Le Dieu des nounous

nounou

Y a-t-il un Dieu des nounous ? Devons-nous à un moment payer le fait d’avoir eu une perle ou, au contraire, bénéficera-t-on d’un traitement de faveur de la part de l’obscure Olympe des gardeuses d’oies dès lors qu’on aura eu à subir l’atroce épreuve de la marâtre, de la folle, de la toujours malade, de la disparue du jour au lendemain, de la smartphoneuse frénétique ou de l’accro aux Anges de la téléréalité (vécu) ?

Lorsqu’elle attend son premier enfant, l’idée même du mode de garde hante la future maman d’autant plus que son charmant entourage ne manque jamais une occasion de l’interroger : « tu as trouvé une nounou ? », « une crèche ? », « fais gaffe, hein, tu sais que celle de la sœur du beau-frère d’un type avec qui je bosse enfermait le bébé toute la journée pendant qu’elle buvait du rhum dans le salon avec son mec ? Ouais, même qu’ils l’ont découvert en mettant une caméra ».

Merde… « Dois-je cesser de bosser et me consacrer pour toujours à l’éducation exclusive de ma progéniture ? Ou dois-je réellement risquer de confier la nouvelle prunelle de mes yeux à une inconnue dont mes fantasmes n’en finissent plus de lui trouver mille et une perversions ? », s’interroge alors sérieusement la future accouchée.

« Tu devrais aller l’espionner au parc ! Tu sais que la plupart ne regardent même pas les enfants. Si, je te jure ! Elles parlent entre elles et s’en tamponnent complètement le coquillard de tes mômes. Ils peuvent bouffer des vers de terre ou partir dealer au milieu des voitures du moment qu’elles peuvent papoter entre copines », papotent les copines de la future mère de famille.

Merde… « Dois-je embaucher une muette asociale ? », s’interroge alors de nouveau la novice.

Puis vient le moment tant et tant repoussé du casting puisque, bien évidemment, de place en crèche elle n’aura point. « Va sur bébénounou, c’est super ! », l’encouragent les vieilles de la vieille de la quête de Madame Garett. Le post de l’annonce puis le téléphone qui ne s’arrête plus de sonner. Les voix empreintes de cet enthousiasme qui donne immédiatement confiance (« Haaan, désolée, je me réveille de ma sieste »), les mille et une questions pleines de passion pour cette activité future (« Nan, j’ai pas de questions… Ah si, je peux regarder la télé avec les enfants ? »), les termes qui témoignent d’un réel intérêt pour la fiche de poste (« Non… non [silence, autosondage de l’âme], m’occuper d’un bébé de trois mois ça me… dérange pas, non »).

Dérange pas, diantre…, pense la casteuse désoeuvrée.

Et les inconnues qui défilent sur son canapé, checkant la confortabilité potentielle des lieux, alors que la fatigue intense de la récente accouchée apparente sa capacité de concentration à celle d’un junkie en fin de parcours.

« Et vous avez déjà gardé des enfants donc ? »

Alors que certaines ne jettent pas un regard au bébé, que d’autres au contraire fondent sur lui en propriétaires inquiétantes, que certaines énumèrent avec exaltation les mille et une activités d’éveil ludique et alimentaire qu’elles auront avec ce petit être qu’elle-même connaît à peine, l’angoisse enfle.

Qu’elle tente d’éteindre en passant ces coups de fil dits rassurants aux « références » indiquées sur le CV des inconnues toutes puissantes, et dont ses destinataires pourraient tout aussi bien être les mères, les sœurs et/ou les BFF desdites toujours géniales nannies.

Alors elle finit par choisir, et laisse faire le Dieu des nounous.

Certaines ont rencontré la nannie de leur vie du premier coup, c’est rare. Beaucoup ont connu de douloureuses expériences au goût plus ou moins amer. D’autres, comme moi, ont souvent changé de partenaires avant de rencontrer LA bonne personne.

La quête de THE nounou s’apparente à celle d’un homme. On croise plein de connasses, de folles, de filles qui ont l’air géniales mais finissent par vous lâcher sans raison, comme ça, déstabilisant pour un temps votre confiance. On cherche dans son entourage (« T’aurais pas un mec une nounou à me présenter ? »), on tâtonne, on espère, et puis un jour on trouve enfin celui celle qu’on cherchait, et on se souvient en riant de la nazitude de celles qui l’ont précédée. Le Dieu des nounous distribue, fait tourner sa grande roue et répartit à son gré dans les foyers. Les greffes prennent, ou pas, alors que l’on ne peut sous-estimer la place immense que tient ce personnage au rôle-clé dans le scénario de nos vies quotidiennes.

Alors aujourd’hui que la mienne doit malheureusement nous quitter, une question m’interroge : connaît-on dans sa vie de mère plusieurs grandes rencontres nounoutales ?

