La dernière démarque

soldesIl y a ces filles qui savent gérer les « dernières démarques ». Déjà parce que, contrairement à moi, elles étaient sur le pied de guerre dès le premier jour des soldes, pour booker fissa les « belles pièces » mais aussi repérer celles qui, moins prestigieuses à leurs yeux experts mais mentalement inventoriées en catégorie « pourquoi pas », sauront éventuellement trouver grâce lorsqu’elles auront été amputées de 70% de leur valeur marchande initiale. Bon, il y a aussi ces connasses qui chaussent du 35 et demi et pourront acheter quatre paires de Vivien à 20 euros en fin de tornade mais ceci est une autre histoire.

Et puis il y a moi. Celle qui n’a rien mais alors rien de la modeuses du Elle qui « sait dénicher les petits trésors » sur les portants bondés de tonnes de merdes invendables, dégotent des spartiates sublimes dans des boui-bouis grecs coupés du monde (cf. le numéro de cette semaine) et emportent chaque année dans leur sublime lieu de villégiature leur « perfecto Scott d’amour super bien tanné » déniché au milieu du fatras d’un tout à un euro de Jouy-en-Josas parce qu’il est « absolument parfait pour voyager en avion » (gna gna gna).

Non moi, perdue dans le monceau de tringles à roulettes méprisamment remisées au fond de la boutique afin de ne pas faire d’ombre aux aguicheuses « nouvelles collections », me voilà donc, perplexe, face à cette masse indéfinie de rebus de la société textile. Qui est encore comestible ? Qui a été miraculeusement oublié par lesdites modeuses, et fera l’admiration de mes copines effarées que j’aie pu trouver une telle merveille stylistique à dix euros en une moite après-midi de mi-juillet, abandonnée, asphyxiée même entre un imper fluo mal coupé à jamais orphelin et un short en jean Ober taille 46 dont aucune grosse fesse ne voudra jamais ? Mystère… Je n’y comprends rien.
Les frusques et moi me font penser à ces fins de soirée où les peu sûres d’elles hésitent face aux quelques rebus mâles qui hantent encore la piste alors que les couples formés quelques heures auparavant s’ébrouent déjà sous leurs couettes chaleureuses.

Merde, qu’est-ce qu’il fait encore là, çui-là, à quatre du mat’ avec sa gueule d’ange ? Il aurait un vice caché que ça m’étonnerait pas. Un défaut de fabrication, une tare abjecte, une odeur suspecte, bref, un truc qui explique que, malgré son aspect plutôt désirable, personne n’ait jugé bon d’emporter le matos avant qu’une autre ne s’en empare. Peut-être un dingue, un mauvais coup, un homme à trois sexes, à l’haleine de poney ou à l’humour de Ruquier que toutes connaîtraient et auraient laissé là, sans rien dire (les garces), pour qu’une oie blanche telle que moi emporte ce qui semblait être un trésor de guerre alors qu’en fait, tout le monde savait bien que le gars dernière démarque était une planche pourrie.

Alors j’entasse, et je fonce dans la cabine et puis j’essaye, j’essaye, les groles encore aux pieds, la culotte étonnée par tant d’agitation, écrasée par la chaleur de cet après-midi moite de juillet, ces quelques pièces dont dont j’ai repéré qu’il n’en restait pas quinze du même modèle (faut pas charrier, je suis pas neneu). Et j’hésite. ELLES savent. Les filles du Elle. Pourquoi elles sont là. En deuxième démarque. Elles me tendent des pièges. Haha, t’as pris la jupe rose boule Maje ? Mais PERSONNE n’en a voulu. Tu m’étonnes Elton. J’hésite. Merde. Elle a l’air bien pourtant, cette chemise Lee mais qu’est-ce qu’elle fout là, bordel ? Et ce tee-shirt ananas ? Je les entends qui ricanent « enfin, l’avocat est le nouvel ananas et pas le contraire ! Tu vas quand même pas te balader avec un truc so 2014 ! ». Mais je pense : « même pour 5 euros » ? Je suis blafarde sous les néons, en sueur et saucissonnée dans tous ces trucs dont personne n’a voulu, et que j’abandonne finalement sur la piste de danse.

Quelques minutes plus tard, je finirai fatalement par dépenser une blinde dans un pull à ouate mille de l’hiver prochain sélectionné avec confiance dans la nouvelle collec. Je ne le mettrai jamais. Je n’ai pas de maillot de bain ni de short en jean pour mes vacances.

Devant moi, à la caisse, une fille ultra stylée embarque mon marcel ananas et ma chemise Lee pour 22 euros.

Je la hais.

2 réflexions au sujet de « La dernière démarque »

  1. Excellent!!! Je me sens moins seule, merci beaucoup….
    L’illustration est chouette aussi. C’est de Margaux Mottin, non?
    Depuis que j’ai une fille, je pratique aussi le « rien à me mettre (rien de rien, genre: le même maillot depuis 4 ans, pas de short ni de débardeurs, il fait 40°), je vais faire un tour aux soldes, je reviens qu’avec des trucs pour la gamine »

    • Oui, c’est Margaux Motin (toujours parfaite) ! Et trop d’accord, outre l’incapacité à acheter en deuxième démarque, il y a ce truc qui fait que, une fois que tu as des enfants, tu finis toujours par leur acheter un truc A EUX. Rrrr

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