Le gang des « mamans prévoyantes »

A chaque début de saison c’est la même chose. Vous attendez paisiblement que la précédente s’efface à pas feutrés, laissant poliment sa place à la suivante, avant de lever subitement la tête. Ahurie. Ou plutôt, en bad. Exaspérée par votre incapacité à apprendre de vos expériences passées. Oui, parce qu’à chaque nouvelle saison depuis maintenant des années (moins si vous débutez dans le secteur de la maternité), vous vous faites royalement carotte par le gang des « mamans prévoyantes ».

Mais si, vous savez, ce groupuscule intimidant de mères qui consignent bien au fond de leur tête, avec la précision d’un codeur de la Nasa, les dates auxquelles il est fortement recommandé de filer en boutique pour tout rafler avant qu’il ne soit trop tard. Les bonnets, moufles, gants et collants avant octobre. Les slips, intercalaires multicolores, agendas, feutres effaçables, cartables et cartouches bleues avant mi-août. Les maillots de bains, shorts, lunettes de soleil et sandales avant les premiers sursauts du mercure. Ouais, en plein mois de mars, elles sont là. En embuscade, organisées, silencieuses, à remplir leurs paniers d’été avec une discipline toute germanique pendant que vous, cigales naïves, vous en êtes encore à vous congratuler d’avoir dégoté en ligne (à 15 euros la livraison depuis l’Antarctique) un pull en laine pour le petit dernier qui se les pelait depuis des semaines (le Monop’ ayant évidemment été dévalisé par ladite mamafia). Résultat, quand vous vous rendez enfin compte que ce serait pas mal de choper une casquette pour les kids rapport au soleil qui tape pendant les barbecs du mois de juin (« Mamaaaan, ça brûle ! »), ou que vous découvrez avec horreur de la liste infinie du trousseau de colo, c’est trop tard. Elles ont agi. Encore une fois.

« Vous n’auriez pas des brassards », demandez-vous alors, penaude, au monsieur de chez Décathlon, qui part dans un éclat de rire sardonique devant votre pitoyable désorganisation maternelle. « MOUWAHAHAHAHAHAHA ! M’enfin madame, on est sur les crampons pour septembre, là. » (intérieurement : « Elle a pas la lumière à tous les étages, celle-là…Pauvres gosses ! ») Ah, et… vous savez où je pourrais en trouver ?

Sachez-le. Si vous faites partie de ces gens qui ne savent pas ce qu’ils font au mois d’août suivant dès septembre, ou qui n’arrivent pas à acheter un billet de concert pour dans deux ans, le gang aura toujours un bon train d’avance. Trop rapide, au courant de tout, il aura toujours acheté, désétiqueté, lavé, repassé et cousu au nom de son enfant toute la marchandise saisonnière disponible sur le marché.

Petite consolation : lorsque, emplie de rage et de cette force maternelle immense surgie du tragique de la situation, vous parviendrez finalement à mettre dans un panier de eshopping le dernier bob en 7 ans de tout le réseau mondial, vous serez alors envahie par un sentiment de fierté inestimable, probablement proche de celui expérimenté par une daronne préhistorique parvenue à fabriquer un sac à dos en peau de mamouth à son petit dernier ébahi devant tant d’ingéniosité (« T’es vraiment trop forte, maman »).

Un sentiment qui ne gagne plus depuis bien longtemps les membres du réseau précité. Blasé. HAHA, on fait moins les malignes, hein ?

Cheh, le gang !

Le « télétravail »

« Suite à votre mail, veuillez trouver….

– Mamaaan ?

– Quoi ?

– Je comprends pas l’exercice 4.

– … ci-joint le docuuuument…. Whaou ! Super, chéri.

– Quoi, super ?

– Hein ?

– Pourquoi tu dis « super » ? Je comprends paaaas le truc de maths. Ca veut rien dire « combien Perrine achète de billes… ».

– Ah pfff. euh, attends. Bon, ok, je continuerai plus tard. Alors, combien Perrine. Tu vois c’est simple, Perrine a cinq billes…

– Maman ?

– Oui ?

– Je peux prendre ton ordi pour regarder la vidéo d’histoire ?

– Hein ? Mon ordi ? Bha euh… attends, j’étais en train de faire un mail de boulot.

– Ah… Je fais quoi, alors ?

– Je… Tu n’as pas d’autres exercices ?

– Nan, je les ai faits. Tu m’as dit que tu allais les corriger. Ils sont sur ton bureau depuis hier.

– Hein ? Ah. Oui, oui. Je fais ça tout à l’heure.

– Et Perriiine ? Elle en a combien, des billes, alors ?

– J’arrive, chéri, attends.

– Alors, je peux prendre ton ordi ?

– Oui, vas-y. Nous on va s’occuper de cette bitch de Perrine avec ses putains de billes.

– C’est quoiii une bitch ?

– Rien chéri.

