La peine de Laura et David, parce que déshériter c’est comme désaimer

Chacun choisit son camp. Team Lorada, team Laeticia. Elle l’a aimé, aidé, soigné, relancé, elle aurait droit, plus qu’une autre, à ce regard sur l’œuvre de l’idole nationale. Ils l’ont adulé à en crever, lui ont écrit ses plus beaux titres, étaient sa chair, son sang pour sang, de quel droit seraient-ils ignorés ? La question de l’héritage de Johnny devait éclater, on le savait. Comme dans bien des familles, recomposées ou non, au-delà des questions de sommes extravagantes ou misérables, le stade du partage n’allait pas être simple, évidemment. Mais ça non, comment aurait-on pu envisager ce mot qui nous a tant choqués.

Déshérités.

Alors oui, on avance que la team « premiers lits » avait eu des donations, des rentes, des « avances », qu’ils ne sont pas « dans le besoin », sont majeurs, ont des mères qui ont travaillé et mis de côté pour eux mais est-ce vraiment de cela dont il est question ? Non. Car évidemment, ces « avances sur héritage » avaient été consignées et eussent été déduites, légalement, si la succession avait été envisagée « normalement ». Mais cette lettre rédigée de la main d’un père qui exige de « déshériter » ses deux premiers enfants, comment ne pas l’entendre comme un souhait de les désaimer ? De les écarter du souvenir, du lien, de la transmission d’un nom, d’une vie, d’un amour paternel ? Car être l’héritier de quelqu’un, ça n’est pas seulement, loin s’en faut, l’être d’une fortune ou de dettes, mais bien d’une histoire commune, dune ascendance, d’une lignée que tant de personnes cherchent à remonter en des moments de leur vie pour mieux se trouver. Et ce lien-là a été rompu par ce simple mot. Comme une répudiation, une rupture. Mais peut-on divorcer d’avec ses enfants ? Sans leur consentement ? Sans le leur dire (« Je me suis séparé de toi auprès d’un notaire, tu l’apprendras plus tard, quand je ne serai plus là. »)

Dans le ryukyu-shinto, la religion ancestrale de l’île d’Okinawa, on appelle « mabui » l’essence de chaque personne en tant qu’être humain. Le mabui est unique et nous rend immortels. Il peut se transmettre par contact. Si une grand-mère donne une bague en héritage à sa petite-fille (comme l’a fait la mienne avec moi), elle lui communique une partie de son mabui. Les photographies sont également un moyen de passer le mabui de certaines personnes à d’autres, raconte-t-on là-bas. Ca aurait pu être aussi une pochette de disque, une guitare, une moto, un droit de regard sur la gestion de ce nom qu’on porte parce qu’on a été reconnu comme son enfant par cet homme qu’on adorait. Comme si les battements de leurs cœurs étaient sur la même longueur d´ondes, les lignes de leurs mains se confondent. C’était il y a cinquante et un ans, il y a trente-quatre ans, dans une autre vie a-t-il peut-être semblé à ce père lorsqu’il a, dans ce moment d’inconscience si cruelle et irrémédiable, finalement signé cet acte de désamour.

Oui, c’est ça qui choque, qui peine, qui semble humainement si peu admissible. Pas de savoir si c’est la veuve qui héritera de tant, les « nouveaux enfants » qui habiteront telle maison ou loueront telle autre pour en toucher les loyers, mais bien cette impression de n’être plus… le fils de personne.

 

Publicités

La maison Poux

Les poux, c’est comme la grippe, c’est toujours les autres qui nous les ont refilés, bien sûr. « Ah mais c’est les p’tits Machins qui ont toujours des poux ! », « Ton fils nous a refilé ses poux ! ». Ben voyons, parce qu’il les fabrique et les élève, seul, dans sa petite PME capillaire pour envahir la capitale. Non. Chers lecteurs et lectrices accablés par la parentalité, je sais que vous savez. Les poux nous ont colonisés. Chaque hiver, ils arrivent, prennent racine, squattent les têtes, les canaps, les taies, les bonnets, périssent sous le Pouxit inrinçable et puis font autant de come backs que Sarko sans se lasser. « Ils sont revenus ! » hurlent les affiches à l’école, sans que vous sachiez que faire face à cette fatalité à part passer, passer, le peigne à fines dents dont le verdict chaque fois tombe. « Ouais, il en a ». Et vous de vous gratter alors frénétiquement.