Publicités

Il y a vingt ans, les révisions du Bac et leurs « pauses Roland »

ROLAND GARROS 95:DEFAITE DE SAMPRAS FACE A SCHALLER "SIPA PHOTOGRAPHE" "ROLAND GARROS" FRANCE PARIS TENNIS DEFAITE "SAMPRAS PETE ACCOMPAGNE" "IMAGE NUMERISEE"

Promotion 95, levez le doigt ! Vous en étiez, comme moi, de cette première mousson du S, du L et du ES, qui laissait choir ses prédécesseurs du côté des croûtons au diplôme à l’intitulé incompréhensible pour les générations futures. Cette année-là, vous l’avez passée dans l’angoisse plus ou moins permanente de cette épreuve finale qui viendrait couronner (ou non) les 15 années (15 ANS !) d’une scolarité cahotique où s’étaient succédés dans un ordre anarchiques égyptiens, collages, batailles napoléoniennes, dissection de blattes, circuits en série, chevaux d’arçon, propositions relatives, flûte à bec, angles optus et patin coufin (bref, un tas de trucs sur lesquels vous ne seriez finalement pas évalué).

Bacs dits blancs comme laborieux entraînement, l’hiver qui fout le camp et la certitude toujours présente qu’il vous reste du temps, beaucoup, alors que les premiers rayons pointent leur nez et avec eux la progressive prise de conscience du couperet à venir. Les premiers week-ends de mai passés enfermés dans les chambres surannées de maisons de famille pendant que les adultes, sereins,  bouquinent au soleil persuadés que leur progéniture engloutit enfin les kilomètres de résumés fichés du programme, d’Annabacs achetés chez Gibert, gavée au Guronzan et galvanisée par cet avenir qui se jouera dans quelques semaines. « Ca va, mon chéri, pas trop dur ? ». La porte qui s’ouvre de temps en temps, vous extrayant violemment d’une torpeur inextricable, alors que les dates et les millions d’habitants ivoiriens se mêlent sous vos yeux désespérés, coupables, de répondre « Oui maman, pfiou, ça bosse, ça bosse » alors que vous comptiez les feuilles du peuplier ( Google n’existait pas).

Juin, c’est loin. Vous êtes large.

Puis les potes qui se font pourtant de plus en plus rares aux réunions glandouille du mercredi aprem. Et même les plus flemasses qui rentrent finalement chez eux (« ma mère, tu comprends… ») vous poussent enfin à la tâche.

Alors que le tournoi commence. La Quinzaine.

Et que chaque journée se rythme avec souplesse autour des ballets gracieux, passionnants, inoubliables, de ces joueurs et joueuses venus battre le fer sur la terre ocre, et que la promesse de cette « pause Roland » à l’heure du déjeuner puis du souper vous permet d’endurer l’insupportable.

Et là, han, han, sous le cagnard du Central, vous vous enthousiasmez comme jamais pour ces surhommes soumis depuis l’enfance à l’entraînement drastique qui les a emportés au sommet.  Agassi, Sampras, Becker, Brugera, Chang, Muster, Courier, Barasategui, Krajicek…  il sont encore là, ces légendes des courts, et vous enchantent plus que jamais dans cette compétition que vous savourez d’autant plus qu’elle est votre unique respiration dans le tunnel inquiétant qui vous mènera enfin à la délivrance. Belmondo, Pierre Richard, Bruel, PPDA dans les tribunes. « Au prochain set, je m’y remets », « Après le tie-break, j’éteins »… la douleur, le tiraillement, la VOLONTE que vous testez réellement pour la première fois de votre si courte existence. Les cuisses fuselées de Steffie, la guerre d’Algérie, la hargne d’Arantxa, la grotte de Platon, le courage d’Agassi, le PIB des Etats-Unis, tout se mêle et s’entrelace en ces nuits moites où votre cerveau tente de faire le tri dans cette masse d’nfos disparates qui lui sont quotidiennement envoyées.

Et puis la finale, le tapis rouge, Christian Bimes, votre cafard, la coupe brandie par l’Autrichien, et ce dimanche soir où vous vous rendez compte soudain que les jours ont tant rallongé qu’ils semblent ne jamais finir. Dans la rue, tous ces individus libres de toute entrave qui sirotent des Perrier en terrasse, se baladent, rient sous vos fenêtres alors que vous reprenez vos bristol, vos stabilos, vos post-its, et le gobage de ces dates indigestes que vous oublierez dans quelques semaines pour l’éternité.

Aujourd’hui, je pense à tous ces malheureux qui révisent, enfermés dans leurs chambres d’adolescents alors que le soleil tape sur le Philippe Chatrier.

Pour moi, c’était il y a vingt ans mais qu’ils en soient certains, alors que je pensais évidemment le contraire, je n’ai jamais plus suivi avec tant de passion (et de discipline) un tournoi Roland Garros que pendant cette monacale et pas si désagréable période dite de révisions.