10 heures. Le cas Perrine finalement réglé, l’enfant a replongé dans son fichier. Tiens, je vais prendre mon iPhone pour envoyer mon mail, ce sera déjà ça de pris. « Suite à votre mail, veuillez trouver… » Nan mais il est obligé de lire à voix haute ? « Chéri, tu es obligé de lire à voix haute ? Ah, tu apprends ta poésie. Pardon. Oui, oui, je comprends. ‘Le bourgeon’, génial, c’est très joli. Non, je ne connais pas Paul Géraldy. Très bien, apprends. » Elles sont où ces putains de boules Quiès ? « Suite à votre mail, veuillez trouver Paul Géraldy… » Non mais n’importe quoi…

– Maman, y’a plus de batterie dans l’ordi.

– Hein ? Bon bha ça tombe bien, rends-le moi ! Et lis un livre, je sais pas. C’est quoi, cette manie des écrans ? On est pas dans la Silicon Valley ! Oui, voilà, prends le Bled. Oui, c’est chiant mais c’est la vie. C’est chiant.

– Mamaaaan ?

– Quoiiiiii ?

– On peut faire les collages ensemble ? La maîtresse elle a dit de chercher dans la maison des objets rapportés de voyage, de les dessiner et de faire des collages.

– Elle commence à me courir sur le haricot, moi, la maîtresse. J’ai du boulot, moi, MERDE.

– Tu dis beaucoup de gros mots, mamaaaan, nan ?

– N’importe quoi.

– Bha sinon, on peut aller regarder la télé, si tu veux travailler, on te dérangera pas.

– NON ! Non non non, le matin, c’est l’école ! On a dit qu’on faisait comme ça.

– On mange quoi, ce midi ?

– MERDEUUU !

– Gros mot.

– Me dites pas qu’il faut ENCORE refaire des courses !

11h30. Dans la queue du Franprix, alors que mes enfants font semblant de bosser, qui avec MON ordinateur et ses milliers de mails dont les expéditeurs attendent désespérément une réponse, qui avec mon téléphone portable dans lequel je retrouverai des centaines de selfies de trous de narines, je me demande qui sont ces mystérieux géniteurs qui ont « trouvé leur équilibre dans le télétravail ». Je me demande si ces gens ont des enfants muets, cuisiniers, séquestrés ou s’ils ont simplement baissé les bras. S’ils ont arrêté depuis belle lurette de corriger les exercices de « 1000 – fucking – problèmes », de compter les billes de Perrine et de chercher à offrir à leur progéniture un semblant de vie normale en les emmenant ensuite, après le goûter, humer l’air du dehors, en faisant un Risk ou en cuisinant une énième pâtisserie parce que, contrairement à plein de gens dans la société qui semblent avoir renoué avec la réalité, mes enfants continuent de recevoir des listes de trucs à faire enfermés dans leur appartement. Je me demande comment ces gens parviennent à faire des Zooms, des Skype, des Teams, parfaitement coiffés et maquillés, à rédiger des trucs intelligents, à aller se faire épiler deux mois de mollets confinés ou même à lire plus de trois lignes d’un bouquin. Et puis je paye sans contact derrière mon rideau de plastoc la tonne de courses que je vais ranger, éplucher, bouillir, cuisiner dans des ustensiles de cuisine que je vais laver, entasser dans ce putain de lave-vaisselle que j’aurai jamais autant vu de ma vie.

En rentrant, les enfants ont laissé tomber mon ordi et mon iPhone (tous deux évidemment déchargés), pleins de messages de gens qui ne comprennent pas pourquoi je ne peux pas répondre tout de suite à leurs demandes et ce que je bien foutre au juste. Alors, je les colle devant Disney +. Je capitule. Ouais, je me dis que ça doit être ça, télétravailler. Foutre la télé, et travailler. En toute culpabilité.

Tellement proches

On nous aura privé de pas mal de trucs. Comme ça, paf, du jour au lendemain. De nos amis, de nos ainés, de notre liberté. De nos cinés, de vos copains, de vos récrés, de mes dîners, de nos sorties, de nos vacances, de vos compètes, de vos goûters, de nos restaus, de vos kermesses et de plein de trucs que les familles aiment faire, avec ou sans les autres, quand s’installe le printemps.

