Célébrité : faut-il tweet-clasher pour exister ?

Pas un jour sans que pureplayers et medias online ne relaient un/des nouveau tweetclashs entre deux célébrités plus ou moins célèbres. Pour preuve, aujourd’hui, nous apprenons qu’Audrey Pulvar s’est « clashée » avec Stéphane Guillon, tout comme Jean-Marc Morandini avec Gérald Dahan, alors que Matthieu Kassovitz, manifestement passé de réalisateur à tweet-clasheur à plein temps, venait titiller de bon matin sa cible préférée, Audrey Pulvar (encore elle). Nadine Morano, Matthieu Kassovitz et Audrey Pulvar, donc, ils sont quelques-uns à avoir fait de cette étrange activité consistant à laver son linge sale en e-public leur passe-temps favori.

Addiction ou outil de com’ ?  La lumière ne semble en tous cas pas effrayer ces artistes, journalistes  ou politiques qui, par la suite, déploreront qu’on ne s’intéresse qu’à leur personne et pas à leur « œuvre ». Et si le tweetclashing était la nouvelle fausse paparazzade ?

La décennie précédente, qui a vu l’émergence soudaine d’inconnus sans talent devenus « people » du jour au lendemain grâce au succès d’émissions de télé-réalité, nous a en effet offert son lot de fausses photos volées permettant à ces étoiles éphémères de briller quelques instants encore, avant qu’on les oublie à jamais. Il faudrait être bien naïfs pour penser que les « vrais artistes » eux-mêmes ne s’adonnent pas à cette pratique honteuse permettant de raviver le désir du public sans avoir à poser tout sourire avec femmes et enfants en Cyrillus dans sa maison de l’île de Ré pour un reportage policé dans Paris Match (« Audrey, son nouveau bonheur ! »).

Grâce à Twitter, les « célébrités » sont maîtresses de leur communication – ce que doivent déplorer bien des agents, voire des conseillers élyséens… Ainsi, forts de leurs centaines de milliers de followers, elles peuvent donc en quelques secondes, et 140 caractères, se rappeler au bon souvenir du public de manière quotidienne. La star, son ego et son clavier sont sur scène 24/24h, devant une salle comble. Un bonheur. Ses pensées n’intéressent personne ? Qu’à cela ne tienne, le people peut choisir de donner dans la provoc’ voire, comme pour les spécialistes en question, d’échafauder  un bon petit tweetclash des familles qui fera parler de lui.

D’aucuns rétorqueront que les tweetclashs, au contraire, sont la forme moderne des brillantes joutes verbales de nos ancêtres, voire des fiers duels à l’épée. Il y a de cela en effet, mais il n’est plus possible aujourd’hui, tant la célébrité est devenue un enjeu de survie dans la quasi-totalité des domaines, de décoreller totalement ces joutes d’un besoin compulsif d’attirer la lumière sur soi. De même qu’on n’est  pas obligé d’aller à St-Tropez si on ne veut pas être pris en photo topless, rien n’oblige un réalisateur ou une journaliste à ouvrir un compte Twitter.

Aujourd’hui, les tweet-clash s’industrialisent, et nourrissent quotidiennement une presse online friande de ces micro-événements qui font le buzz et génèrent du trafic à moindre frais. Quant aux célébrités, elles ont bien compris que pour exister sur cette nouvelle scène où leurs concurrents se massent chaque jour plus nombreux, elles n’avaient d’autre choix que d’entrer dans la danse, puis de s’extraire de la foule en s’adonnant à ces battles verbales, lesquelles finiront en clash, clash qui fera le buzz. Et faire le buzz, c’est exister (loi dite Vendetta).