 

La femme, la belle-mère et le viaduc saboté

bellemere2

Les femmes détestent leurs belles-mères, et réciproquement. Oui, ok, beaucoup vont dire « mais nan, la mienne est top, je l’adore ! On est si proches… » Certes, toute règle a son exception mais cça n’est certaiment pas sur celles-ci qu’on va gloser donc osef*. Bref, depuis que la monogamie (d’apparence) existe, et que les femmes vivent assez vieilles pour pouvoir s’immiscer dans la vie de leur progéniture mâle devenue adulte, la relation maman-bru a toujours été la plaie des pauvres bougres tiraillés entre ces deux Statues de la Commandante de son quotidien.

Certes, la cohabitation autour d’un même être sur lequel deux femmes considérent chacune avoir les pleins pouvoirs, c’est un peu comme partager une paire de pompes avec sa sœur : impossible. Et que c’étaient les miennes avant, et que tu me les as abimées, flinguées même, alors que je te les avais confiées COMME NEUVES, on la connaît. Maman fait la gueule parce qu’elle doit maintenant en référer à sa bru pour un peu tout et rien, comme si elle avait revendu des parts de sa société à une méchante multinationale qui, malgré les utopiques promesses initiales, écartait l’air de rien le fondateur pour reprendre les rennes et changer carrément l’ « ADN de la marque ». Quant à ladite bru, elle reste pieds et poings liés à cette espèce de sénateur qui, sous couvert de passation de pouvoir actée en lieu dit officiel (mairie, église…), attend confortablement d’inlassablement retoquer les lois votées par le gouvernement en place. Bref, comme dans tout lieu où le pouvoir s’exerce à plusieurs, ça joue des coudes pour obtenir les faveurs du monarque tout en savonnant la planche d’autrui.

Et alors le mari-fiston, le pauvre, tiraillé entre sa maman, celle qui l’a porté, torché, lavé, bordé, engueulé, aimé, câliné, lui offrant ses plus belles années, et cette femme qui l’en a délivré pour lui offrir un foyer, des baisers, des soirées télé, des bébés, est-ce à dire qu’il ne pourra que fatalement subir cette inimitié ancestrale entre les deux femmes de sa vie, dictée par une loi inamovible contre laquelle il ne peut RIEN ?

C’est ce que j’ai longtemps cru. Jusqu’à hier soir. Lovés sur le canapé à zieuter d’un œil distrait le « que sont-ils devenus ? » de « L’Amour est dans le pré », mon concubin et moi-même observions bêtement ces agriculteurs en quête de cet être divin cathodiquement porté jusqu’à leur étable pour venir leur « faire des petits ». L’un deux, radieux, racontait qu’comment il avait trouvé cette bonne fée, en la personne d’une certaine Marie dont, ô surprise, la belle-maman, des larmes plein les yeux, disait le plus grand bien. « La Marie, elle est formidable », concluait-elle même avec enthousiasme son récit au cours duquel nous apprîmes que ladite « LaMarie » débarassait sans qu’on ait à lui demander (une perle, disait-on). Le fiston, lui, semblait aux anges.

Et c’est alors que j’entendis mon compagnon de canapé s’exclamer : « Ah le con ! Trop content que sa femme et sa mère s’entendent bien ?! Bha mon gars, tu t’es bien fait couillonner ! »

Berner. Flouer. Enfumer. Embastiller…

Merde. Et si c’était ça, le secret de cette inamovible mésentente entre les mères et les femmes ? Et si les hommes décidaient initialement de tout faire pour que le courant ne passe pas et qu’ainsi jamais ces deux êtres déjà spécifiquement interventionnistes n’unissent leurs forces. Car qu’adviendrait-il si, ensemble et en surnombre notoire, cette bête à deux têtes intergénérationnelles s’unissaient pour régenter chaque pan de son existence sans plus jamais lui demander son avis ? Ne serait-il pas, effectivement, plus arrangeant de jouer les arbitres (mous, certes), les chevaliers blancs partis défendre l’une ou l’autre auprès de son adversaire domestique, de nier avec une mauvaise foi  effarante les attaques manifestes de la partie dite adverse (« Mais nan, elle ne fait pas TOUT pour t’énerver ! Tu te montes la tête. Elle t’adore… ») ?

En bref si, sous couvert de ne « rien comprendre aux histoires de bonnes femmes », les hommes nous roulaient dans la farine depuis des générations dans le but ultime de n’avoir qu’un maître (ou qu’un feu d’emmerdements) par foyer et surtout pas de pont, d’entente, d’organisation entre les deux rives de son existence ?

Bha moi je dis que ce serait pas con… car chacun sait qu’il faut diviser pour mieux régner ou, comme on dit à Koh-Lanta : pour gagner, les alliances contre toi tu éviteras.

CQFD…