Je hais le ski

ski

Avertissement avant lecture : *Ne me jugez pas, il y a bien des gens qui n’aiment pas Noël*

Dire qu’on n’aime pas le ski, c’est un peu comme annoncer sans rire qu’on a trouvé La La Land un peu chiant : une hérésie. Pourtant, plus les années passent et moins je comprends l’engouement (l’hystérie ?) collectif pour cette étrange activité devenue pour beaucoup un passage obligatoire entre les fêtes de fin d’année et les beaux jours qui semblent si loin. « Attends mais c’est génial ! Les meilleures vacances du monde ! T’es dingue. » Ah oui ?

Passer six jours à faire les valises. Emprunter des gros vêtements sac poubelle, voire les acheter, sans aucun espoir de les reporter le reste de l’année (bon, d’un sens tant mieux…). Parcourir des kilomètres en train ou en voiture. Nettoyer le vomi familial à l’arrivée parce que forcément, après une soixantaines de mini-virages en épingle, et huit heures à boulotter des Pepitos et des chips au vinaigre, le pire n’est plus une option. Arriver de nuit. Dans le FROID qui nous accueille, goguenard, en mode « habitue-toi ma vieille, je risque pas de bouger ». Porter les milliers de sacs, les enfants tout verts, les skis de ton mec qui tient absolument à avoir son propre matériel. Investir les couloirs lambrissés à l’odeur de fringues mouillées mal séchées d’un immeuble au nom d’animal montagnard. S’engouffrer dans un apparte qui fait la taille de tes chiottes. Se les peler. S’endormir en chien de fusil sur un lit dur en sachant que le lendemain sera plus épuisant que n’importe quel autre jour de l’année écoulée et à venir (ou de ta vie ?).

Se lever aux aurores avec des gamins surexcités par la neige qui tombe à gros flocons. Merde, manquait plus que ça. Sortir les salopettes, enfiler à tout le monde un slip un collant des chaussettes un sous-pull un pull un anorak, chercher les bonnets les gants les masques les casques. Etaler de la crème épaisse sur plein de visages. Faire pareil pour les lèvres. Coller ses doigts gras à la laine. Faire pareil pour soi. Se trouver plus moche que jamais, forcément, ce type de tenue, ça aide PAS. Tenter de se maquiller snowproof sur la crème épaisse. Abandonner. Aller louer les skis, les chaussures. Parler à un type en polaire qui a couché avec toute la station. Marcher comme une demeurée ploc ploc, avec les enfants qui pleurnichent parce que c’est louuurd, les skis, et que les bâtons tombent par terre putain ! Sentir ses cheveux frisotter au contact des flocons. Regarder la montagne avec anxiété. Voir qu’elle est entièrement recouverte de brouillard. Renouer avec la boule au ventre qu’on avait déjà en classe de neige et se demander sérieusement ce qu’on fout encore là à quarante berge, à engloutir la moitié de son salaire annuel dans un tel cauchemar. Acheter les forfaits. Se dire en tapant son code de CB que pour le même prix on pourrait partir en week-end avec une copine à Ibiza et siroter des mojitos sur la plage.

Poireauter à l’école de ski. Rire avec des mamans canons en fuseau alors qu’on a son gros cul moulé dans un vêtement fluo emprunté. S’extasier devant des enfants tous similaires, recouverts de dossards avec des numéros et heureusement sinon on ne les reconnaîtrait pas et on repartirait avec un nain casqué qui ne nous appartient pas. Les envier parce qu’ils se contentent de faire la chenille sur la piste piou-piou sans avoir à risquer leur vie tout là-haut.

Prendre une grande inspiration, quitter la vallée et s’engouffrer dans les œufs. Puanteur de neige froide mêlée à la sueur et à la fameuse chaussette mal séchée. Péter de chaud. Retirer son bonnet. Sentir ses cheveux humides carrément collés au crane. Croiser son reflet effrayant dans la vitre embuée. Remettre son bonnet. Regarder la station qui s’éloigne et les skieurs, minuscules tâches inconscientes qui sillonnent vaillamment les pistes malgré la purée de pois. Penser à nouveau mais putain POURQUOI ? Descendre de l’œuf à temps, attraper ses skis viiiiite avant qu’ils ne se barrent. Se péter le dos en les portant. Chausser. Clac, clac. Pousser sur les bâtons. Perdre des yeux son mec hou houuu. Avoir peur à nouveau. Prendre un télésiège. Se taper la barre de fer dans le cul et le bâton de son voisin dans le bras. Discuter de tout et de rien avec des inconnus pleins d’une joie incompréhensible. Ou pire, rester silencieuse à nouveau avec la grêle qui fait un peeling douloureux à des bouts de visage congelés. Arriver. Remonter la barrière avec jambes lourdes qui pendouillent dans le vide. Descendre vaillamment. Ne pas tomber. Ne pas aller trop vite. Ni trop lentement. Ne pas perdre les gens. Ne pas faire de chasse-neige. Planter de bâton. Flexion, extension. Ne pas skier comme dans les années 80. T’as des paraboliques, putain, qu’est-ce que tu fous avec tes mouvements ! Hein ? QUoiii ? J’entends rien. Vouuuu Vouuuuu, sentir le vent gelé dans ses oreilles, enfin ce qu’il en reste. Voir qu’il n’est que onze heures. Remonter.