Jetée dehors comme une malpropre de chez le coiffeur, ma famille et moi-même avons l’autre jour pris une décision radicale en nous rendant au Salon des poux sis rue Lemercier dans le 17ème. Tête basse devant la vitrine violette ornée de bébêtes menaçantes courant sur des têtes d’enfants effrayés, nous avons rasé les murs devant les regards des passants, suspicieux comme si on entrait tranquillou dans un Peep Show. Et les voilà qui s’écartaient, écoeurés. A l’intérieur ça papotait gaiement, dans la société secrète retranchée. Tout le gang des pouilleux réuni pouvait enfin s’en donner à cœur joie, sans honte, et assumer son handicap sans le regard oppressant d’une société normalisée où l’on n’accepte pas la « différence ». Tss. Une gamine se faisait décontaminer en tapotant sur un iPad pendant qu’une dame très chic et sans enfants attendait son tour. « Alors ça va depuis la semaine dernière ? », lui demandait la patronne, pas gênée pour un sou, comme ces infirmières qui lavent des vieillards en papotant dîner du soir. « Nous, c’est depuis la rentrée, me balance ma voisine. Ils partent pas. Mais depuis qu’on vient ici, ça va beaucoup mieux. Vous en avez, vous ? » Mouaaaa ? Meu ça va pas ! Faut pas pousser, la secte, je ne suis pas prête à blablater lentes avec des inconnus le samedi aprem. « Y’en a dans tout Paris, me dit la tenancière. Dans la France entière. Ils viennent nous voir, même de Normandie, ils en peuvent plus, les parents. » Ouais, pourtant la Normandie c’est vachement chic, je me dis. Bord de mer, baraque à colombages et tout le tintouin. Pas le genre de zone où on imaginerait des poux prendre racine. Comme sur la tête de mon fiston à qui la pro les retira un à un avec un air gourmand (un peu comme ces gens qui kiffent faire leur sort aux points noirs), avant de les aspirer avec un gros tuyau pour les envoyer Dieu sait où. Schlouuuuf. Ciao la familia. Bien le bonjour au pays des poux sans taf.

Et c’est délestés d’un bon paquet d’euros et les bras remplis de produits à asperger dans toute la maisonnée que nous sommes rentrés, « décontaminés » pour l’éternité. Sauf que le ski arrive, et avec lui les échanges de casques et de bonnets. « Yo les gars c’est les vacances de février ! » Ouais, en pleine Fashion week, les rejetés des soirées branchées fêteront leur temps fort de l’année pour mieux se relancer. Quant à nous, il nous faudra alors tout recommencer.

Alors moi j’ai trois trucs à dire. Le premier, c’est que, à l’instar du fait qu’on est tous le plouc de quelqu’un d’autre, on est aussi le contamineur et le contaminé d’autrui. Deux, c’est que sous les airs surpris, indignés en mode « Des poux ??? Ah nan on n’en a JAMAIS eu c’est peut-être ton école qui est spéciale, non ? », je vous vois, parents sournois qui feignez en mode « on n’est pas des têtapoux ». De toute façon, la dame du Salon des poux (dont le business modèle me laisse songeuse car il est certain que mon objectif est bien de ne jamais la revoir) dit que ça n’existe pas, les têtapoux. Et trois, mais putain trois, comment en 2018 peut-on avoir été sur la lune, construit des voitures qui conduisent toutes seules, des téléphones qui filment, des fours auto-nettoyants, fait des greffes de reins, de cœur, de visage, séquencé le génome humain, écrit Harry Potter, inventé les toilettes chauffantes, le Viagra, le scratch, le micro-ondes, le shampoing 2 en 1, le Merveilleux, les imprimantes 3D et ne toujours pas être parvenu à ERADIQUER LES POUX ?