii, t’as pas ton permis ?« ), ma très longue expérience de la chose m’a permis (si j’ose dire) au cours de mes différentes rencontres avec de personnes souffrant du même syndrôme qui ont ponctué ma longue vie, de recenser quelques-unes des excuses le plus souvent évoquées par ces étranges personnes montrées du doigt dans la France entière pour justifier leur état sauvage.

Voici donc le top 20 des meilleures excuses du Parisien (ou de la parisienne) pour ne pas passer son permis :

1. C’est trop cher. Ca, c’est vrai ! Les prix d’appel peuvent être corrects mais quand on est une vraie HC (handicapée de la conduite), il ne faut pas 20 heures mais au minimum 60 pour que l’auto-école accepte de vous présenter au permis. Hors forfait, à 50 euros de l’heure, faites le compte.

2. Je le passerai quand j’aurai des enfants. Bien sûr… et quand vous avez eu votre code en panique, vous êtes enceinte de 7 mois et laissez tomber.

3. Je n’ai pas le temps. Eh oui, si la Parisienne travaille, elle devra se lever à 5 heures du mat’ pour espérer caler les 2h de cours + transport = 3h de cette fort agréable activité dans sa journée chargée. Si elle est étudiante ou chômeuse, elle n’a pas assez d’argent. Si elle est à la retraite, elle est trop vieille et regrette.

4. A Paris, tu peux tout faire en métro. Oui, jusqu’à 1 heure, quoi… Après si on veut s’auto-imposer un couvre-feu, pourquoi pas ?

5. A Paris, tu peux tout faire en taxi. Oui, et te faire insulter ou soûler tes potes qui veulent se coucher en restant en ligne des heures avec les Taxis Bleus les soirs de pointe à trouver un « véhicule dans votre secteur ». Pire : soûler les autres invités sur le thème « Tu vas à Gare de l’Est ? Génial, tu me déposes, je suis pas loin j’habite à Neuilly ! »

6. C’est impossible de se garer de toute façon ! Vrai !

7. Une vraie Parisienne n’a pas son permis. Excuse la plus chicosnob. Clôt la conversation mais donne une mauvaise image.

8. Franchement, même avec le bébé, on peut tout faire sans voiture finalement ! Bien sûr… et provoquer la haine des autres usagers dans le métro en entrant avec son énorme poussette, puis forcer des inconnus à soulever ladite poussette lourde et sale dans les escaliers alors qu’ils n’ont rien demandé.

9. Ça me reviendrait plus cher d’avoir une voiture tu sais ! Vrai ! Il sera toujours moins cher de fonctionner avec un Pass Navigo (oui, j’ai enfin appris à ne plus dire « carte orange », mais ça me coûte) et un budget quasi-illimité de taxis après 21 heures plutôt que d’avoir une voiture (assurance, essence, prunes, fourrière, diverses réparations, lavages, contrôles et stage de rattrapage de points, vignette… ah non, ça n’existe plus. Ouf !)

10. Mon code est périmé. Mais il est valable 3 ans ! Oui, je sais, il est périmé j’te dis…

11. L’auto-école a fermé, je ne sais même pas ou est mon dossier. Mais tu es sûre ? Oui, c’est un magasin de portable maintenant. Mais il ne te restait pas des heures ? Si… Me suis fait bien entuber.

12. C’est impossible d’avoir une date de toute façon ! Vrai. Il faut attendre en moyenne plusieurs mois lorsqu’on a raté son permis et qu’on veut le repasser. Bien sûr, l’auto-école insistera toujours pour vous faire reprendre quelques heures « pour rester au niveau en attendant »… Vous avez dit racket ? Complot ? Je dis ça je dis rien, enfin si Capital ou Zone Interdite pouvait lâcher les campings, les tocs et la chirurgie esthétique pour plonger le nez dans ces pots de vin, ça ferait ptêtre pas de mal…

13. Y’a plein de gens très bien qui ne l’ont pas ! Thierry Ardisson ou Eddy Mitchell, par exemple, sont les parrains bienveillants de l’association de défense des HC. Sauf qu’ils ont un chauffeur, eux… Ah oui ?

14. Deauville, en train c’est 2h et en plus tu pars de St-Lazare ! Pourquoi je passerais on permis ? C’est vrai, ça. Une mer c’est une mer, à quoi bon aller en tester un autre ? Surtout que celle-ci est super friendly… Brrr

15. Mon quartier est ingarable. Concernant Batignolles, Marais, Bastille, centre et Pigalle, c’est vrai. Même une smart est inenvisageable.

16. Mon moniteur puait de la gueule. Fréquent. Associé aussi à « Après 40 heures de conversations, on s’est vraiment tout dit je crois… »

17. Je l’ai déjà passé 6 fois, j’abandonne. Vaut peut-être mieux effectivement…

18. J’ai peur sur le periph / place de l’Etoile. Prendre le centre et la rue de Tilsit.

19. C’est 1000 fois plus pratique d’avoir un scooter / un solex (snob). Oui, et 1000 fois plus dangereux aussi.

20. Avec le vélib, maintenant, en plus, je vois vraiment pas l’intérêt. Bien sûr, garer un Velib’ dans un des quartiers précités est chose aisée, effectivement. C’est bien connu.

Signe d’immaturité ou véritable phobie, le handicapé du volant souffre, sachez-le. Et derrière ces excuses patinées par le temps et une utilisation frénétique se cache un véritable sentiment d’infériorité. Sachez-le, le HC voue une admiration sans borne à toute personne capable de changer les vitesses en même temps qu’elle tourne un volant, et trouve même carrément sexy un mec qui conduit à une main (houuu, c’est mal, on a dit à dix heures dix !). En revanche, le HC connaît son code sur le bout des doigts et ne manque pas d’en rappeler les règles aux différents conducteurs condamnés à lui faire parcourir la France ad vitam aeternam. A tous ces conducteurs, proches, parents, conjoints et enfants de HC, apprenez à accepter ce handicap. Votre quotidien est difficile mais le HC souffre… et puis il se rattrape quand même en faisant porte-plan, acheteur de Pringles à la station-service, remetteur de tétine en voiture, débusqueur de dangers divers, changeur de station de radio ou débriefeur insatiable. Et si les HC étaient indispensables ?

Illustration : Pénélope Jolicoeur