Mais on se sera adaptés. Jour après jour. A ce qui nous semblait inconcevable, peut-être invivable. On aura compté, lu, écrit, divisé, épelé, cousu, cuisiné, pétri, sucré, attendu, observé, planté, colorié, rangé, rigolé, gueulé que naaaaaan c’est pas juuuuste pourquoi c’est toujours LUI qui gagne grrr ?, nettoyé, visionné, découpé, collé, classé, débriefé, bitché. Oui, on se sera levés chaque matin avec l’absolue certitude de notre présence à tous les quatre, derrière notre porte close, pour les heures à venir, les jours, les semaines. Et l’amour aura gonflé comme les pétrins qu’on n’aura pas arrêté de confectionner pour une raison à ce jour restée inexpliquée. On se sera découverts et offerts aux autres comme peut-être on ne l’aurait jamais fait sans cet inconcevable kidnapping de nos existences individuelles, qui ne se nouaient finalement que soir et matin, s’entortillaient autour du frigo, d’un café rapidement avalé, d’un bisou vite expédié avant de se quitter pour toute la journée. Ca a été l’école ? Ouais…

On aura joué les uns pour les autres tous les rôles désormais laissés vacants par leurs acteurs confinés. Le BFF, le prof, le confident, la meilleure copine – ça va maman ? mais t’es sûre hein, ça va ? L’animateur, le consolant, le pote péteur, le pote gameur. Ouah Brawl stars grave bien sûr mon amour, c’est TROP bien (sic). On aura fait en deux mois plus de Unos, de puissance 4, de dominos, de riz au lait, de Legos, de Kaplas, de Koh-Lanta que dans toute la vie de famille qui nous était originellement destinée. On aura empilé tant de souvenirs rien qu’à nous, de private jokes, de reliques complices qui nous lieront à jamais, comme si nous étions pour toujours soudés par un secret. Et c’est probable que nous le serons.

Oui, on nous aura volé tant de choses. Mais est-ce que nous, on n’aura finalement pas chapardé ces moments-là au train-train qui passe toujours trop vite ? Cette proximité dingue absolument pas prévue au programme, c’est quand même un chouette cadeau bonus, ou plutôt la larme de miel qui fait glisser le medoc dégueu écrasé dans la cuillère à café. Et ça qui sait, lorsque la vie nous rendra finalement nos bonheurs d’antan, oui lorsque nous pourrons enfin empoigner, embrasser, voyager, regarder à nouveau loin, très loin de la porte close de notre foyer, qui sait, peut-être que tout ça me manquera. Parce que putain, on aura été tellement proches.

La « vie » entre guillemets

Alors c’était ça. On s’y attendait. Comme souvent. Mais quoi. Ce « déconfinement », finalement, qu’est-ce que ça va changer ? A partir du 11 mai, on pourra, donc, « sur la base du volontariat » – c’est jamais bon, cette expression, quand les gens l’emploient. Ca sonne un peu comme « à vos risques et périls », enfin – mettre quelques-uns de nos enfants à l’école. Et pendant ce temps-là, faire des tours dans le quartier. Sans attestation. Yeah, rock n’roll. Des grands tours, même. De 1 à 99 kilomètres. Tout de suite, c’est à peu près tout. Puisque les restaus, les bars, les théâtres et les cinés resteront fermés. Qu’on devra couvrir nos visages pour à peu près tout, et attendre bêtement chez nous devant Netflix que la vie économique veuille bien reprendre du service, à moins bien sûr que la crise sanitaire ne regagne du terrain et nous réenferme tous dans notre « vie » des derniers mois. Mais non, soyons optimistes et voyons plus loin. Juin. En juin, donc, on pourra appeler une copine pour boire un coup à la terrasse d’un café. Et ça c’est cool. Enfin, si on est du genre à aimer les crêpes sans gluten, les hamburgers au tofu, la bière sans alcool ou les kouign-amans à la margarine. Oui parce que bon, je nous imagine avec ma copine, calées chacune devant une plaque en plexi, soulevant nos masques lavables à chaque gorgée de vin, hurlant sous nos baillons à travers le guichet amovible pour kiffer ensemble les premiers rayons estivaux, peut-être les seuls éléments un peu réels de ce simulacre de petit bonheur tout simple. Nos « voisins » de beuverie seront à des mètres de nous, même pas moyen de mater qui se planque sous le bandana. Idem au restau, où on sera si « heureux » de retrouver le plaisir incomparable de « partager » un bon repas tendu de loin par des serveurs apeurés, trinquant facticement comme au parloir (cling !), agrippant désespérément la frontière de plastique qui nous séparera désormais parce que ça n’est plus « raisonnable ». Un par un, à la bibli, chez le primeur, le boulanger, et même à la plage. Sur les croix au sol, les gommettes, droits comme des « i », on poireautera sagement les uns derrière les autres, pas trop près, non. Pour grignoter, vite, des petits bouts de cette vie entre guillemets avant que l’hiver ne nous rattrape ? Est-ce qu’on fera semblant d’être heureux, aussi ? Ou est-ce qu’on kiffera vraiment ces retrouvailles au compte-goutte, comme on croque discrétos dans le gâteau de son mec en plein régime, tiraillée entre la culpabilité et l’envie de se vautrer franchement dans cette belle grosse part, d’ouvrir les vannes, de laisser s’engouffrer la liberté totale, l’absence de toute limite qui nous ramène toujours à l’euphorie inoubliable d’émancipation lorsque, devenu adulte, on jouit enfin de son autonomie après des années de soumission parentale ?