Redescendre.

Remonter

Redescendre.

Manger des choses au fromage fondu à cinquante euros par tête la gueule cramoisie par les changements de température. Cheveux qui fondent.

Y retourner. Va plus vite ! On s’en refait une ? Ah bha oui, tiens, quelle bonne idée (nan mais sérieux).

Aller chercher les enfants à l’école de ski. Souffler, enfin. Kiffer le minuscule abri de bois qui pue. Passer son tour de douche. A quoi bon ? Faire des pâtes avec encore du fromage sur une plaque électrique. Déposer les fringues mouillées de tout le monde sur le radiateur en rang d’oignon.

Et recommencer chaque jour. Avant de retourner au boulot. Avec les cuisses pleines de fromage fondu et de vin blanc tiède, de courbatures, les ligaments pétés, le compte à zéro et un mois de machines à s’enquiller en grignotant du chou kale pour expier.

C’est ça ouais, les meilleures vacances du monde.

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11 réflexions au sujet de « Je hais le ski »

  1. Playmobil, vue d’en haut ce sont des playmobils….
    les chauffards eux ne sont pas des playmobils, les mêmes que ceux rencontrés la route…
    Que dire de l’hiver au soleil, la peau blanche, puis tres vite rouge, 15 litres de crème pour éviter le mélanome dans 10 ans. La biafine, les moustiques qui vous harponnent violemment.
    Est bien mieux?!!!

  2. Ha ha ha ! C’est pour ça que je n’ y vais pas. Je ne suis jamais allée à la montagne donc je ne sais pas skier. Et j’aime pas le froid ni la neige (sauf sur les cartes postales ). Alors qu’est ce que j’irai y foutre ?!
    Pourtant tout le monde me dit: mais c’est géniaaaal !
    Je laisse mon mari partir avec mon fils. Ils sont contents et moi pendant ce temps, j’ai une VRAIE semaine de vacances sans gosse ni mari. Peinard ! Des fois pendant qu’ils sont au ski, je vais en thalasso ou bien je reste à la maison à faire tout les trucs que j’ai jamais le temps de faire, à écouter ma musique à fond en me faisant couler un bain… Bref, la belle vie…

    • Rhaaa ca donne trop envie ! C’est ça, la semaine de ski pour ceux qui aiment doit devenir la semaine de détente des autres. 0
      Pour info, ça fait 3 ans que j’ai définitivement arrêté de me forcer.

  3. Tellement bien raconté… c’est du vécu et vraiment, à part les balades dans le village après une journée de glisse (quand ce n’est pas une journée de chutes…) engoncée dans un costume de sumo… , je préfère regarder les autres skier et siroter un bon chocolat chaud ou un vin chaud, selon le moment de la journée. Merci pour votre récit, ça m’a bien fait rire!!

  4. Ah je me sens moins seule ! J’ai cherché  » je hais le ski » apres un coup de fil aigre doux avec mon mari qui est parti seul cette semaine au ski avec les enfants. 15 ans que je me force à y aller, que je deteste tout (la montagne m’oppresse, j’ai froid et cerise sur le gateau je ne sais pas skier malgré plusieurs tentatives de cours), que je rentre frustrée (mettre autant de sous dans des vacances que je n’aime pas et qui ne me reposent en rien, il faut etre maso !). Alors cette année j’ai dit stop, je n’ai pris que quelques jours et je fais des choses qui me ressourcent (48 h à Bruges, du shopping dans Paris, des films que je n’avais pas eu le temps de voir…). Merci pour ce post je n’ai plus l’impression d’être la mere indigne qui abandonne sa famille comme mon mari voudrait me le faire croire !

  5. Ha, ha!!! Je commence tout juste à aimer… Ma méthode: des beaux parents à Lyon ce qui permet, et d’une d’éviter les bouchons, et de deux de larguer les mômes aussi longtemps qu’ils trouveront que la neige c’est froid et ça mouille, que les skis c’est lourd et que les chaussures de ski ça fait mal; des copains qui ont un chalet de famille ce qui permet d’aller dans une vraie maison, avec un vrai lit, une vraie cuisine et en plus de ne pas avoir à louer de matériel, car famille nombreuse oblige, ils ont tout de taille 4 ans à XXl. Mais le secret pour aimer les vacances au ski, c’est de ne plus skier (ou deux après midi quand il fait beau et chaud!)
    (Je découvre votre blog et j’aime beaucoup!)

  6. Tout pareil, merciiiiii!
    Je n’aime pas le ski, et surtout je n’aime pas les stations de ski, leurs apports sordides, le froid, le mauvais équipement… Franchement, à part si on vit sur place, je ne comprends pas l’idée de mettre autant d’argent dans la montagne l’hiver.

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