Pour ma part, je me suis toujours demandée pourquoi les vegans cherchaient à retrouver le « vrai goût du burger » avec des simulacres de viande habilement reconstituée. Pourquoi ils ne gambadaient pas plutôt gaiment dans leur nouveau périmètre de droits plutôt que de chercher à reconstituer des semblants de plaisirs désormais interdits. Ouais, je ne sais pas si j’aimerai cette… « vie »-là, ces… « apéros », ces « restaus », ces micro réjouissances consolatrices aux allures de bière sans alcool… J’irai donner mon argent aux bistrots, aux troquets, à toutes ces tables que j’ai tant aimé arpenter, la gorge probablement nouée par la souvenir des jours tant heureux des cacahuètes au pipi et des voisins de table qu’il faut pousser du coude. Mais que ce soit clair, je nourrirai cette vie entre guillemet avec colère, hargne et espoir. Oui, l’espoir ferme de l’en libérer. Et vite.

Au bal masqué ohé ohé

Que ce soit clair. J’ai bien conscience de l’importance / la nécessité absolue du port du masque. De celle d’obstruer nos orifices, bouche et nez, à l’intérieur desquels le sournois virus rêve de se jeter à corps perdu, sautant de la bouche de la vieille dame postillonante croisée au Monop vers nos pauvres poumons qui n’en demandaient pas tant aussi adroitement qu’un pou de la tête d’un enfant de quatre ans vers une autre tête d’enfant de quatre ans. Je SAIS tout ça. Mais ça ne m’empêche pas de juger cette néo-néccesité de nos vie d’après. Mal.

Récemment, dans une interview, Alain Minc comparait ces accessoires faciaux à des baillons. Et je me suis dit que c’était peut-être ça qui me gênait. Cette barre sur le visage, comme un trait au marqueur, qui sangle notre parole, nos sourires, cache aux reste du monde nos traits, nos joies et nos tristesses, ne laisse plus apparaître que nos yeux effrayés de frôler dans la sphère dite publique certains de nos semblables. « Oh mais ça va pas la tête celle-là, tu l’as vue ? Elle était genre à… 45 cm de moi cette FOLLE ! ». Dans les ruelles étroites du pâté de maison devenu ma cour de Fresnes familiale, je m’agite, je gueule, je fusille du regard de pauvres passants peu soucieux des distances de sécurité. Et ce que je remarque au passage, c’est que ceux qui sont tranquillous planqués sous leurs FFP2 paradent pour beaucoup comme s’ils avaient chopé le collier d’immunité entre les racines de manioc et la végétation dense du camp des rouges. « Denis ? J’ai mon masque, je peux me frotter à l’aise dans les rayons yaourts du Carrefour city nan ? »

NAN !

Bon, n’empêche qu’il faudra bien que je m’y résolve, je sais. A enfiler ce machin qui me renverra des heures durant ma propre haleine nourrie à la levure boulangère engouffrée par kilos, et aux plats oignonés réalisés en live avec Cyril Lignac le soir à 19h. A m’orienter au son des bagnoles quand je porterai mes lunettes bien calées sur le masque, qui s’empliront alors de buée comme quand j’ouvre le lave-vaisselle et qu’à chaque fois, putain, j’oublie. « Madame ? Vous marchez dans le caniveau. » A huuuurler sous le tissus, postée à 1 mètre de distance des autres mamans de l’école (ça va en faire un barnum sur le trottoir) quand je viendrai chercher mes enfants à partir du 11 mai. « Mprflll che disais BOOOON-VOUUUUUR ! ». A moins qu’on ne fasse plus que des sortes de clins d’œil avec ce qui nous reste de moyen d’expression, ou un petit signe de la main, de loin, en mode indien, parce qu’on flippe trop de se refiler le truc à cause duquel on a bousillé notre job, nos vacances de Pâques, notre sexualité et notre summer body en acceptant un enfermement désespérant pendant trois mois. Ouais, ça aurait un peu à voir avec s’enfiler frénétiquement trois pains au choc de suite debout dans la rue devant la boulange en plein aprem alors qu’on tenait à fond un challenge hypocalorique 30 jours depuis trois semaines. Donc, probable qu’on fera l’indien derrière nos vieilles culottes tire-bouchonnées derrière les oreilles plaquées sur nos visages blafards parce que les « masques grand public » prévus pour le 4 mai n’auront pas encore été livrés au gouvernement par Aliexpress.

Quant à nos enfants, les imaginer sortant un par un, éloignés de leurs potes d’une distance égale à leur propre taille est déjà psychologiquement compliqué. Mais alors les visualiser en mode cow-boy du pauvre ou chirurgien démoniaque alors que c’est pas Mardi gras et qu’ils n’auront même pas de crêpes pour se consoler, va falloir s’y faire.

En entreprise, ayé, le port du masque semble devoir être intégré pour les prochains mois (années ?). Ca va être gai, en réu, avec Jacqueline qui marmonnait déjà tellement qu’on captait rien à ses explications. Calée à trois mètres, bien loin, va falloir bien continuer le yoga live et la méditation pour pouvoir lui dire hyper calmement « Hein Jacqueline ? Quoi ? On ne t’entend pas bien sous ton masque ON CAPTE RIEN PUTAIN JACQUELINE A-RTI-CULE. »

Enfin enfin, je vais m’y faire. Il faudra bien, si je veux retrouver un job, une sexualité, un semblant de vacances d’été et un summer body. Ah tiens, ils rouvrent quand la salle de sport ? Ca va être sympa le RPM en apnée. Mouais, je me demande si je vais pas rentrer me reconfiner, tout compte fait.

La Vie virtuelle

New York incarne tout ce que j’aimais dans la vie d’avant. Le bruit. L’urbanité brute et rassurante. L’énergie, la foule qui grouille, se faufile dans les artères, sûre d’elle et de sa puissance, passants disparates et agglutinés fonçant tous vers un objectif qui semblait toujours important. Un rendez-vous professionnel, un rancard amoureux, un apéro entre copains, un cours de gym, de yoga, un footing, un shopping, des courses rapides ou appliquées pour le dîner du soir, du week-end à venir, d’une fête où on se collerait les uns contre les autres près de la fenêtre ouverte d’une cuisine enfumée. La musique trop forte qui s’échappait des boutiques à touristes, les sirènes criardes des bagnoles de flics, les notes feutrées des bars souterrains, des hôtels de luxe et le boucan des cahutes de rues à l’odeur de graillon, de pralines, de chaussons. Une ville toujours sur le qui-vive, dont le scintillement continu et rassurant témoignait de la vie qui se déroule, faite de joies immenses et de peines abyssales, d’éclats de rire, de cuites et de matins blêmes, d’étreintes, de petits et de grands tracas, bref de tout ce qui ponctuait nos existences d’individus dont le moteur se mettait en route au contact des autres. Au contact.

Aujourd’hui, New York s’est tue et compte ses habitants tombés de s’être trop touchés. Parlé. Aimés. Comme le (presque) reste du monde. Le soir, le silence envahit les rues. Noir, épais, gluant. De mes fenêtres parisiennes, je n’entends plus les soulards gueuler jusque tard dans la nuit, ni les groupes de jeunes venus s’attrouper encore un peu devant les bars avant de rentrer réviser, parce que le printemps est là, que les exams approchent, et qu’il faut bien s’y mettre avant de vivre le plus beau des étés. Il n’y aura pas cette année le bruit des balles jaunes de Roland Garros à peine couvert par le chant des oiseaux pendant qu’ils s’angoisseront devant leurs bureaux. Ni la promesse d’un Euro suivi ensemble, collés les uns contre les autres sur les canaps familiaux, la liesse et l’ivresse dans les rues du pays, enveloppés dans des drapeaux sans se soucier de rien et surtout pas du lendemain.

Alors oui, on vante les nouvelles technologies qui nous permettent de maintenir un lien, d’atténuer cette inhumaine distanciation sociale. On s’émerveille, on s’emballe devant ces petits et grands groupes Whatsapp qui tiennent encore un peu chaud au cœur. Ok, c’est mieux que rien. Mais franchement, quand on en aura fini avec tout ça, j’espère bien ne plus JAMAIS prendre de cours de yoga virtuel, ni trinquer avec mes parents à travers un écran. Ni mater bêtement deux célébrités venues papoter devant mes yeux las d’avoir trop cherché dans mon smartphone à renouer avec le bonheur d’antan. Je ne veux pas déambuler toute ma vie avec un masque, sans savoir si mon commerçant ou les autres passants sourient ou pleurent derrière le leur. Je veux retourner voir Fabrice Lucchini dans un vrai théâtre, m’asseoir sur d’inconfortables fauteuils en velours patiné, boire de mauvaises pintes debout dans les rues sales de ma ville, carrer mes fesses dans un cinoche devant l’écran immense, communiant avec des centaines d’inconnus, plonger mes doigts dans le même pop-corn que mes enfants. Retrouver l’odeur des livres neufs et puis celle de mes parents.

Merde, puisse cette vie virtuelle n’avoir vraiment qu’un temps.

La triple charge mentale du parfait confiné

Bouclée entre quatre murs H24 avec toute la millefa, on s’était dit qu’on pourrait tranquillou abandonner le make-up, le lisseur, le rasoir et le bien-manger pour se glisser mollement, tous ensemble, sous un plaid et se coller devant Netflix en attendant que la vague passe.

Eh bien pas du tout !

On avait pourtant bien claqué la porte d’entrée, désinfecté les poignées, laissé à l’extérieur la société honnie et exigeante qui nous bouffait le cerveau avec ses injonctions incessantes de perfection tous azimuts, et bha elle a réussi je ne sais pas comment à se glisser sous la porte. Comme les poux retrouvés hier soir par dizaines sur la tête de mon fils, manifestement pas plus angoissés que ça par l’émergence de ce virus assassin qui semble (mais quel dommage) n’avoir aucun effet néfaste sur eux. Mais c’est une autre histoire.

Chaque jour, il faut gérer l’école des enfants. Oui, le Ministère l’a dit. C’est important d’exercer un « suivi pédagogique », comme si on y pouvait quelque chose à tout ce tintouin. Alors on s’y colle. Avec un, deux, quatre enfants de niveaux différents, dont il faut imprimer, classer, expliquer, corriger les milliers de devoirs envoyés par les profs confinés eux-mêmes effrayés par les ordres venus d’en haut. Ensuite, pendant que chaque minute, un élève multi-niveau passe une tête perplexe dans le bureau de la dirlo (« Nan maman je sais qu’il qu’il faut pas te déranger mais juste… c’est quoi un adverbe ? »), il faut supporter sa propre gueule ravagée filmée par les caméras cruelles des merveilleux outils technologiques qui nous permettent de « garder le contact » (youpi) avec notre employeur. Bonheur du matin.

Pause dej. On vide le lave-vaisselle, on prépare le repas pour tout le monde (sain, hein, faudrait pas oublier de manger sinq fuizélégumes par jour). On range, on essuie, on gronde ceux qui se lèvent de table sans demander, ne mangent pas assez vite, râlent. Et puis on s’y remet. Un pied dans le boulot mal fait, l’autre dans la classe qui, au fur et à mesure de la journée, perd sa patience et s’échauffe. Impression chelou d’être Jean-Claude Van Damne en équilibre entre deux bagnoles qui roulent à vive allure.

Ah bha justement, il ne s’agirait pas de ramollir ses fessiers, ou de déroger à la règle d’une activité physique quotidienne indispensable à notre équilibre. Las, c’est pas en allant se caler dans la sinistre queue du Monop qu’on risque d’avoir des cuisses de Kardashian cet été. Ah mais géniaaaal, plein de happy confinés se filent rancard en ligne pour bouger leur booty. Vite, on saute dans un legging ! Et on subit les ordres de coachs manifestement enchantés d’enchaîner les squats dans leurs salons immaculés en gueulant qu’il faut rester po-si-tifs. Oui oui, bien sûr. Alors on sue avec le sourire, on suffoque, on gémit, mais faut ce qu’il faut, pas vrai? Toc toc. « Maman, stu fous en poirier ? Nan juste je m’ennuiiiie. » Hop on y retourne. Casquette centre aéré. Jeu de société. Monop’ ? Croque-carotte ? On a modifié les règles, ajouté des cartes. Pourtant, après 65 victoires, 134 défaites et 34 crises de larmes (« il a trichéééééé »), on se lasse. On compte même plus les points. Allez hop, « temps d’écran ! ». Le silence, enfin. Si on en profitait pour bosser ? Mouais. Faudrait songer au dîner quand même. Eplucher, couper, émincer. Merde, y’a un liiiive de méditation sur Instagram. Tout le monde le fait. TOUT. LE. MONDE. Ok, ok, on s’y met. Haaaaaaammm ! Haaaaaaammm. « Ca va maman ? Qu’est-ce tu fous à marmonner toute seule au milieu des Legos ? Tu pleures ? »

On prendrait bien l’air pour recharger les batteries. Ah merde, c’est interdit. La dernière fois, on voulait juste faire le tour du pâté de maison mais on s’est fait gueuler dessus par le mégaphone d’une bagnole de condés. Ambiance La Servante écarlate. Praise be. Alors on va faire des ronds dans la cour de l’immeuble avec les kids. Parce qu’il faut qu’ils s’ébrouent. C’est ce que font les parfaits confinés. Vague impression d’être à Fleury. Allez, on remonte en cellule. Faut se coucher tôt parce que demain, y’a à nouveau école, et qu’on a plein de devoirs à corriger de toute façon.

Sur Insta, des gens beaux, maquillés et heureux lancent sans relâche des lives pour qu’on voit à quel point ils font bien le confiné. On est tenté de mettre un commentaire rageux mais on n’est pas comme ça. On coupe et on allume la radio. Au secouuuuuurs, Edouard Philippe. Tututututututut on veut plus l’écouter mais sa voix, comme les diktats du dehors, se glissent sous les parois de nos mains pour atteindre nos oreilles incrédules.

Il parle de rallonger de « quelques semaines ». Les boucles Whatsapp s’agitent. On évoque 5 semaines. 5 SE. MAINES.

Les enfants, foutez vos joggings, sortez les Pitchs et balancez les cartables. Pas grave, vous redoublerez. Quoi, vous allez m’arrêter pour mauvais confinage ?

L’amour au temps du corona

Ca n’est plus qu’une question de jours, d’heures peut-être. Alors que des centaines de parisiens si fiers de « braver le virus » s’entassent, s’enlacent, s’embrassent sur les quais du canal Saint-Martin, se touchent, se frôlent dans les parcs, font glisser « les kids » sur des toboggans surinfectés, ravis de humer les premières odeurs du printemps, il va falloir y aller. Se confiner, s’enfermer. Parce qu’on ne sait pas se discipliner, nous, les Français. Comme des gosses à qui on dit de ne pas toucher au bouton rouge et qui se ruent dessus. Pouêt pouêt. On est comme ça.

Alors on va tous être contraints de fermer nos portes pour deux, trois semaines, peut-être plus. Et devoir vivre ensemble. « Vivre ensemble », « résilience ». Décidément, les expressions émergentes de ces dernières années ne risquent pas de passer de mode.

Demain matin, il faudra faire l’école aux enfants. Plonger le nez dans les cahiers de texte, les cours de maths, de géo, de grammaire (« comment ça, ça existe plus le COI ? »). Supporter les cris, les larmes, les « mais le prof il fait pas comme çaaaaa !! ». Tout en envoyant des mails à droite à gauche pour garder un semblant de vie professionnelle. Et puis mettre son couple sous cloche. H24. Rester zen, parce qu’on ne pourra pas claquer la porte, partir boire un verre avec un pote, se barricader au ciné ou retrouver son amant, sa maîtresse même quand ça deviendra insupportable. Que deviendront tous ces couples bancals qui vivotaient cahin-caha, toutes ces familles au bord de la crise de nerfs contraintes de cohabiter, scotchées devant Netflix, dépitées par leur dixième dîner coquillettes-jambon franchement c’est pas trop bon ? Et les enfants de divorcés, devront-ils choisir chez qui se confiner ?

Alors reviendra le temps long de l’ennui. Les heures immenses des débuts de l’après-midis. La joie de lire, peut-être. Le manque des autres. Les nouvelles reçues par textos, par mails, comme autant de cartes postales envoyées au temps où l’on n’était pas si proches, où l’on n’obtenait pas tout en un claquement de doigts, un clic sur un plat chinois, un swipe sur un écran plat.

Ca va être long, oui. Mais comme je l’ai lu quelque part, à d’autres générations, on a demandé de partir au front. Pour sauver les nôtres, épargner un maximum l’humanité, à nous, on nous demander de ne plus bouger. De rester scotchés à nos proches. Et puis d’attendre. De faire le dos rond. Y’a pire.

Bon, en Chine, au sortir de la quarantaine, le taux de divorce a explosé. Mais peut-être qu’il fallait ce révélateur de couleurs aux amoureux las voguant sur le fleuve trop rapide de leur quotidien. Peut-être que d’autres se sont rapprochés, au contraire. Que dans vingt ans on parlera du baby boom de 2020. Que des récits fous de huis-clos enchantés nous permettront de penser que toujours, de la tragédie, peut émerger de belles histoires.

Ces gens qui ADORENT leur anniversaire

En ce lendemain d’anniversaire de mon mec (et de Nicolas Sarkozy), j’en profite pour m’interroger sur un phénomène que j’ai récemment observé : les gens (comme mon mec, donc) qui sont fous de leur annive. Des semaines avant, ils en parlent des étoiles dans les yeux comme s’ils avaient sept ans et demi et qu’on allait les recouvrir d’une montagne de Playmobils. Toute l’année, ils visualisent le calendrier en fonction de cette date CLÉ (« Ah oui, à quelques jours près, c’est un mois pile avant mon anniversaire ! »). Et le jour même, alors là le jour-même, gare à la Terre si elle n’a pas imprimé un petit mouvement de twerk pour marquer le coup. Un peu surpris que cette date n’ait pas été rendue fériée pour l’occasion, ils posent pour beaucoup leur RTT afin d’organiser LA fête qui viendra célébrer comme il se doit cet événement tant attendu du monde entier. Quand ils ne font pas semblant, deux années sur trois, de ne s’occuper de rien, pouffant en leur sein en attendant la fête-« surprise » que leurs proches se croient obligés de leur mitonner en « secret » pour ne point être radiés.

Je les envie, bien sûr, ces birtday-addicts, absolument enchantés de cocher emphatiquement les ans sur la petite règle de la vie, et plus encore de se faire photographier sous tous les angles, bouffis d’alcool et vêtus de tenues farfelues, grotesques ou pailletées par l’intégralité de leur cercle amical et professionnel devant un gros gâteau, tentant vaillamment d’éteindre en un coup un nombre incalculable de bougies. Perso, je hais mon annive. Disons que c’est un non-sujet. Je suis née en plein mois d’août. Je n’ai jamais eu à le fêter réellement et me suis dès mon plus jeune âge extraite d’un potentiel culte de cette date qui, censément donc, m’appartiendrait en propre (ainsi qu’à François Hollande, né lui aussi un 12 août).

Toujours est-il qu’entre les birthday-bluesers et les birthday-addicts, il semble y avoir aujourd’hui peu d’entre-deux. La faute à une société excessive où, lorsqu’on s’auto-célèbre, on ne le fait pas qu’à moitié. Savez-vous que jusqu’aux années 50, il n’était pas du tout d’usage de célébrer son « anniversaire individuel », cette étonnante idée étant considéré par l’Eglise comme un péché d’orgueil ? Aujourd’hui, on est devenus complètement gagas de ces rites annuels dont on est le héros. Supplantant le mariage, les baptêmes, les communions et autres fêtes de diplôme, les anniversaires sont devenus sa-crés, et pas seulement les nôtres. Partout, il y a toujours un annive à fêter. Les 70 ans du twist, les 30 ans des Enfoirés et même les âges qu’auraient eu ceux qui ne les auront jamais (cf. « Romy Schneider aurait eu 80 ans », l’année dernière…) Facebook est là pour nous rappeler de ne surtout oublier personne, de la vague connaissance de lycée à notre boss, en passant par nos « vrais amis », sous peine d’être banni de la société. Leetchi vient nous taper quelques euros parce que bon, il faut quand même bien offrir un petit quelque chose à celui qui écartelait sa pauvre mère ce même jour il y a des décennies. On ne fête plus, alors, un âge canonique réel qui pourrait fiche le bourdon mais une journée particulière pendant laquelle chacun peut, pour une fois, devenir un petit peu plus spécial que toutes ses autres connaissances elles-mêmes devenues uniques grâce aux réseaux sociaux. Bha ouais, il faut bien sortir du lot. Houhou, j’existe ! C’est MON JOUR.

A moins que les disciples du culte de l’annive soient tout bêtement restés de grands enfants, aussi excités à soixante-quinze qu’à six ans d’ouvrir leurs paquets et de danser, comme autrefois sur la danse des canards, avec tous leurs amis. Et si les gens qui adorent leur anniversaire étaient tout compte fait des gamins joyeux qui n’ont jamais vieilli ?

Le tripotage 2020 des Braniston, cet espoir fou que rien ne passe ni ne lasse

Ca doit avoir quelque chose avec l’enfance, ou la nostalgie, ou la totale incapacité de vieillir qu’ont les pauvres ères qui ont grandi dans les années 90. Toujours est-il que, quinze ans après (15 ANS), ils sont nombreux à avoir cette nuit pété les plombs et les Internets à la vue de cette photo déjà légendaire : Brad Pitt huggant son ex-wife Jennifer Aniston aux Sag Awards. Pendant près de 5500 jours après l’annonce funeste de leur rupture, toute une génération a toujours refusé la triste vérité. Comme des gamins qui croiraient dur comme fer que papa et maman vont se remettre ensemble. Bha oui, papa s’est fait retourner la tête par une méchante sorcière à grosse bouche et yeux diaboliques et il a planté maman avec ses beaux cheveux et son humour potache, mais il allait forcément revenir à la raison. Après six enfants avec la diabolique femme tatouée, on s’est mis à douter, forcément. Mais voilà qu’hier soir, Brad et Jen, tous deux célibataires, quinqua cool et encore tout à fait appétissants, se sont TOUCHÉS. Cheh, Angie ! Ca faisait un petit bout de temps qu’ils se tournaient autour. Jen avait invité Brad à sa sauterie de Noël. Ils étaient réunis la semaine dernière aux Golden globes. Mais JAMAIS depuis 2005 on ne les avait vus sur la même photo.

Et pourtant… Hier soir, après que Brad a remporté une nouvelle statuette et prononcé un discours trop cute (« Il faut que j’ajoute ça à mon profil Tinder », a-t-il déclaré en brandissant son trophée), il est parti backstage. De là-bas, il a assisté sur une petite télé au sacre de son ex, elle aussi lauréate. Les pros ont retenu leur souffle, parce qu’ils ont alors compris qu’ils allaient se croiser là-bas devant les bretzel et les gobelets de mousseux. Et bam ! Dans sa robe de satin blanc très Carolyn Besset, Jen a frotté son corps contre celui de son ex, touché son épaule et puis elle est partie comme ça, grand prince. Alors il l’a retenue par le poignet, comme le font les gars qui vous draguent en soirée quand vous feignez de les planter. Avec une sorte de tension sexuelle palpable (si, si, et puis de toute façon on a bien le droit de faire de l’interprétation gestuelle si on a envie).

Ce rapprochement des ex qu’on a tant aimés nous remplit de joie et d’excitation parce qu’il symbolise l’espoir que tout peut recommencer. Que rien ne passe ni ne lasse, qu’on ne vieillit guère et que l’amour ne meurt pas. Que les amours anciennes et inachevées ne sont pas forcément perdues, que sous les réseaux sociaux, le réchauffement climatique, le Blue Monday et la réforme des retraites, le cœur des ninetees bat toujours, et pourrait, pourquoi pas, nous ramener sans prévenir vers la douce insouciance de nos jeunes années. Chers Braniston, si vous ne le faites pas pour vous, faites-le au moins pour nous !